L’éjection aussi rapide du Conseil des ministres de MarieChantal Chassé n’en demeure pas moins cruelle sur le plan humain. Si peu de temps après la formation du gouvernement, c’est une espèce de record.

MarieChantal Chassé sacrifiée au nom de la raison d’État

CHRONIQUE / MarieChantal Chassé a été sacrifiée au nom de la raison d’État. Le premier ministre François Legault et sa garde rapprochée craignaient que ses difficultés fassent de plus en plus mal à l’ensemble du gouvernement. Ils n’avaient pas tort. C’est ce qui serait arrivé.

La désormais ex-ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques a perdu pied dès ses premiers pas à la tête de son ministère. Depuis, elle a été incapable de remettre le pied à l’étrier. Tout le Québec avait pu le constater, et le bureau du premier ministre encore plus que les autres.

L’éjection aussi rapide du Conseil des ministres de MarieChantal Chassé n’en demeure pas moins cruelle sur le plan humain. Si peu de temps après la formation du gouvernement, c’est une espèce de record.

Bien que ce n’était pas le but recherché, ce congédiement est aussi en fin de compte une façon pour le premier ministre de montrer qu’il est capable de prendre des décisions difficiles. Cela peut constituer un atout politique.

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Savoir communiquer

Tout a été très vite. François Legault a rencontré Mme Chassé lundi à Montréal pour lui dire qu’elle devait céder sa place. Il a ensuite parlé au député Benoît Charette pour lui offrir son poste.

Lors du point de presse qu’il a tenu sur cet «ajustement» ministériel, M. Legault a été comme un grand livre ouvert. Soulignons-le parce que ce n’est pas toujours le cas pour ceux qui occupent sa fonction. Mais peut-il tout mettre sur le dos des «communications» difficiles de la ministre déchue avec la presse parlementaire, comme il l’a fait?

Elles ont souvent été ésotériques. Mais Mme Chassé a aussi pâti de la conversion très récente de la Coalition avenir Québec (CAQ) aux questions environnementales, de la quasi-absence de plans dans les domaines qu’elle devait piloter.

Puisque tout est à construire en ces matières à la CAQ, elle n’a pas eu la chance de pouvoir s’appuyer sur quoi que ce soit. Ceci a ajouté à cela.

Pas un plan B

Le nouveau ministre Benoît Charette n’est pas un plan B. Il aurait pu — dû, même — faire partie du Conseil des ministres formé en octobre. Il est un homme studieux. Il n’est pas flamboyant, mais il finit toujours par maîtriser les dossiers qui lui sont confiés.

Le député de Deux-Montagnes sait faire face à la musique et à la pression. Son épreuve du feu, il l’a vécue lorsqu’il a démissionné du Parti québécois en 2011. Il ne s’estimait plus souverainiste.

M. Legault n’avait pas encore formé la Coalition avenir Québec, mais elle était en gestation. Pendant de longs mois, Benoît Charette a dû affronter les remarques et les regards courroucés de ses ex-collègues péquistes à l’Assemblée nationale.

Pour l’heure, sa nomination à la tête du ministère de l’Environnement décevra le Mouvement démocratie nouvelle. C’est qu’il devait piloter une large consultation sur la réforme du mode de scrutin; sur la proportionnelle promise par M. Legault, un dossier qu’il connaît bien. Le gouvernement devait bientôt annoncer le rôle central qu’il jouerait dans cette aventure.

M. Charette a beau être un bien meilleur communicateur que Mme Chassé, il aura besoin de s’appuyer sur un vrai plan gouvernemental de réduction des gaz à effet de serre. La communication est essentielle dans l’univers politique, mais elle ne fait pas foi de tout. Pas éternellement en tout cas.

Au gouvernement, on veut croire que Mme Chassé vivra à terme sa rétrogradation comme un soulagement. C’est le bien qu’on lui souhaite.