Des inondations qui ne devaient se produire qu’une fois par quelques décennies ont maintenant lieu à quelques années d’intervalles. La fréquence rapprochée et l’ampleur de ces crues démontrent que les changements climatiques sont bel et bien une réalité à laquelle il faut s’adapter.

Les yeux dans l’eau

CHRONIQUE / Quelle catastrophe de voir, une fois de plus, des gens devoir quitter leur foyer parce que celui-ci risque d’être inondé. Quelle horreur d’appréhender la rupture possible du barrage de Grenville-sur-la-Rouge. Quel drame que le décès de cette dame de Pontiac dont la voiture a chuté dans un cratère inondé après l’affaissement d’un ponceau.

Des inondations qui ne devaient se produire qu’une fois par quelques décennies ont maintenant lieu à quelques années d’intervalles. La fréquence rapprochée et l’ampleur de ces crues démontrent que les changements climatiques sont bel et bien une réalité à laquelle il faut s’adapter.

Le Jour de la Terre, que certains ont vécu lundi les pieds dans l’eau, nous a rappelé qu’il est maintenant difficile de nier que l’activité humaine a des conséquences sur la nature, de même que sur la santé de la planète et sur celle de ses habitants.

Pourtant, à quelques kilomètres à peine de l’Outaouais, elle aussi touchée par d’importantes inondations, le gouvernement ontarien a récemment coupé dans un programme provincial qui devait mener à la plantation de 50 millions d’arbres dans la province entre 2008 et 2025, rapportait jeudi Radio-Canada.

Un programme dont le coût annuel avoisinait les 4,7 millions de dollars, mais qui, aux yeux des conservateurs de Doug Ford, était superflu dans un contexte de rigueur budgétaire.

Toujours selon Radio-Canada, la porte-parole du ministre ontarien des Richesses naturelles et des Forêts a affirmé que l’industrie forestière plantait déjà suffisamment de millions d’arbres chaque année pour reboiser et compenser la coupe des arbres qu’utilisent les entreprises dans le cadre de leurs opérations.

Tant pis pour la photosynthèse et la qualité de l’air : on parle ici du même gouvernement qui a mis fin aux subventions provinciales pour l’achat de véhicules électriques et qui a abandonné sa bourse sur le carbone afin de faire diminuer le prix de l’essence et qui part en guerre contre la taxe sur le carbone imposée par le gouvernement fédéral aux provinces qui n’en ont pas.

Malheureusement, les économies d’aujourd’hui que pense réaliser l’Ontario — ou devrais-je plutôt dire, ses dirigeants — hypothèquent la qualité de l’environnement de demain.

Ce qui est encore plus malheureux est que ce constat est valable pour bien d’autres endroits dans le monde.

Minuit moins une

Plusieurs sonnent l’alarme depuis des années et il est réellement minuit moins une pour assurer la pérennité de nos ressources, mais aussi de notre espèce, qui ne saurait survivre sans elles.

Un rapport de la firme Ouranos publié en 2015 évaluait à 22 000 le nombre de morts qui seront attribuables aux changements climatiques, surtout à l’augmentation de la température, d’ici cinquante ans, seulement au Québec.

Cinquante ans, c’est demain matin, quand on sait que l’être humain a mis à peine 200 ans à fragiliser ce que la nature avait auparavant mis des millions d’années à créer.

Voilà pourquoi plusieurs se tournent vers des sources d’énergie renouvelables et délaissent les combustibles fossiles pour réduire leur empreinte environnementale.

Voilà pourquoi les sacs de plastique, les pailles jetables, les bouteilles à usage unique et même le polystyrène sont désormais bannis par un nombre croissant de municipalités et d’organisations dans l’espoir de réduire les déchets qui prendront le chemin des sites d’enfouissement.

Voilà pourquoi de plus en plus de municipalités se tournent vers le compostage et la biométhanisation pour disposer des matières organiques.

Voilà pourquoi le Québec a pour cible de ne plus enfouir du tout de déchets en 2022.

Voilà pourquoi le Québec souhaite réduire la production de gaz à effet de serre à 20 % sous le niveau de 1990 d’ici l’an prochain et de 37,5 % d’ici 2030.

Mais de tels objectifs, comme plusieurs autres qui ont la possibilité de faire une réelle différence, ne seront pas automatiquement atteints du simple fait qu’ils ont été énoncés.

On ne peut plus se dire que l’avenir du monde, c’est l’affaire des autres.

On ne peut plus confier cette responsabilité à autrui et s’en laver les mains en pensant qu’ils feront le travail à notre place.

L’enjeu est trop important.