Le nouveau rôle d’évaluation reflète un ralentissement marqué de la croissance dans toutes les catégories immeubles de même qu’une diminution des écarts entre les différents types de propriétés, incluant celles se trouvant au bord de l’eau.

Moins d’écarts, moins de hauts cris

CHRONIQUE / Après des années de croissance accélérée, la courbe de valeurs des propriétés fléchit. L’assiette fiscale grimpe de 2,9 % dans le rôle que la Ville de Sherbrooke appliquera en 2019, 2020 et 2021 alors que la progression avait été de 7,5 % dans celui ayant servi de référence pour facturer les taxes municipales des trois dernières années.

« Les marches des précédents rôles étaient pas mal plus élevées, de trois ans en trois ans. Celui-ci est le reflet d’un marché qui se resserre et qui a tendance à se stabiliser », a illustré le chef de la division de l’Évaluation, Richard Gagné, en dévoilant les faits saillants du nouveau rôle.

Il y a un ralentissement marqué de la croissance des valeurs foncières dans toutes les catégories d’immeubles, à l’exception des fermes et boisés dont la croissance recule de seulement 1 point, de 6,5 à 5,5 %. On s’entend que cette catégorie n’est qu’un poids plume dans une agglomération urbaine comme Sherbrooke.

À 13,7 %, la progression des terrains inexploités reste élevée, mais elle n’a pas les mêmes effets dopants que les 41,7 % du précédent rôle, qui avaient rendu la mathématique fiscale municipale indigeste pour bien des citoyens ayant essuyé des hausses de taxes salées en raison de l’appréciation soudaine de terrains qu’ils possédaient, et dans certains cas occupaient, pourtant depuis longtemps.

Représentant les deux tiers de la valeur imposable, le secteur résidentiel unifamilial augmente de 2 %. C’est trois fois moins qu’au dernier rôle. Si les écarts rétrécissent dans les paramètres généraux, ils s’atténueraient également entre le type de propriétés, peu importe le secteur où celles-ci se trouvent.

« De petites différences subsistent, mais il n’y a plus d’écarts aussi marqués que ceux qui existaient entre les arrondissements au moment de la fusion. »

Est-ce dire qu’il n’y aura pas de ressac, cette fois, à Deauville ou dans les autres secteurs longeant un cours d’eau?

« C’est pas supposé. S’il y en a un, il devrait être moins senti », ajoute M. Gagné après avoir expliqué que « 90 % pour cent des résidences unifamiliales se retrouvent à l’intérieur d’une fourchette de 1 % au-dessus ou sous la moyenne ».

Ce dernier admet que la reconfiguration des territoires et des districts électoraux découlant de la réduction du nombre d’arrondissements et d’élus a effacé les comparables qui existaient depuis la fusion. 

« Les meilleurs comparables, les citoyens les trouveront en consultant notre site internet puisqu’ils pourront vérifier l’évaluation d’autant de propriétés qu’ils le voudront, dans leur voisinage immédiat ou encore dans d’autres quartiers » estime M. Gagné

À moins de délais imprévus, le nouveau rôle sera accessible dès aujourd’hui.

Rappelons qu’en 2016, l’onde de choc avait été ressentie seulement à la réception des comptes de taxes, qui combinait alors une ponction fiscale augmentée de 4,77 % aux effets des nouvelles valeurs attribuées aux propriétés.

Le quart des propriétaires s’était réveillé avec des factures majorées de 10 % et plus tandis qu’à l’autre bout du spectre, 27 % des contribuables avaient bénéficié d’une baisse de taxes découlant du nouveau rôle.

Cette fois, moins d’écarts entre les valeurs laissent entrevoir moins de hauts cris puisque les impacts de toute majoration de taxes seront mieux répartis, que les élus choisissent d’ajuster le taux de taxation ou les taxes de services pour répondre aux besoins de financement de l’année 2019. Pour autant qu’ils sachent contenir leur appétit, évidemment!

Il est par ailleurs étonnant de voir les valeurs foncières du secteur industriel grimper de seulement 8,3 M$ alors que les investissements se sont multipliés depuis trois ans dans le parc régional.

« La valeur taxable ne correspond pas aux montants dévoilés lors des annonces. Deuxièmement, ces nouvelles implantations ne sont inscrites au rôle qu’une fois qu’elles sont entièrement terminées. Il y aura donc des ajouts en cours de route », précise Richard Gagné.

Dans plusieurs de ces cas, l’inscription au rôle ne changera cependant rien à court terme puisque les entreprises se qualifiant au programme offert par la Ville bénéficient d’une exemption de taxes pendant dix ans.

Finalement, sans nécessairement avoir en tête la nouvelle valeur du Carrefour de l’Estrie, le directeur du service d’Évaluation confirme que celle-ci a été ajustée à la baisse pour tenir compte de la fermeture du magasin Sears. Un recul qui pourrait n’être que ponctuel, mais qui reflète probablement aussi les pertes fiscales que subiront tôt ou tard les villes avec la montée des géants du commerce en ligne ne payant pas de TPS, pas de TVQ, et pas davantage de taxes municipales!