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Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
Une personne sur cinq est sous le revenu viable, ce qui augmente la pression sur les banques alimentaires.
Une personne sur cinq est sous le revenu viable, ce qui augmente la pression sur les banques alimentaires.

18 $ l’heure pour s’en sortir

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CHRONIQUE / Malgré la pandémie, l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) a mis à jour ses données du Revenu viable, son indicateur qui permet de visualiser le salaire nécessaire pour ne plus être en situation précaire. Pour sortir de la pauvreté, il faudrait gagner au moins 18 $ de l’heure.

Au dépôt du budget fédéral, je mentionnais que la mise en place d’un salaire minimum à 15 $ l’heure pour les entreprises à charte fédérale n’avait rien d’audacieux, que c’était du rattrapage. Cette nouvelle étude de l’IRIS le confirme.

Je sais que c’est un chiffre qui peut en surprendre plusieurs. Surtout les personnes qui sont sur le marché du travail depuis longtemps. Je me souviens qu’un de mes premiers « vrais » emplois avait un gros salaire comparativement à mes amis et amies. Avec 19 $ l’heure, je faisais plus que le double du salaire minimum, qui était alors à 7,30 $ l’heure en 2002. Ça démontre à quel point je voulais travailler dans les médias, puisque je n’ai pas hésité à lâcher ce salaire pour mon premier emploi dans une radio, à 7,50 $ l’heure. 

Vingt ans plus tard, le coût de la vie n’est plus le même et 30 $ l’heure correspond maintenant au salaire moyen.

Dans mon recensement des annonces de logements à Sherbrooke il y a quelques jours, je notais que le coût moyen pour un 3 et demi était de 737 $. Pour que ce logement ne soit pas un boulet financier, une personne seule doit gagner environ 19 $ l’heure. Pour qu’une famille sherbrookoise ne croule pas sous le prix moyen d’un 5 et demi, elle a besoin d’un revenu annuel d’environ 55 344 $.

Les prestations d’urgence pendant la pandémie, qu’on surnomme encore la PCU, correspondaient à un salaire d’un peu plus de 14 $ l’heure. Ce montant en dit long sur la faiblesse du salaire minimum qui n’arrive même pas à accoter une prestation d’aide votée dans l’urgence pendant la pire pandémie mondiale de notre génération.

Sortir de la pauvreté

Récemment, le gouvernement fédéral a adopté la Mesure du panier de consommation (MPC) comme étant le seuil de pauvreté. Sous ce seuil, on est considérée en situation de pauvreté. Pour une personne seule à Montréal, ce seuil est de 21 132 $, et pour une famille de deux adultes et deux enfants, à 42 264 $. 

Le salaire minimum actuel, que ce soit celui de 2020 à 13,10 $ l’heure ou à 13,50 $ à compter du 1er mai, permet d’être au-dessus de ce seuil, mais est-ce que cela signifie qu’on est sorti de la pauvreté? Pas selon moi, ni l’IRIS ni le Collectif pour un Québec sans pauvreté. La MPC ne calcule que le revenu nécessaire pour combler les besoins de base afin de ne pas nuire à sa santé. 

La Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale définit la pauvreté comme la « condition dans laquelle se trouve un être humain qui est privé des ressources, des moyens, des choix et du pouvoir nécessaires pour acquérir et maintenir son autonomie économique ou pour favoriser son intégration et sa participation à la société. »

Quelle autonomie une personne a réellement lorsqu’elle ne peut que combler ses besoins de base? Quels choix cette personne a-t-elle vraiment entre les mains?

Si 21 132 $ ne couvrent que les besoins de base, sort-on réellement de la pauvreté avec un revenu annuel de 22 000 $? 24 000 $?

Le Revenu viable de l’IRIS a cela d’intéressant qu’il intègre l’idée du choix. À partir de quel revenu peut-on choisir entre la friperie ou un vêtement neuf? Entre deux quartiers pour un logement? Entre aller au cinéma ou une gâterie à l’épicerie? De pouvoir absorber un imprévu? 

Parce que la pauvreté est souvent l’absence de choix. Le linge usagé est la seule option. Pour aller au cinéma, il faut sacrifier une partie de son épicerie. Pour aller au resto avec la famille, il faut se priver pour les deux prochaines semaines. En espérant qu’il n’arrive aucun imprévu.

Je le rappelle aussi chaque fois que j’en parle, mais les personnes sur l’aide sociale ont un revenu qui ne correspond qu’à 49 % de la MPC. On ne leur permet même pas de préserver leur santé. Pire, ces prestataires n’ont reçu aucune aide supplémentaire pendant la pandémie, comme si elle ne les frappait pas non plus! Belle solidarité! 

L’IRIS estime qu’environ une personne sur cinq est sous le Revenu viable. Et contrairement à la croyance populaire, les emplois à bas salaires ne concernent pas que les emplois à temps partiel ou les étudiants et étudiantes. Ce sont souvent des emplois à temps plein occupés par des mères monoparentales, des personnes racisées, immigrantes ou autochtones. Et même si c’était du temps partiel pour les jeunes, pourquoi ce salaire ne pourrait-il pas être digne?

L’indice du Revenu viable demeure un revenu modeste. L’IRIS le décrit comme un salaire qui préserve la dignité des citoyens et des citoyennes. Personnellement, je dirais que c’est un revenu qui permet de ne plus se sentir coincé, de ne plus sentir un boulet à ses pieds. 

On dit parfois que travailler est la façon de s’émanciper, de s’épanouir et d’améliorer ses conditions de vie. En bas du Revenu viable, c’est selon moi un gros mensonge.

Les chiffres

Selon les chercheurs et chercheuses de l’IRIS, le Revenu viable pour une personne seule est d’environ 24 433 $ pour Saguenay, 24 614 $ pour Trois-Rivières, 25 202 $ pour Sherbrooke, 27 871 $ pour Québec, 28 139 $ pour Gatineau, 28 783 $ pour Montréal et 32 607 $ pour Sept-Îles – l’absence de transport en commun se fait sentir.

Les familles monoparentales avec un enfant en CPE, l’indice estime 36 121 $ à Trois-Rivières, 36 740 $ à Sherbrooke, 39 387 $ à Québec, 39 999 $ à Montréal, 40 204 $ à Gatineau, 43 183 $ à Saguenay et 44 631 $ à Sept-Îles.

Pour un ménage de deux adultes et deux enfants, l’indice commence à 58 154 $ à Trois-Rivières, 58 689 $ à Sherbrooke, 58 695 $ à Saguenay, 61 046 $ à Québec, environ 61 884 $ à Montréal, 61 929 $ à Gatineau et 66 387 $ Sept-Îles.