Cette semaine, plutôt que d’avoir carte blanche, j’ai davantage le syndrome de la page blanche.

La page blanche

CHRONIQUE / Vendredi, près de 16 heures. Je suis assise devant mon poste de travail et je ne sais pas encore de quoi vous parler cette semaine dans ma chronique, une tribune privilégiée où je peux vous entretenir de ce qui me plaît.

Mais il semble que cette semaine, plutôt que d’avoir carte blanche, j’avais davantage le syndrome de la page blanche.

Il faut dire qu’il s’agit du début des vacances. Plusieurs de mes collègues étaient d’ailleurs en congé ces jours-ci ; les lecteurs les plus assidus ont assurément remarqué l’absence de quelques signatures dans les pages de leur quotidien. Ne vous en faites pas, elles seront de retour sous peu !

Pour ma part, l’été m’angoisse, professionnellement parlant. Je crains toujours de ne pas avoir de quoi écrire, ces fameux slow news days où il ne se passe rien, mais où il faut tout de même remplir l’édition du lendemain.

Laissez-moi vous dire qu’il y en a, des jours d’été, où on gratte les fonds de tiroir afin de dénicher une nouvelle digne de faire la manchette de La Voix de l’Est.

L’adage dit que lorsqu’on n’a rien à dire, il est plus sage de se taire, mais dans le domaine de l’information, on ne peut pas sauter une édition sous prétexte qu’il ne s’est rien passé la veille.

J’ai donc souvent peur de ne pas avoir de nouvelle à traiter. Et comme nous sommes moins nombreux à alimenter la bête durant la période estivale, le poids de trouver un ou plusieurs sujets de reportage chaque jour est encore plus lourd sur nos épaules.

Inutile de vous dire que ce n’est pas un contexte idéal lorsqu’on souffre d’anxiété.

Je suis indomptable : plus souvent qu’autrement, je m’en suis fait pour rien. C’était le cas cette semaine.

Me voici assise devant mon ordinateur à me demander quoi écrire pour cette chronique alors que, depuis mardi, je n’ai pas cessé une minute. J’étais beaucoup trop occupée pour prendre un temps d’arrêt afin de songer à un sujet de billet.

Être journaliste, c’est partager son lit avec l’incertitude, c’est voir partir des revenus qui quittent le navire pour ne jamais revenir. Mais c’est aussi le besoin de faire un saut quotidien dans le vide.

C’est un feu roulant de nouvelles, insolites, dramatiques, ennuyantes parfois, positives ou même franchement passionnantes qui m’a attendue au boulot, alors que j’étais fermement convaincue d’avoir affaire à quatre longues journées de vaches maigres.

Moi qui ai la routine en horreur, je crois que c’est ce que j’aime le plus de mon métier.

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas.

Une facette parmi tant d’autres

Récemment, j’ai lu un article à propos du fait que plusieurs personnes, comme moi, ont tendance à se définir comme personnes et à établir leur valeur en fonction de leur métier.

Ceux qui me connaissent ou qui me suivent un peu sur les réseaux sociaux savent que je suis une passionnée du journalisme.

Non seulement cette profession me permet de vivre de mon amour de l’écriture, de gagner mon pain en jonglant avec les mots et en faisant des rencontres marquantes ou riches en émotions, mais elle me permet de m’accomplir en tant que citoyenne en traitant régulièrement d’enjeux publics.

Bref, j’ai l’impression de faire ma part pour changer (un petit peu) le monde, un article à la fois.

C’est facile, quand on aime vraiment notre vie, d’amalgamer ce qu’on fait et ce qu’on est au point de ne plus faire la différence.

Je suis tombée dans ce piège, peut-être même bien en connaissance de cause.

Je ne vous cacherai pas que de réaliser ce défaut chez moi résonne très fort, surtout que j’évolue dans une industrie qu’on dit en déclin.

Être journaliste, à l’heure actuelle, c’est partager son lit avec l’incertitude, c’est voir partir des revenus qui quittent le navire pour ne jamais revenir. Mais c’est aussi le besoin de faire un saut quotidien dans le vide.

Même si j’ai la certitude absolue que, dans l’immédiat et contrairement à ce que galvaudent certains compétiteurs de mauvaise foi, j’aurai encore mon emploi pour un bon moment, ce serait mentir que de nier que je me suis demandé ce que je ferais de ma peau si je n’étais plus journaliste.

Je n’ai pas encore trouvé de réponse qui me satisfasse, bien honnêtement.

Après tout, j’ai fait une croix sur cette carrière une première fois en 2011, seulement pour mieux y revenir, un an et demi plus tard, à La Voix de l’Est.

Ça m’inquiète parfois.

Au-delà de mon rôle de journaliste, qui suis-je ?

J’ai bien un amoureux, une famille, des amis, deux gros chatons-ron-ron et des passe-temps : j’aime aussi bien jogger le long de la piste cyclable que de dévorer un roman passionnant, j’aime cuisiner, particulièrement de jolis gâteaux, j’ai un côté artistique sous-exploité, pour ne nommer que cela.

Le journalisme n’est donc qu’une facette de moi parmi tant d’autres, tel un prisme aux multiples faces qui réfléchissent la lumière différemment selon la manière dont on le manipule.

Une facette un peu plus brillante, mais une parmi tant d’autres. C’est à moi de m’en rappeler.

Encore une fois, je m’en faisais pour rien.