Je n’ai lu nulle part que les commerces qui bannissent les tasses réutilisables pour limiter la contamination au coronavirus refuseraient temporairement les paiements en argent comptant. Les billets de banque, mais surtout la monnaie sonnante, passent pourtant de main en main chaque jour, laissant sur leur passage des millions de bactéries...

Nos contradictions

CHRONIQUE / Avertissement général : hypocondriaques s’abstenir.

Je vous le dis on ne peut plus sérieusement : si vous êtes germophobe, ne poursuivez pas la lecture de cette chronique.

L’envie de se saucer dans un bain de Purell après vous être fait bouillir pourrait vous prendre après quelques paragraphes.

Bref, vous êtes averti (e).

Si ça vous démange en lisant ma chronique, ne me prenez pas en grippe ; je m’en lave les mains.

Il est fascinant de constater à quel point l’hystérie collective qui anime la planète depuis quelques semaines à propos de la pandémie du coronavirus met bien en évidence nos contradictions.

Certes, pour éviter d’être contaminé ou de filer nos microbes à notre prochain, on évite les poignées de main et la bise.

On se frotte frénétiquement les mains avec une solution à l’alcool pour tuer le malin qui aurait quand même pu s’y incruster.

Des règles d’hygiène somme toute assez courantes, qui devraient d’ailleurs être appliquées même en dehors de la saison de la grippe.

Lorsqu’il est question du fameux coronavirus, les choses prennent des proportions d’une ampleur rarement vue.

Tout semble amplifié par les médias traditionnels et les médias sociaux, au point où même si nos chances de contracter la maladie — et surtout, d’en mourir — sont assez faibles, des moyens extrêmes sont mis en place à travers le globe pour limiter la contagion.

Des événements tels que des festivals ou des sorties de films ont été annulés pour limiter l’attroupement de foules, un contexte propice à la circulation des virus.

On se rue sur les masques et les gants de protection, si bien que la pénurie de ces articles pourrait mener à l’euthanasie d’une centaine de primates atteints du VIH en observation à l’Université Laval, car les étudiants ne pourraient plus se protéger dans le cadre de leur projet de recherche où ils interagissent avec les bêtes.

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Quand j’apprends des nouvelles comme ça, je me demande vraiment qui est le singe...

Alors qu’on pense mettre toutes les chances de notre côté en adoptant les comportements mentionnés ci-dessus, d’autres habitudes persistent et sont peut-être encore plus à risque de nous rendre malades à n’importe quel moment, sans qu’une épidémie n’ait cours quelque part sur la planète.

Pensons-y un instant. Des chaînes de restauration rapide telles que Starbucks, Tim Hortons et Second Cup, pour ne nommer que celles-là, refusent temporairement de servir leur café dans des tasses réutilisables apportées par la clientèle pour éviter que leurs employés ne soient contaminés.

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Pourtant, je n’ai lu nulle part que ces commerces, ou n’importe quel autre, refuseraient temporairement les paiements en argent comptant. Les billets de banque, mais surtout la monnaie sonnante, passent pourtant de main en main chaque jour, laissant sur leur passage des millions de bactéries...

Cette même monnaie qu’on laisse sur le comptoir où sont servies nos commandes.

Pour être conséquent, il faudrait alors privilégier tout paiement sans contact, n’est-ce pas ? Mais qui désinfecte régulièrement sa carte de crédit ?

Une étude new-yorkaise réalisée en mai dernier a d’ailleurs révélé que, toutes proportions gardées, la carte de plastique contenait plus de germes et de bactéries qu’un poteau dans le métro de cette grande ville américaine !

C’est la même chose quand on va faire nos courses ; des lingettes désinfectantes sont mises à la disposition des clients pour essuyer la poignée du panier, mais je n’ai jamais vu personne s’en servir.

Comme le dernier panier à être rapporté est généralement le premier à être immédiatement réutilisé, les probabilités que les microbes passent d’un hôte à l’autre sont assez élevées.

Les technologies sont censées nous simplifier la vie. Mais ces outils qui facilitent notre quotidien sont également plus sales qu’une cuvette de toilette, ont révélé plusieurs études.

Oui, votre cellulaire qui est scotché au creux de votre menotte, le clavier de votre ordinateur et la souris que vous manipulez plusieurs heures par jour : tout ça est plus susceptible de vous contaminer que le coronavirus.

C’est ainsi pour bien d’autres objets de notre quotidien qu’une majorité de personnes ne pense que très rarement à nettoyer.

Les poignées d’armoire, du réfrigérateur ou du four ; le volant et le levier de vitesse de notre voiture : impossible de recenser tout ce qu’on touche de sale dans une seule journée.

Étudiante, j’étais réceptionniste dans un hôtel. Un jour, j’ai vu une femme de chambre nouvellement embauchée faire ce qu’aucune autre n’avait fait auparavant entre deux séjours : nettoyer les poignées de porte et la télécommande de la chambre, les deux objets les plus manipulés par les visiteurs.

C’était d’une évidence...

Que retenir de tout cela ?

Qu’en étant mal informé, on a souvent plus peur que mal.

Et il est parfois stupéfiant de constater les liens que font certaines personnes sans vérifier la véracité des informations qu’ils propagent, et qui deviennent parfois virales.

Comme il est déconseillé de se toucher le visage en ces temps d’épidémie, je me retiens de me prendre la tête en apprenant que beaucoup de gens associent la bière Corona au virus qui défraie toutes les manchettes depuis le début de l’hiver.

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Entre ça et croire que la Terre est plate en 2020, il n’y a qu’un pas.