Sarah Benoit est maintenant toute seule avec ses enfants.

«Comment tu vas mon bébé?»

CHRONIQUE / — Comment tu vas mon bébé?

— Bébé?

— Bébé?

— Bébé?

Les textos de Sarah Benoit sont restés sans réponse le vendredi 11 janvier, son chum lui avait dit qu’il avait un contrat à l’extérieur, qu’il arriverait tard ce soir-là. Mais Sarah craignait le pire. «Il n’allait pas bien du tout. Le jeudi, il a pleuré dans mes bras, il a dit : “Je m’excuse…” Il pleurait, il manquait de souffle.»

Sarah avait trouvé une gardienne pour la fin de semaine, pour faire garder leurs quatre enfants, pour qu’il puisse se reposer. «Les vacances de Noël, ça l’avait brûlé. Il me disait : “Je suis tellement fatigué…”»

Sarah avait demandé du répit au CLSC, pour elle et son chum, elle n’en avait pas eu. «Moi aussi c’était difficile, je le suivais là-dedans.»

Elle en a maintenant. 

«Maintenant qu’il est trop tard…»

Une amie était venue chez elle le vendredi soir en attendant que son chum revienne. «Je lui disais que j’étais inquiète, elle me disait qu’il devait être correct, elle essayait de me rassurer. Il nous avait dit qu’il n’y avait pas beaucoup de réseau où il allait. Mais un moment donné, je n’en pouvais plus d’attendre. J’ai appelé le 9-1-1.»

Les recherches ont commencé tout de suite. 

Son chum avait son plan. «Il m’avait dit que le contrat avançait moins rapidement que prévu mais qu’il pensait être bon pour finir avant la fin de la semaine. Il me disait que c’était payant, que ça lui aurait donné 5000 $. Après les Fêtes, c’était bienvenu. J’aurais peut-être dû poser plus de questions, mais c’était quand même plausible.»

Son chum n’avait pas de contrat à l’extérieur, il était dans un motel à Beauport.

Il avait loué la chambre 24 pour la semaine.

«Il était plâtrier. Il avait déjà fait un contrat là, dans une chambre de ce même motel où il y avait eu un meurtre… Ça l’avait marqué. Ça lui avait rappelé sa sœur, elle avait été assassinée. Ça faisait une couple d’années qu’il ne filait pas. Il avait des hauts et des bas, mais les bas étaient toujours plus bas.»

Il ne voyait plus comment remonter.

Le samedi matin, les policiers sont venus frapper à la porte de la maison.

«Ils ont été extraordinaires. Ils étaient vraiment désolés. Ils sont restés trois heures avec moi, le temps que quelqu’un prenne le relais.»

Elle tente de rester forte pour les enfants.

En mai, son chum était parti et était revenu. Elle avait réussi à le convaincre de consulter un médecin de famille.

«Il ne lui avait pas tout dit, il n’était pas capable. Il m’avait demandé d’y aller avec lui, mais le médecin n’a pas voulu. Il lui avait juste dit qu’il était angoissé. Elle ne lui a pas demandé s’il avait des idées noires.»

Sarah ne savait plus à quelle porte frapper. «J’étais rendue à penser à un plan pour le faire soigner de force…»

Sarah a connu son chum il y a plusieurs années, chacun avait déjà un enfant d’une autre union, ils ont décidé d’en avoir ensemble. Ils en ont eu trois, qui ont quatre ans et demi, deux ans et demi et 18 mois.

Et plus de papa.

En arrêt de travail, Sarah se retrouve seule avec les enfants, dans une maison dans laquelle ils venaient juste d’emménager. «On a déménagé en octobre. Il nous a placés ici avant... Et là, je ne sais pas comment je vais faire pour garder la maison, pour préserver la qualité de vie des enfants.»

Son chum n’a jamais voulu prendre une assurance-vie. «Dès que j’ai été enceinte la première fois, je lui ai demandé et il a toujours refusé. Il disait que ça ne servait à rien, que ça coûtait cher. J’étais même prête à faire les paiements pour lui quand je travaillais, mais même ça, il ne voulait pas.»

Il n’a pas non plus pris d’assurance sur l’hypothèque. «De toute façon, quand c’est un suicide, ce n’est pas couvert pendant les 12 premiers mois. Et il y a des compagnies où c’est 24 mois.»

Tout ce qu’elle a, c’est quelques mots griffonnés au motel. «Je laisse ma part de l’hypothèque et tout ce qu’il y a dans la maison à Sarah Benoit.»

Mais ça ne règle rien.

Sarah se sent incapable de retourner travailler tout de suite, elle aimerait pouvoir se sortir la tête de l’eau et, surtout, ne pas perdre son toit. «S’il avait eu une assurance-vie, je pourrais au moins avoir ça de moins à me préoccuper. J’aurais de l’argent pour la maison, pour les enfants.»

Elle aimerait surtout qu’ils aient encore un père.

Sarah se demandera toujours si elle aurait pu faire plus, ou mieux. Elle se demandera toujours ce qui serait arrivé s’il avait eu de l’aide.

Le suicide, quel qu’il soit, laisse un trou rempli de «si».

*Si vous voulez aider Sarah et ses enfants : www.gofundme.com/aidons-sarah-a-soutenir-sa-famille

**Si vous n’êtes plus capable de remonter : 1 866 APPELLE (1 866 277-3553)