C’est au hockey où les cas d’agressions recensés ont été les plus nombreux.

Quand le sport n’est plus un jeu

CHRONIQUE / Être un enfant n’a plus rien d’une partie de plaisir. Du moins, pas si l’on se fie à quelques nouvelles troublantes ayant fait les manchettes cette semaine.

Dimanche, un reportage de Radio-Canada a révélé qu’au cours des 20 dernières années, pas moins de 340 entraîneurs de sport amateur, toutes disciplines confondues, ont été accusés d’un délit sexuel contre un enfant au pays.

Du nombre, les deux tiers environ ont été condamnés par un juge. Collectivement, ces entraîneurs ont abusé de plus de 600 victimes d’âge mineur d’un océan à l’autre.

Il est excessivement déroutant de constater, une fois de plus et une fois de trop, que des prédateurs s’immiscent pernicieusement dans les activités de loisirs de plusieurs centaines d’enfants pour assouvir leurs bas instincts.

Disons que pour protéger les petits, nous avons échappé le ballon sur ce coup-là.

Le reportage dévoile par ailleurs que c’est au hockey où les cas d’agressions recensés ont été les plus nombreux.

Parlant de ce sport sur glace, un guide à l’attention des adultes encadrant les jeunes joueurs de hockey mineur a été lancé le lendemain.

Trop d’arénas ont été le théâtre de crises de nerfs de la part d’un parent mécontent parce que son enfant n’a pas passé assez de temps sur la glace, parce que son équipe a accordé un point ou parce que l’arbitre n’a pas la même interprétation que lui de ce qui vient de se produire.

Ça en dit quand même long sur ce qu’on est devenus comme société, quand nous en sommes rendus à devoir produire un document pour rappeler à des adultes comment se comporter… Pour leur rappeler les règles du jeu, quoi.

Et tout ça, c’est sans compter les jeunes sportifs qui subissent une pression de performance immense de la part des adultes autour d’eux. Et ceux qui sont exclus de la joute, à la demande d’autres parents qui ne supportent pas que l’équipe subisse la défaite, comme l’a rapporté l’émission JE, toujours cette semaine.

J’ai probablement manqué le mémo où on apprenait que le sport n’était plus un jeu.

Temps d’arrêt

Rappelons-le, le sport est censé être un loisir.

Un passe-temps qu’on aime et qui nous permet de décrocher de nos obligations tout en adoptant de saines habitudes de vie.

Pour certains enfants, la pratique d’un sport est encore plus stressante que d’aller à l’école, où on exige déjà d’eux qu’ils donnent leur 110 %.

Comment y trouver du plaisir et se libérer l’esprit lorsque l’activité s’accompagne d’anxiété de performance, de la peur de décevoir un parent ou de l’angoisse d’être agressé ?

Comme un baume, le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge, en compagnie de sa ministre déléguée Isabelle Charest, a annoncé cette semaine le retour des périodes de récréation dans toutes les écoles primaires du Québec, à raison de deux fois vingt minutes par jour, et ce, dès la prochaine rentrée scolaire.

Enfin, une bonne nouvelle. Si seulement c’était aussi facile.

Mais non, ça non plus ce n’est plus un jeu d’enfant. À peine la mesure a-t-elle été annoncée que certains professionnels de l’éducation ont fait valoir que de sortir les élèves pour une récréation à l’extérieur était une opération laborieuse en logistique, qui grugeait de précieuses minutes de temps de classe.

Sans nier les efforts sous-estimés et trop peu valorisés du personnel enseignant, il importe de se rappeler que nos écoles et leur programme pédagogique visent d’abord l’épanouissement et le bien-être de nos enfants dans des conditions optimales. Mercredi, la collègue du Soleil Brigitte Breton rappelait d’ailleurs quelques cas où la mise en place d’un temps d’arrêt était bénéfique pour l’apprentissage.

Et si on laissait les enfants être des enfants ? Le jeu en vaudrait peut-être la chandelle.