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Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
Pour les personnes à risques de complications, il est difficile de comprendre les directives de vaccination.
Pour les personnes à risques de complications, il est difficile de comprendre les directives de vaccination.

Le labyrinthe de la vaccination

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CHRONIQUE / Pour certaines personnes, recevoir le vaccin est assez facile, surtout les sans rendez-vous pour l’AstraZeneca. Ça peut être aussi simple qu’aller faire la file. Pour d’autres personnes, c’est comme marcher dans un énorme brouillard bien épais.

Depuis mes textes, il y a deux semaines sur l’exclusion de centaines de milliers de personnes ayant des maladies chroniques, ça ne s’est pas beaucoup amélioré. Puisque le ministère de la Santé a modifié la catégorie 8, celle pour les maladies chroniques, les références et informations étaient souvent contradictoires. Il y a eu un resserrement, mais je cumule encore les témoignages de personnes qui se sentent complètement perdues.

En partie parce que les détails sont parfois seulement dans des documents en ligne. Si bien que même si pendant un point de presse on annonce qu’on vaccine les personnes qui ont un cancer, il manque les petits caractères du bas qui précisent quels types de cancer.

Du monde perdu

Par exemple, une personne qui a la leucémie m’a écrit. Elle était exclue au début, puisqu’elle n’a pas un traitement en milieu hospitalier. Si elle a pu avoir un vaccin, une semaine plus tard, c’est grâce aux pharmacies.

On pourrait se dire que les pharmacies viennent donc récupérer les cas que les hôpitaux échappent, comme a pu le mentionner la Santé publique, mais ce pas tout à fait le cas.

Une autre personne qui m’a écrit a un cancer de l’utérus, elle est en plein traitement, mais avec des médicaments, pas en milieu hospitalier. Elle ne fait donc pas partie du groupe visé, même si son médecin lui conseille fortement de se faire vacciner. Mais rien à faire, que ce soit en visitant ClicSanté, en téléphonant aux pharmacies, elle se fait promener d’un bord pis de l’autre, sans n’avoir aucun vaccin. Finalement, c’est comme travailleuse en milieu communautaire qu’elle l’a eu.

Un autre témoignage similaire. La personne est immunosupprimée. On lui conseille de passer par les pharmacies, mais après trois appels dans trois pharmacies, qui la refusent pour différentes raisons, elle ne sait toujours pas vers où se tourner.

Je pourrais continuer avec l’histoire d’une personne qui a la sclérose en plaques, une autre qui a une maladie auto-immune, plusieurs cas de diabète 1, etc. Tous les jours, sur les réseaux sociaux, je vois plusieurs personnes qui essaient de comprendre comment obtenir un vaccin lorsqu’on a une maladie chronique.

J’ai personnellement vu une pharmacienne conseiller de téléphoner à la pharmacie pour avoir un vaccin, si on fait bien partie des personnes visées, mais plusieurs pharmacies disent de passer par ClicSanté, dès le message d’accueil. Clairement, toutes les pharmacies n’ont pas reçu le même mémo.

Sans parler que les pharmacies ne reçoivent pas tant de doses. En Estrie, mercredi après-midi, la majorité des plages horaires étaient remplies. Sur 26 pharmacies, seulement 5 avaient des disponibilités pour les sept prochains jours. Et dans ce lot, certaines n’offrent que l’AstraZeneca.

Vérifications aléatoires

Pendant ce temps, les personnes qui font partie de la catégorie 9, les travailleurs et travailleuses essentielles, se font facilement vacciner. Tant mieux! Ce serait bien que ce soit ainsi pour tout le monde.

Le plus intrigant, c’est que les vérifications semblent inégales. Une personne qui a été se faire vacciner comme travailleuse essentielle a été classée dans les maladies chroniques par le vaccinateur, parce qu’il a appris pendant la courte discussion qu’elle avait le diabète, même si elle n’y avait pas eu droit comme diabétique.

Au moins trois personnes m’ont raconté que jamais, dans le processus, on ne leur a demandé leur preuve d’emploi, ce qu’on demande pourtant de fournir. 

Preuve d’emploi qui est plutôt facile à avoir d’ailleurs. Les CIUSSS ont envoyé le gabarit d’une lettre que l’organisme communautaire doit remplir et remettre à ses équipes. J’en comprends qu’on se fie à la bonne foi des organismes, mais ce n’est pas très dur falsifier une telle lettre.

C’est d’autant plus particulier, comme situation, que le Regroupement des organismes communautaires de l’Estrie (ROC Estrie) a publié un message sur sa page Facebook qui mentionnait que la vaccination était ouverte même aux personnes qui ne sont pas en contact direct avec la clientèle, comme les membres des conseils d’administration. 

Selon le ministère de la Santé, ça fait partie des messages contradictoires qui circulent. La vaccination, m’a-t-on dit, devrait être réservée au personnel en contact direct avec la clientèle. Pourtant, le ROC Estrie partageait un message du ministère, un message qu’une autre source m’a confirmé. « Le MSSS est conscient que des informations contradictoires circulent actuellement », s’est contenté de me répondre le ministère. 

J’insiste : que ce soit facile pour les personnes qui veulent l’AstraZeneca ou pour les travailleurs et travailleuses essentielles, je trouve ça bien, même si certaines directives se contredisent. Ce qui me désole, c’est que ça démontre un double standard envers les personnes qui ont une maladie chronique ou un handicap. Une population qui, par moment, a été mise de côté pendant la pandémie parce qu’on les considérait trop à risques de complications.

Par empathie

Pour que le gouvernement considère les personnes avec un handicap, physique ou psychologique, il a fallu une menace judiciaire, se référant à la Charte des droits et libertés. 

En début de semaine, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a utilisé le mot « empathie » pour ajouter les personnes avec un handicap ou pour éventuellement élargir le nombre de personnes avec une maladie chronique pouvant recevoir le vaccin. C’est bien, mais ce n’est pas une question de pitié, c’est un enjeu de santé publique, de cohérence et de respect.

Même si ce n’est pas aussi pire qu’en Ontario, la troisième vague québécoise est stressante. On craint pour les hospitalisations dans certaines régions. La logique voudrait qu’on vaccine les personnes qui sont à risques d’avoir des complications, afin de ne pas empirer la situation. Ce qui inclut certains lieux de travail, mais aussi les personnes qui ont une maladie chronique, un handicap ou qui vivent avec un trouble sur le spectre de l’autisme.