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Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Marie-Ève Martel
L’idée de camoufler un tampon souillé dans un gant de plastique à la couleur ultra voyante plutôt que de l’enrober de papier hygiénique ou de le mettre dans l’emballage du tampon ou de la serviette sanitaire neuve me semble un peu saugrenue et contre-productive.
L’idée de camoufler un tampon souillé dans un gant de plastique à la couleur ultra voyante plutôt que de l’enrober de papier hygiénique ou de le mettre dans l’emballage du tampon ou de la serviette sanitaire neuve me semble un peu saugrenue et contre-productive.

Ni gants blancs ni gant de velours

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CHRONIQUE / Quand on ne vaut pas une risée, on ne vaut pas grand-chose. Parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en.

Deux hommes d’affaires allemands ont fait rire d’eux cette semaine en raison du produit révolutionnaire qu’ils ont l’intention de lancer sur le marché et qu’ils ont présenté dans une émission qui se veut le pendant allemand de Dans l’œil du dragon : le gant menstruel, distribué sous la marque Pinky Glove. Pinky en référence à sa couleur « rose fefille » (évidemment) et non pas au petit doigt, qui porte le sobriquet de « pinky » dans la langue de Shakespeare.

Eh oui, mesdames, vous ne vous salirez plus les mains de votre disgracieux sang en retirant votre tampon ou votre serviette hygiénique que vous pourrez ensuite retourner à l’envers pour le jeter dans la poubelle, sans dégât! ENFIN!

Comme si on ne se lavait pas les mains après être passées à la salle de bain... Quoique... ça pourrait être pratique en camping, je le reconnais...

En fait, tout ça me rappelle les petits sacs qu’on utilise pour ramasser les crottes de chien...

Dans les faits, si le Pinky Glove a été inventé, c’est surtout parce que ses créateurs souhaitaient offrir une solution « discrète » — le gant « rose fluo fefille » — pour se débarrasser des produits menstruels jetables, le tout parce qu’ils sont visiblement encore traumatisés d’avoir vu des produits sanitaires dans la poubelle de la salle de bain qu’ils partageaient, il y a de cela une dizaine d’années, avec une colocataire de sexe féminin.

Cachez ce sang que je ne saurais voir.

À moins que la demoiselle en question ait été négligente dans sa gestion des déchets, l’idée de camoufler un tampon souillé dans un gant de plastique à la couleur ultra voyante plutôt que de l’enrober de papier hygiénique ou de le mettre dans l’emballage du tampon ou de la serviette hygiénique neuve me semble un peu saugrenue et contre-productive.

Surtout, elle démontre qu’encore aujourd’hui, en 2021, des hommes adultes sont mal à l’aise avec les menstruations (parfois, ce simple mot en indispose) ou qu’ils comprennent mal son fonctionnement.

Il suffit de voir la réaction hilarante des centaines de jeunes hommes dans tout autant de vidéos sur TikTok et compagnie, où leur copine ou leur sœur leur montre le fonctionnement d’un tampon. Ou bien de leur demander comment « s’installe une serviette hygiénique » : ils sont encore nombreux à croire que la partie autocollante va sur la peau... Ouch!

Ça me rappelle aussi le voyage en orbite de Sally Ride, la première femme américaine à être allée dans l’espace. Pour prévenir toute fuite extraterrestre, advenant qu’elle survienne à bord de la navette spatiale, les ingénieurs de la NASA lui avaient demandé si une centaine de tampons seraient suffisants pour tenir la semaine.

Compte tenu qu’en temps normal, on recommande de changer de tampon à tous les 4 à 6 heures et que la durée moyenne des menstruations est de cinq jours... Disons que ces pros des mathématiques avaient mal fait leurs calculs!

Revenons au Pinky Glove.

Si ces messieurs avaient bien fait leurs recherches, ils auraient peut-être constaté que des solutions plus discrètes, plus écologiques et plus économiques existent déjà sur le marché, et ce, depuis des décennies.

Je pense à la coupe menstruelle et aux serviettes hygiéniques lavables de même qu’aux petites culottes menstruelles, qui sont réutilisables et donc qui ne génèrent pas de déchets risquant d’indisposer les regards masculins qui pourraient se poser sur elles.

Sinon, restent toujours les sacs pour les crottes de chien, qui sont pas mal moins chers, mais tout aussi colorés. Il s’en fait même avec des motifs, toi chose...

À bien y penser, moi qui ai tout récemment adopté un bébé corgi de deux mois et demi, ce que j’aimerais voir à Dans l’œil du dragon, c’est un entrepreneur qui fabrique des sacs à crottes qui sont faciles à ouvrir dans l’urgence de la collecte.

Je lui filerais tout mon argent, drette là. C’est dire.

Quelle place pour les femmes en politique ?

Tant qu’à rester dans la thématique du gant, on peut dire que cette semaine, le chef nouvellement élu du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, n’a pas mis de gant de velours sur sa main de fer en prétendant que la parité au sein des formations politiques n’était que parure. Le voici convaincu que le Québec est déjà une société égalitaire et qu’il n’est pas du ressort de l’État de soutenir financièrement des initiatives qui promeuvent la place des femmes ou l’amélioration de leurs conditions de vie, une intervention qu’il compare à de « l’activisme » menant à « l’exacerbation de la tension entre les sexes ».

Encore aujourd’hui, ici même dans la province, les femmes professionnelles gagnent en moyenne 2,83$ de l’heure de moins que leurs collègues masculins pour le même travail, rappelle l’Institut de la statistique du Québec. Selon l’Union des municipalités du Québec, les femmes ne représentent que le tiers des élus au palier municipal, dont un maire sur cinq. Enfin, les femmes ne comptent que pour 20 % de tous les membres des conseils d’administration, a révélé un sondage pancanadien dont les résultats ont été dévoilés à la mi-mars.

Quand on sait tout ça, difficile de penser que comme société, et même si on n’est pas à plaindre vis-à-vis d’autres nations, on n’a pas encore quelques croûtes à manger pour atteindre une réelle égalité des sexes.

Comprenons-nous bien : Éric Duhaime n’a pas dit qu’il ne présenterait pas de candidates féminines aux élections; il a tout simplement dit qu’il ne recruterait pas de femmes juste pour recruter des femmes.

Pour avoir évolué en politique et dans les médias, M. Duhaime a dû côtoyer de nombreuses femmes compétentes et brillantes, ce qui doit lui faire penser que si les femmes le veulent vraiment, elles peuvent prendre la place qui leur revient sans embûche. On ne peut donc pas sauter aux conclusions et le traiter de misogyne. Mais son discours me rappelle quand même la fameuse phrase : « J’suis pas raciste : j’ai un ami noir »...

Certes, la compétence devrait toujours primer, mais le discours du nouveau chef détonne tout de même avec celui qu’on entend chez la majorité des politiciens actuels, qui prônent l’inclusion.

Le moment choisi pour y aller de cette déclaration, quand la prochaine élection provinciale n’est prévue que dans un an, est aussi particulier. Jeudi, la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, appuyée par des regroupements de municipalités, lançait un appel à l’engagement politique au palier municipal, à six mois des prochaines élections générales. Les femmes, les jeunes et les personnes issues de la diversité sont parmi les candidats les plus difficiles à recruter et il faut les inciter à faire le saut en politique, a-t-on souligné.

Ce que M. Duhaime semble aussi oublier, c’est que pour aspirer à gouverner au nom de tous les Québécois, un parti politique doit être à leur image. Difficile d’imaginer qu’en 2022, la Belle Province retournerait à un gouvernement composé de messieurs comme c’était le cas jusqu’au milieu du siècle dernier.