Agathe n’a pas hésité une seconde à dénoncer les agissements «inappropriés» de l’homme de 47 ans. «On ne sait pas, on a peut-être sauvé quelqu’un…»

«Cette famille-là a besoin de soutien»

CHRONIQUE / Dimanche après-midi, Agathe* est allée voir les folles aventures de Détective Pikachu au Cinéplex Odéon de Sainte-Foy avec quatre enfants, dont son fils. «Dans la salle, il y avait un enfant qui hurlait, qui pleurait, qui était incontrôlable.»

C’est un film familial, elle n’en fait pas de cas.

Puis elle descend l’allée pour chercher un siège rehausseur. «Devant moi, il y a ce grand monsieur qui tient sa fille de façon totalement inappropriée. Elle ne pleure plus, il a sa main sur sa bouche.»

Elle le suit dans le corridor. «Il l’engueule, il lui dit : “Tu as sept ans, tabarnac!” Il la tient juste par un bras, il sort de la salle et la lance par terre. Elle se sauve à quatre pattes, il court après, à quatre pattes lui aussi, il essaye de la rattraper.» Deux hommes assistent aussi à la scène. «Il y en a un qui est allé mettre sa main sur l’épaule du père.»

La fille en a profité pour «se sauver» dans la salle.

Agathe reste là, avec les deux hommes et le père. «À la place de réaliser ce qu’il venait de faire, de dire : “Désolé, ça n’a pas de bon sens”, il a dit : “Tabarnac, elle dérange tout le monde dans le cinéma”…» Puis il est retourné à l’intérieur, a regagné son siège comme si de rien n’était.

Les policiers sont débarqués. «Ils m’ont demandé de leur raconter ce que j’avais vu, ils m’ont demandé où est-ce que l’homme était assis et je suis retournée dans la salle. C’est là que les lumières se sont allumées, ils le cherchaient, je leur ai montré, je leur ai dit : “Il est ici”. Il était avec cinq enfants…»

L’histoire a fait grand bruit dans les médias, l’homme a été arrêté pour voies de fait, la Direction de la protection de la jeunesse a été alertée.

Il y aura enquête.

Selon d’autres témoins qui se sont confiés aux policiers, le père aurait frappé sa fille. «Moi, je n’ai pas été témoin de ça. Ça s’est peut-être passé avant qu’elle commence à pleurer, c’est peut-être ce qui a été la cause, je ne sais pas.»

Mais elle en a vu assez pour réagir.

Agathe n’a pas hésité une seule seconde à dénoncer les agissements «totalement inappropriés» de l’homme de 47 ans. «Je pense que j’ai fait la bonne chose. C’est correct que le père soit confronté à ce qu’il a fait.»

Qu’il soit aidé, surtout. «C’est clairement pas une famille qui avait l’air fortunée, c’est l’impression que j’ai eue. Le père sentait mauvais, il puait le swing, la fille avait un chandail qui était déchiré sur la manche. Cette famille, je pense qu’elle a besoin d’aide, qu’elle a besoin de soutien. Mais je ne pense pas que c’était nécessaire de faire une si grosse histoire avec ça.»

Elle pense aux cinq enfants. «Ce qu’on veut surtout, c’est de ne pas leur nuire. Mon message, c’est qu’il ne faut pas laisser aller les choses, mais il faut avoir du respect pour la famille, pour les enfants, pour ceux qui vivent ça. C’est facile après l’histoire de Granby de partir en peur, c’est facile de juger.»

Elle lance un appel au calme. «C’est important de chercher à avoir l’ensemble du portrait, l’ensemble de la situation.»

Elle a en tête un de ses voisins qui s’occupe seul de son enfant, qui fait de son mieux. «La mère n’est plus dans le portrait, elle est toxicomane, dans la rue. Il voit à ce que son enfant ne manque de rien, mais c’est sûr que ce n’est pas idéal… […] Il faut essayer de voir en arrière des lacunes, s’il y a de l’amour.»

C’est là l’essentiel du travail de la Direction de la protection de la jeunesse, qui doit composer depuis 40 ans avec un nombre toujours grandissant de signalements. Il y en a eu 96 000 l’an dernier, on s’attend à ce qu’il y en ait 100 000 cette année, soit plus de 250 chaque jour.

C’est effarant.

Reste à espérer, comme le souhaite Agathe, que la fillette et les quatre autres enfants n’auront plus à vivre ce genre de situations, ni sous les projecteurs ni entre les quatre murs de leur maison. «Il ne faut jamais tolérer ce genre de situations. On ne sait pas, on a peut-être sauvé quelqu’un…»

* Le prénom de la femme, avec qui j’ai des liens familiaux, a été modifié.