À l’Institut Philippe-Pinel de Montréal, 37 postes de sociothérapeutes, qui sont en fait des éducateurs spécialisés, ont été supprimés, soit environ le tiers.

Être congédié par PowerPoint

CHRONIQUE / Il n’y a pas qu’à Québec où ça brasse en psychiatrie, où on a appris récemment que l’urgence de l’hôpital Saint-Sacrement allait être fermée avec un plan, promet-on, pour offrir plus de services dans la communauté.

Ça brasse à Montréal aussi.

La rumeur courait déjà depuis un bon bout de temps à Pinel — l’hôpital psychiatrique de Montréal —, on savait que la direction jonglait avec l’idée de couper des postes de sociothérapeutes, qui sont en fait des éducateurs spécialisés. Leur job est de donner des services aux patients.

Le verdict est tombé jeudi, 37 postes seront supprimés.

Environ le tiers.

Les employés ont été convoqués en fin de journée, la réunion a d’ailleurs été devancée, et ils ont eu droit à une présentation PowerPoint, un «suivi sur la transformation du plan clinique». On a préféré le terme «transformation» à «restructuration», comme pour faire mieux passer la pilule.

Mais les faits restent les mêmes et ils sont têtus. À terme, 37 sociothérapeutes seront remplacés par des agents d’intervention.

Merci, bonsoir.

Comme à Québec où l’unité de l’urgence psychiatrique devrait être démantelée avant Noël, une formalité maintenant que la nouvelle ministre de la Santé, Danielle McCann, aurait donné son feu vert. C’est une centaine de personnes qui devront se replacer dans le réseau, parfois en prenant la place d’une autre personne. 

L’effet domino.

L’effet humain, surtout. Dans un réseau déjà fragilisé, voilà qu’on vient en rajouter une couche en procédant à d’importantes réorganisations. Fermer une unité, couper des postes, ce sont autant de personnes qui se retrouvent malgré elles les pieds dans le vide, à se demander où elles aboutiront.

J’ai eu des échos de la rencontre de jeudi à Pinel, d’un sociothérapeute qui était présent. «Les gens étaient dévastés, perdus.»

Des gens qui, dans certains cas, ont 30 ans de métier.

Ils étaient donc tous là, réunis dans une salle, à voir défiler devant eux des pages PowerPoint, se faire expliquer pourquoi il fallait absolument transformer des postes de sociothérapeutes en agents d’intervention, dont le travail ressemblera davantage à un agent de sécurité.

«Et pendant qu’on se faisait annoncer ça, la direction faisait des démarches pour recruter des agents.» À un salaire moindre, de 20 $ à 25 $ l’heure pour un agent, communément appelé un AGI, de 22 $ à 29 $ pour un sociothérapeute. Au diplôme d’études collégiales exigé pour être éducateur spécialisé, un secondaire 5 suffit pour être un agent, avec une formation en sécurité et en intervention physique.

Ils ne font pas de rééducation.

La direction plaide que cette «consolidation» est nécessaire et que, évidemment, les «changements se veulent positifs».

Comme à Québec, on assure que les gens dont les postes seront supprimés pourront atterrir quelque part dans le réseau.

Mais où? «On est dans le néant.»

Même son de cloche à Saint-Sacrement, où les jours de l’urgence psychiatrique sont littéralement comptés. Et où plusieurs employés se demandent encore où ils se retrouveront. Certains postes ont été offerts et, jusqu’à maintenant, il semble que ce ne soit pas en santé mentale.

Ce ne sont pas les postes vacants qui manquent dans le réseau.

Plusieurs voix se sont élevées à Québec pour déplorer la fermeture de l’urgence psychiatrique à Saint-Sacrement et même un certain retour à «l’asile», avec la concentration des soins à Robert-Giffard. 

D’autres voix ont choisi de donner une chance au coureur, c’est le cas de l’organisme PECH, une référence en matière d’intervention en santé mentale.

On part d’un plan sur papier. 

Et c’est toujours beau, un plan sur papier. C’est écrit avec de beaux mots, juste assez neutres, avec des objectifs louables et ambitieux, saupoudré de statistiques et de références à un modèle scandinave quelconque. Mais ce n’est pas ça qui fait le succès d’un plan. Ce sont les gens qui devront l’appliquer. 

Ils ne doivent pas seulement y adhérer.

Ils doivent y croire.