Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
Antoine L’Écuyer dans la minisérie <em>Mon fils </em>
Antoine L’Écuyer dans la minisérie <em>Mon fils </em>

Mon fils: toujours dans la vérité

CHRONIQUE / Quiconque a vu la dramatique d’Avec un grand A sur la schizophrénie a été marqué par la performance de Mario Saint-Amand. Presque 30 ans plus tard, Antoine L’Écuyer est absolument phénoménal en jeune schizophrène dans la minisérie Mon fils, disponible dès jeudi sur le Club illico.

Je suis sorti bouleversé du visionnement de presse de cette œuvre en six épisodes d’Anne Boyer et de Michel d’Astous, les auteurs de L’heure bleue, réalisée par Mariloup Wolfe avec une formidable sensibilité. L’histoire de ce jeune qui reçoit un diagnostic de schizophrénie, une bombe au sein de sa famille, a tout ce qu’il faut pour nous éveiller sur ce grand tabou dans notre société, pourvu qu’on ne se laisse pas rebuter par le sujet de départ.

Étudiant au niveau collégial, Jacob (Antoine L’Écuyer) n’est ni un délinquant ni un «enfant à problèmes». Il est même doué à l’école, enveloppé par une mère attentive et aimante. Mais la schizophrénie, insidieuse, ne choisit pas ses victimes par leur portefeuille ou leur classe sociale, et peut se présenter sans signes avant-coureurs. Suffit des fois d’une immense peine d’amour, additionnée à un peu d’alcool et de drogue, pour déclencher une psychose. C’est le cas de Jacob, laissé par sa blonde après trois ans de relation, et qui croit engourdir sa peine avec un peu de marijuana.

Mon fils vous paraîtra d’une grande crédibilité d’un bout à l’autre. Ça fera changement de Fugueuse et d’Épidémie, dont les finales ont rivalisé d’invraisemblance en début de semaine. Pour ne pas tomber dans la caricature, Mariloup Wolfe a consulté son propre père, qui est psychiatre, de même que Pierre Lalonde, du département de psychiatrie et d’addictologie de l’Université de Mont­réal, spécialisé en schizo­phrénie. Tout devait être vérifié, des manipulations du personnel infirmier jusqu’aux hallucinations, auditives et visuelles, qui auraient facilement pu paraître burlesques. Quand Jacob voit apparaître un loup dans sa chambre, c’est d’un réalisme saisissant.

À ce titre, Antoine L’Écuyer ne donne jamais dans l’excès. Lorsqu’il vit une crise, on y croit, et on a mal pour lui, comme pour sa mère, en totale détresse. «Qu’est-ce qui m’arrive, maman?» lui demande-t-il en plein délire, dans une scène bouleversante. Élise Guilbault, qui joue dans la quatrième série de ce duo d’auteurs après Jeux de société, 2 frères et Yamaska, vous arrachera les larmes dans le rôle de cette mère pourtant forte et brillante, qui évolue dans un monde d’hommes comme chef de chantier. D’abord dans le déni, elle ne peut imaginer que son fils puisse sombrer dans la maladie mentale, lui à qui tout réussit. Émilie Bierre joue sa fille Laurence, toujours avec autant de justesse, et Patrice Godin, son ex et père des enfants, de retour d’un séjour de deux ans à San Diego. Un duo déjà père-fille dans la série Jenny sur Unis TV.

Luc Senay incarne avec beaucoup de sensibilité le psychiatre de Jacob. La bienveillance dans la fermeté. L’homme rappelle chaque fois que le fils, majeur, doit être témoin des conversations avec sa mère et lui, parce qu’elles le concernent. À noter, la présence de René Richard Cyr en co-chambreur de Jacob au centre psychiatrique, recréé dans une aile vacante de l’Hôtel Dieu à Montréal. «Y’a des micros partout ici. Pis lui, c’est un espion», lui lance ce patient schizophrène lui aussi, en guise d’accueil. Et Dominique Pétin, qu’on voit beaucoup trop rarement, joue l’amie de la famille et marraine de Jacob, une femme sans malice, mais aussi sans filtre.

Mon fils est une histoire fermée qui s’arrête au bout des six épisodes. Pas d’intrigue secondaire, on reste centré sur Jacob et sa famille. Un sujet sensible, dur, que les auteurs souhaitaient exorciser, eux qui sont aussi parents, et qu’ils parviennent à transmettre avec beaucoup de doigté et d’intelligence.

FIN DE L’HEURE BLEUE EN DÉCEMBRE

Signée aussi par Anne Boyer et Michel d’Astous, l’excellente série annuelle L’heure bleue s’arrêtera en décembre prochain à TVA. Voilà une œuvre qui ne faisait pas l’unanimité à ses débuts à l’hiver 2017, et qui a su convaincre des adeptes en cours de route. Mardi dernier, la scène de rédemption où Anne-­Sophie et Bernard (Céline Bonnier et Benoît Gouin) accueillaient Xavier (Rémi Goulet), qui a tué accidentellement leur fils, était puissante et faisait du bien, tant à nous qu’aux personnages. Même si on en prendrait encore, on sent que les auteurs adoucissent peu à peu tous les démons qui assaillent leurs personnages depuis le terrible drame, et commencent à boucler leurs intrigues. Mais qui sait quel coup bas nous prépare encore Véronique (Pascale Bussières), en qui Raphaël (Jean-Philippe Perras) ne devrait surtout plus faire confiance? Et suis-je le seul à anticiper que Thomas (Alex Godbout), soudainement père exemplaire, puisse commettre un geste grave?