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Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
Comprendre la bourse est pratique pour les jeunes, mais comprendre la dynamique économique dans laquelle la bourse s’inscrit permet de mieux comprendre la société.
Comprendre la bourse est pratique pour les jeunes, mais comprendre la dynamique économique dans laquelle la bourse s’inscrit permet de mieux comprendre la société.

Comprendre les forces économiques

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Je vais faire quelque chose que je reproche parfois : parler des finances et de l’économie comme si c’était la même affaire. Les deux sujets ne sont pas opposés, loin de là, mais ils ne sont pas synonymes non plus. À force de réduire l’économie aux finances ou aux affaires, on limite la compréhension des enjeux économiques.

Il y a ce réflexe pour jeter un coup d’œil à l’économie de parler des indices boursiers. Le Dow Jones a connu une hausse? L’économie doit bien aller! Le TSX-60 a fait un gain? Bonne nouvelle pour l’économie! Le NASDAQ a perdu quelques points? Triste journée…

Même si la Bourse est un rouage important d’une économie capitaliste, elle est un morceau parmi d’autres. Ce serait comme réduire la santé du sport aux nombres de billets vendus dans le sport professionnel. Pourtant, le sport, ce n’est pas juste le sport professionnel, c’est aussi les Olympiques, le sport amateur, l’entrainement personnel, les ligues de garage, plusieurs loisirs et encore! 

C’est réducteur, mais en plus, ça rend l’économie très abstraite. La majorité des gens ne jouent pas à la bourse et n’en comprennent pas le fonctionnement — il faut dire que les institutions financières aiment créer des structures compliquées. Les gens ont donc souvent l’impression que l’économie ne les concerne pas, que ce qui est important, ce sont les gros joueurs et que les petites entreprises ou les citoyens et citoyennes n’ont pas autant d’effets sur l’économie.

Pourtant, l’enseignement, c’est aussi économique. Les bénévoles qui font vivre les ligues de hockey, c’est aussi économique. Ce n’est pas seulement acheter ou vendre un produit de consommation. 

Ce n’est pas une mauvaise chose d’apprendre au secondaire certains rudiments financiers, au contraire. Comment faire un budget, comment lire un contrat de vente, comment fonctionne un prêt hypothécaire, c’est utile pour être autonome. J’irais même jusqu’à enseigner la fiscalité. 

Mais même si tu sais budgéter, devant une bulle immobilière et une pénurie de logements, si le loyer bouffe la moitié du budget, le talent de gérer ses dépenses a des limites. Il faut aussi comprendre pourquoi il y a une envolée des prix, pourquoi les marchés s’enflamment.  

Ce serait beaucoup plus enrichissant si on allait plus loin que le pratico-pratique. Il est aussi important de comprendre pourquoi le système économique fonctionne de telle façon et que le système dans lequel on évolue n’est pas une loi naturelle. On ne peut pas faire grand-chose contre la rotation de la Terre autour du Soleil, mais on peut choisir notre système économique. On peut le modifier et l’améliorer. 

Pas obligé de faire lire La Richesse des nations d’Adam Smith ou Le Capital de Karl Marx, ni Keynes ou Lewis. On en perdrait plusieurs si on forçait ces lectures. On peut quand même expliquer les théories économiques, montrer les différentes écoles de pensée, enseigner l’évolution des systèmes économiques.

Ça aiderait non seulement nos jeunes à voir une meilleure compréhension du monde et donc de faire des choix économiques plus éclairés et en cohérence avec leurs valeurs, mais aussi de comprendre que l’économie n’est pas une fatalité, mais un choix de société. On peut-être d’accord ou non avec le principe de l’accumulation des richesses, mais c’est important de comprendre pourquoi il existe, ce 1 %, de comprendre pourquoi il y a des paradis fiscaux ou pourquoi les accords de libre-échange ont un impact politique.

C’est comme si on donnait des cours pour apprendre à bien recycler, à bien composter, à réduire ses déchets, mais sans expliquer la dynamique environnementale, sans expliquer les impacts de l’industrialisation et de notre occupation du territoire, sans comprendre les théories écosystémiques, sans comprendre le cycle de vie des biens de consommation, bref, sans comprendre dans quelle dynamique s’inscrivent ces gestes.

Apprendre à gérer des transactions financières, c’est bien. Comprendre comment fonctionne une institution financière, c’est encore mieux. Apprendre à se débrouiller avec un revenu limité, c’est bien. Comprendre pourquoi il y a des inégalités sociales, c’est encore mieux.

Il y a par exemple des chroniqueurs ou chroniqueuses qui donnent des trucs pour épargner ou pour maximiser ses revenus, mais ces personnes ne remettent jamais — ou si peu — en question le système économique, jamais de critiques. Il y a une espèce de sous-entendu : « Pas moi qui a décidé que ça marchait comme ça, moi je dis juste comment se débrouiller là-dedans. » Peut-être qu’on aiderait encore plus les gens si on améliorait le système économique. Dénoncer une injustice au lieu de donner un truc pour survivre à l’injustice.

C’est dommage, parce qu’il y a une possibilité de réellement aider les jeunes à faire de meilleurs choix économiques, à mieux comprendre les enjeux sociopolitiques, mais on se contente d’en faire des gens prêts et prêtes à consommer des produits bancaires.