Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
M. avait subi une chirurgie de la cataracte qui l’avait fait énormément souffrir. Il a porté plainte au Collège des médecins. Il n’a jamais été contacté. Un an plus tard, sa plainte a été rejetée.
M. avait subi une chirurgie de la cataracte qui l’avait fait énormément souffrir. Il a porté plainte au Collège des médecins. Il n’a jamais été contacté. Un an plus tard, sa plainte a été rejetée.

Mea culpa du Collège des médecins

CHRONIQUE / J’étais certaine que j’allais me faire enguirlander par le président du Collège des médecins, Mauril Gaudreault voulait me parler à propos de ma chronique de lundi dernier, je racontais l’histoire d’un monsieur qui a porté plainte contre un ophtalmologiste, sa plainte a été rejetée sans qu’il puisse s’expliquer.

– Vous vouliez me parler, M. Gaudreault ?

– Oui, je voulais vous dire merci.

– Merci ?

Oui, le président du Collège des médecins tenait à me dire que, lui aussi, il trouve que cet homme a raison de ne pas être content. «Il y a un problème au niveau du syndic [l’instance responsable du traitement des plaintes]. Votre article nous a permis d’apporter des changements, on a posé des gestes. Dorénavant, le syndic adjoint devra entrer en contact avec le plaignant au début et à la fin du processus.»

Le contact se fera «par téléphone ou en personne s’il le faut».

C’est une bonne nouvelle.

Cet homme, que j’avais appelé M., avait eu une chirurgie de la cataracte, il reprochait au médecin de ne pas lui avoir bien expliqué la situation, de ne pas avoir obtenu un consentement éclairé pour la présence d’une résidente pendant l’opération, de lui avoir fait mal et de ne pas avoir répondu à ses questions.

«Pendant la chirurgie, j’ai senti qu’il me frottait l’œil avec son pouce, ça faisait très mal, m’avait-il confié. J’en ai déjà eu des douleurs dans ma vie, mais rarement comme celle-là. Ça faisait tellement mal que mes fesses et mes pieds levaient, je ne pouvais pas les contrôler, c’était des spasmes de douleur.»

Il a fait une plainte au Collège des médecins, a expliqué ce qu’il avait vécu, s’attendait à être contacté.

Ce n’est pas arrivé. Il a reçu la décision un an plus tard, basée uniquement sur la version et les notes du médecin. Par exemple, pour ce qui est de la douleur, le médecin a tout simplement affirmé que M. n’en a pas eue. «Aucune mention à votre dossier ne témoigne que vous avez été souffrant pendant la chirurgie.»

Pour les réponses aux questions de M., «le médecin affirme avoir pris le temps de répondre à vos questions et à vos inquiétudes et qu’à ce moment vous sembliez satisfait des explications. Cette affirmation est corroborée par les notes du médecin inscrites à votre dossier.»

Dossier clos.

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J’ai reçu depuis lundi des appels et des courriels de personnes qui ont également porté plainte, en vain, au Collège des médecins. Une dame a d’ailleurs eu une expérience similaire avec le même ophtalmologiste contre qui elle a aussi porté plainte, avec le même résultat. «J’avais l’impression de lire mon histoire», m’a-t-elle confié.

Elle ne doit pas être la seule.

À la présidence du Collège des médecins depuis octobre 2018, M. Gaudreault a entrepris une vaste consultation auprès de la population et des médecins. «On a entendu beaucoup de monde. La question du traitement des plaintes est quelque chose qui est revenu souvent, c’est sûr que ça fait partie des choses qu’on veut améliorer.»

Entre autres réduire les délais. 

Le Collège des médecins veut aussi simplifier le processus. «C’est compliqué de porter plainte, on veut trouver comment on peut aider les gens à porter plainte, les accompagner là-­dedans. On veut que ce soit plus simple.»

Et plus équitable. 

«On nous a parlé de notre opacité», de ce sentiment qu’ont les gens que les médecins se protègent entre eux. «Est-ce que le public se sent protégé?»

Ou plutôt, est-ce qu’il l’est?

«Il y a aussi un fort taux de révision, on veut s’attaquer à ça aussi.» Et la plupart des décisions du comité de révision maintiennent la première décision. L’an dernier, selon des informations fournies par le Collège, il y a eu «286 avis rendus concluant qu’il n’y a pas lieu de porter plainte devant le comité de discipline; 11 avis rendus suggérant au syndic de compléter son enquête et de rendre par la suite une nouvelle décision quant à l’opportunité de porter plainte; un avis rendu concluant qu’il y a lieu de porter plainte devant le conseil de discipline; huit avis où le comité a, au cours de l’exercice, suggéré au syndic de transmettre le dossier au comité d’inspection professionnelle.»

M. fait partie des 286 demandes de révision rejetées.

Le mois prochain, le Collège rendra publics les résultats de sa consultation et les conclusions qu’il en a tirées. «Il y aura plusieurs choses. On veut moderniser le Collège des médecins, on veut changer la culture, on veut améliorer les communications, l’image, on veut un dialogue avec la population.»

Médecin de famille de formation, M. Gaudreault semble déterminé à brasser la cage du Collège. «C’est la première fois qu’on mène une consultation aussi large. L’objectif est de se doter d’un plan stratégique, on n’en a pas depuis huit ans. Le dépôt de notre rapport en février est le début du processus, ça va servir de base aux débats.»

Il y en aura, sans aucun doute.

Et c’est bon.