Isabelle Légaré
Marilie Lacombe, 25 ans, a reçu un diagnostic d’insuffisance ovarienne précoce. Pour réaliser son rêve de porter un enfant, elle se tourne aujourd’hui vers le don d’ovules.
Marilie Lacombe, 25 ans, a reçu un diagnostic d’insuffisance ovarienne précoce. Pour réaliser son rêve de porter un enfant, elle se tourne aujourd’hui vers le don d’ovules.

Ménopausée à 25 ans

CHRONIQUE / Marilie Lacombe chérit le rêve d’avoir un bébé. Le concevoir, le porter et le mettre au monde. Elle a 25 ans. La fertilité féminine est optimale à cet âge. Les chances de devenir enceinte sont élevées. Sauf pour Marilie. Elle est ménopausée... Oui, déjà.

Pour mener à terme son projet d’avoir son propre enfant, la jeune femme a décidé de se tourner vers le don d’ovules, un processus long, complexe et coûteux. Or, le temps file pour Marilie et l’argent, comme les bébés, ça ne tombe pas du ciel.

Originaire de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, Marilie habite à Pont-Rouge, près de Québec. Technicienne médicale au sein des Forces armées, elle travaille sur la base de Valcartier. Son conjoint aussi. Mathieu Viel, 29 ans, est technicien en approvisionnement.

Mariés depuis octobre 2018, les deux militaires ont toujours su qu’ils voulaient fonder une famille. «On s’était toujours dit qu’on aurait deux ou trois enfants.»

Un mois après le mariage, Marilie a fait retirer son stérilet en se disant que la vie allait décider de la suite des choses. La maison n’a pas tardé non plus à prendre forme dans un quartier qui pousse comme les enfants dans les rues avoisinantes.

Marilie a eu deux périodes de menstruations puis, plus rien. Cette situation lui paraissait quelque peu étrange puisque Mathieu se trouvait en mission, loin de la maison. Elle s’est dit qu’il s’agissait probablement d’un déséquilibre hormonal occasionné par le retrait du stérilet, que tout rentrerait dans l’ordre rapidement.

Les mois ont passé. Devant l’absence de règles, la jeune femme est allée consulter un médecin. Prises de sang. Diagnostic sans préambule: insuffisance ovarienne. Nom privilégié dans le bureau du médecin pour parler de ménopause précoce.

«Est-ce que je vais pouvoir avoir des enfants?»

Le docteur a baissé les yeux avant de répondre ce que sa jeune patiente ne voulait pas entendre. «Non… Vos chances sont près de 0%.»

À son «pourquoi moi?», on lui a donné peu d’explications, sinon que cette pathologie touche de 1 à 2 % des femmes âgées de moins de 40 ans.

«Mes ovaires ont vieilli trop vite. En d’autres termes, je suis ménopausée», lâche Marilie.

Ménopausée comme dans bouffées de chaleur, troubles du sommeil, changements d’humeur, mais, surtout, l’arrêt définitif des règles, l’infertilité et la fin du rêve de la maternité.

Anéantie, la jeune militaire a ressenti beaucoup de culpabilité vis-à-vis son conjoint. Ils venaient tout juste de se marier et de se faire construire une maison pour y voir grandir leurs futurs rejetons.

«Tu devrais me laisser... Va faire ta famille avec quelqu’un d’autre... Je ne serai pas capable de te donner ce que tu veux», lui a-t-elle conseillé. Mathieu ne l’entendait pas ainsi. «Non, si j’ai des enfants, ce sera avec toi et personne d’autre.»

L’option de l’adoption n’est pas écartée, mais pour le moment, Marilie et son amoureux préfèrent avancer par étape, en misant d’abord sur ses chances, aussi minimes soient-elles, de concevoir leur enfant.

«On essaie le tout pour le tout.»

Le couple souhaite avoir recours au don d’ovules, mais Marilie n’a pas beaucoup de temps devant elle pour suivre un traitement de fécondation in vitro. L’endocrinologue consultée au cours des derniers mois a été claire. «Je te laisse trois ans pour avoir un enfant, après, il faut que tu commences l’hormonothérapie.»

Privée d’hormones, la jeune femme est à risque de développer des problèmes de santé tels que des maladies cardiaques et l’ostéoporose.

L’hormonothérapie sert aussi à diminuer les effets secondaires de la ménopause. Elle les a tous… «Surtout les bouffées de chaleur et la fatigue. Si je pouvais, je dormirais 14 heures par jour.»

En ce moment par contre, Marilie ne se repose pas l’esprit tranquille.

Une femme qui a besoin d’un don d’ovules peut trouver une donneuse qu’elle connaît (appelé don dirigé) ou procéder, via une banque internationale, à l’achat d’ovules congelés.

Jusqu’à tout récemment, Marilie et Mathieu croyaient faire appel à une femme de leur entourage qui leur a offert ses ovules.

Le don d’ovules est interdit de rémunération au Canada. Il est cependant permis à une receveuse d’assumer les dépenses encourues par la donneuse qui doit passer par différentes et délicates étapes. Marilie avait donc prévu de débourser, au total, entre 12 000 $ et 13 000 $.

Des démarches ont été amorcées à la clinique Procréa, à Québec, qui vient cependant de l’aviser que les traitements de procréation assistés impliquant des dons dirigés sont interrompus pour une période indéterminée.

On a expliqué à Marilie que Santé Canada vient d’émettre des nouvelles directives, que des zones grises doivent être clarifiées. Des explications ont été demandées, mais les réponses tardent à venir.

«On veut s’assurer qu’on répond vraiment aux critères», m’a-t-on confirmé du côté de Procréa.

La déception de Marilie est grande puisqu’elle n’a pas d’autre choix aujourd’hui que de se tourner vers une banque d’ovules externe (aux États-Unis ou en Europe), une option plus dispendieuse.

«Entre 18 000 $ et 50 000 $», évalue Marilie, découragée. Elle et son mari viennent de se construire une maison avec toutes les dépenses et les dettes qu’on peut imaginer.

«On pense à se trouver un deuxième emploi...»

Une amie a mis sur pied une collecte de fonds via GoFundMe (Aidez Marilie et Mathieu) pour soutenir le jeune couple. Touchée droit au cœur par cette initiative, Marilie n’est pas prête à renoncer à son rêve. Elle veut le vivre, un bébé dans ses bras.