Série télévisée culte, «Dans une galaxie près de chez vous» a pris l’antenne en 1999, elle imaginait l’action en 2034. Les auteurs, Claude Legault et Pierre-Yves Bernard, ont imaginé l’improbable mission du «Romano Fafard» parce que, déjà, on avait commencé à tirer la sonnette d’alarme.

Huit milliards de tatas

CHRONIQUE / Il y a 20 ans, le vaisseau spatial «Romano Fafard» décollait à la recherche d’une nouvelle planète pour reloger «six milliards de tatas», la couche d’ozone de la Terre étant «complètement détruite par les gaz carboniques des voitures, l’industrie chimique et le push-push en cacane».

Nous sommes aujourd’hui 7,7 milliards.

Série télévisée culte, Dans une galaxie près de chez vous a pris l’antenne en 1999, elle imaginait l’action en 2034. Les auteurs, Claude Legault et Pierre-Yves Bernard, ne sont pas des futurologues, ils ont imaginé cette improbable mission parce que, déjà, on avait commencé à tirer la sonnette d’alarme.

La planète s’en allait à vau-l’eau

L’«effet de serre» est connu depuis 1824, c’est un physicien français qui a employé le terme pour la première fois. Et 70 ans plus tard, à la fin du XIXe siècle, un scientifique suédois a même calculé que deux fois moins de CO2 dans l’atmosphère conduirait à une ère glaciaire, deux fois plus à un réchauffement.

On avait même, déjà, montré du doigt la combustion du charbon.

Il a quand même fallu attendre 1979 avant que les pays se réunissent une première fois pour en parler, à Genève, dans des discussions qui, depuis, finissent dans une déclaration commune obtenue à l’arraché, qui ne veut pas dire grand-chose et qui ne s’accompagne surtout pas d’actions concrètes. 

Des cibles, des vœux pieux.

On a l’impression de reculer plutôt que d’avancer, alors que les conséquences des changements climatiques, elles, se multiplient.

Et, qu’elle ait un lien ou pas avec le bouleversement du climat, la crue des eaux de ce printemps a, pour certains, sonné le réveil. Comme si tout d’un coup, parce qu’il s’agit de la Chaudière ou du lac Saint-Pierre, l’urgence devenait tangible. Même si on a connu des inondations aussi en 2017, en 2011. 

Et avant.

Lundi soir à RDI, dans un bandeau présentant une émission spéciale de 24/60 sur les inondations, on pouvait lire «Le Québec face à une nouvelle réalité». Nouvelle en quoi? Il n’y a rien de bien nouveau à ce que des résidences construites en zone inondable soient inondées, c’est un pléonasme.

En fait, le Québec devrait avoir depuis longtemps réagi au problème de ces inondations récurrentes, qui frappent différentes régions de la province. On n’a qu’à penser à L’Ancienne-Lorette qui y a goûté en 2005 et en 2013 et où on avait promis la construction d’un mur anti-crue pour 2019. 

Le projet, trop coûteux, a été abandonné.

Mais la vraie question se pose encore cette année comme elle s’était posée en 2011 : ne serait-ce pas aux gens, plutôt qu’à l’eau, de se retirer des zones inondables? 

Surtout que les municipalités ne peuvent pas plaider l’ignorance, elles ne peuvent pas faire semblant de tomber des nues. En 1979, l’Assemblée nationale adoptait la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme, qui invite les municipalités à identifier les zones inondables et à en restreindre le développement.

Ça fait 40 ans.

À 24/60 lundi, Anne-Marie Dussault a voulu savoir où en était la révision de la cartographie annoncée par Philippe Couillard en 2017, elle a posé la question à Julie Simard, coordonnatrice de la cartographie des zones inondables pour la Communauté urbaine de Québec. «On fait présentement des campagnes d’acquisitions de connaissances sur le terrain. […] C’est une campagne qui est longue et coûteuse. Tout vient de s’enclencher cette année.»

Deux ans plus tard.

La «cartographie prévisionnelle» devrait être complétée «en décembre 2020», mais le ministère de l’Environnement, lui, «a un calendrier plus élargi». Ce n’est pas demain la veille qu’on passera à l’action.

Quelque chose me dit que les compagnies d’assurance ont déjà fait l’exercice, qu’elles ont des cartes à la maison près des zones à risques.

Ce doit être trop simple.

Quelque chose me dit aussi que le sentiment d’urgence diminuera en même temps que le niveau d’eau, jusqu’à la prochaine catastrophe, où on se demandera ce qu’on peut faire pour affronter cette «nouvelle réalité», qu’on montrera du doigt les gens qui s’obstinent à se construire trop près du lit des rivières.

À quand la prochaine mission du Romano Fafard?