C’est drôle, mais on n’a pas cette notion de «petit crime» avec le Code de la route, que certains policiers appliquent avec un zèle suspect.

À qui le vol paie-t-il?

CHRONIQUE / Il y a bel et bien une augmentation des vols à l’intérieur des voitures à Québec.

La police l’a confirmé lundi. 

C’est ce que j’écrivais samedi dernier, des citoyens du centre-ville avaient sonné l’alarme sur Facebook, observant une vague de vols dans les voitures, dénonçant le fait que la police ne cherche pas les coupables.

Même quand il y a une traînée de sang.

Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) m’avait expliqué que, pour les vols de moins de 5000 $ sans indice ni témoin, on ouvre un dossier pour que la compagnie d’assurance ait un numéro d’événement et on le suspend aussitôt. Il est classé avec tous les autres dossiers en suspens.

Sans qu’un enquêteur n’en soit saisi.

Si plusieurs arbres tombent dans le milieu de la forêt et qu’il n’y a personne pour les entendre, comment pouvons-nous dire qu’ils ont fait du bruit?

Il faut chercher le bûcheron.

Déjà, des citoyens avaient contacté le service de police pour l’aviser qu’ils avaient remarqué que plus de vols étaient commis.

J’avais demandé à la relationniste Cyndi Paré s’il y avait une recrudescence de vols, elle m’avait répondu que «les enquêteurs» n’ont rien remarqué. On s’est reparlé cette semaine, elle me dit que la hausse de ce genre de vols revient chaque printemps comme les hirondelles.

Alors oui, on avait remarqué qu’il y a plus de vols. Le SPVQ a d’ailleurs pris le soin d’envoyer un communiqué de presse le matin de la Journée nationale des Patriotes. «Le SPVQ constate une augmentation de vols dans les véhicules stationnés sur son territoire. Ce sont plusieurs dizaines de dossiers qui nous ont été rapportés dans les dernières semaines. [...] Les suspects sondent les portes pour subtiliser les objets convoités ou fracassent une fenêtre pour avoir accès à l’habitacle […] Les endroits ciblés par les voleurs sont souvent le rangement entre les deux sièges avant du véhicule et le coffre à gant.»

Exactement ce que j’avais rapporté.

La police a jugé utile de rappeler, dans son communiqué de presse, les mesures élémentaires de prudence. «S’il est possible de le faire, nous recommandons aux gens de stationner leur véhicule dans un endroit bien éclairé et de ne jamais y laisser d’objets de valeur.»

J’aurais aimé lire, dans le communiqué, que la police allait mettre des ressources supplémentaires pour faire appliquer la loi.

Depuis une semaine, j’ai reçu d’autres témoignages de personnes qui se sont fait cambrioler et qui se sont fait dire que la police ne ferait rien. Comme cette dame, croyez-le ou non, qui s’est fait voler sa borne de recharge de 240 volts pour sa voiture électrique. Le voleur a pris le temps de boire une bière.

Il a laissé sa canette vide derrière.

Un policier est venu constater de visu. «Je lui montre les lieux, que j’ai diligemment pris en photo, l’amatrice de polar en moi est toute fière de lui montrer la canette de bière — sûrement avec des empreintes! — que j’ai protégée dans un ziploc sans la toucher au cas où ça pourrait servir. Il m’a gentiment expliqué que ce n’est pas simple comme à la télé de prendre une bonne série d’empreintes et que, pour un si «petit» vol, la police ne dépenserait pas d’effectifs pour aller plus loin. Bien sûr, je n’étais pas si surprise, mais la citoyenne en moi était quand même indignée que quelqu’un de malfaisant s’en tire si facilement sans se faire inquiéter.» 

C’est ce qui m’agace aussi. 

Et qu’on en vienne à trouver ça normal.

C’est drôle, mais on n’a pas cette notion de «petit crime» quand il s’agit du Code de la route, que certains policiers appliquent avec un zèle suspect. J’ai vu récemment passer une contravention de 48 $ remise à un cycliste pour ne pas s’être adéquatement immobilisé à un arrêt.

En plus de perdre trois points à son permis de conduire, c’était quelques jours avant que la loi ne soit modifiée.

Je comprends — et cautionne — l’objectif de la sécurité routière, mais j’ai l’étrange impression qu’on préfère voir les agents travailler aux «petites» infractions commises sur la route qu’aux «petits» vols chez les gens ou dans leur auto. Même si ce sont les citoyens qui en font les frais, ne serait-ce que par la hausse de leur prime.

Parce que oui, parfois, le crime paie.

À la Ville.