Après les pierres tombales, les fantômes suspendus, les petits fantômes lumineux plantés dans le gazon et l’homme à la tête de citrouille, c’est un fantôme gonflable de 12 pieds de haut qu’on s’est procuré, cette année.

La maison du docteur

CHRONIQUE / Il n’aurait pas fallu que la fête d’Halloween soit reportée chez nous, jeudi. Mon chum ne s’en serait pas remis.

L’Halloween, mon Dave prend ça très au sérieux. Ça lui donne une occasion de retomber en enfance et de s’amuser comme un gamin. Solide.

Chaque année, on achète une nouvelle décoration pour la devanture de la maison. Après les pierres tombales, les fantômes suspendus, les petits fantômes lumineux plantés dans le gazon et l’homme à la tête de citrouille, c’est un fantôme gonflable de 12 pieds de haut qu’on s’est procuré, cette année.

Mais pas un fantôme gonflable ordinaire, plus haut que notre maison. Un fantôme gonflable LU-MI-NEUX, multicolore. Une vraie Halloween disco, rien de moins.

Un artefact qui cadre parfaitement dans la palette de Monsieur Sons et Lumières, comme l’avait si bien décrit ma collègue Isabelle dans une chronique l’an dernier.

Notre nouvel ami, baptisé Gerry Bouh-let dans les circonstances, se marie parfaitement à la guirlande lumineuse de 300 ampoules DEL que mon ingénieur de fiancé a lui-même programmée, afin qu’on puisse changer la couleur des ampoules, la vitesse de leur clignotement et même faire des arcs-en-ciel à l’aide de notre cellulaire.

Ajoutons sous l’abri d’auto un stroboscope dont s’échappe une trame sonore sinistre parsemée de coups de tonnerre, des rubans jaunes qui n’empêchent pas tellement les enfants de cogner à la porte du devant, des ampoules qui simulent une flamme vacillante et une projection d’un zombie-walk morbide sur notre store blanc qui sert d’écran improvisé et vous avez un décor tout aussi horrifiant que ludique.

Un décor qui, à l’exception de tous petits qui craignent un monstre de l’autre côté de la porte, fait la joie des enfants du quartier et de leurs parents, qui n’ont pas manqué de nous dire que nos décorations sont parmi les plus jolies qu’ils ont vues de la soirée.

On va se le dire, ça flashe. Dans tous les sens du terme.

Au point où de l’intérieur de la maison, on avait l’impression d’être au beau milieu d’une opération policière d’envergure.

Vedette du quartier

Maintenant qu’il est trop vieux pour faire la tournée des maisons, mon chum s’amuse à décorer la sienne et trouve, c’est évident, autant de plaisir qu’autrefois à donner des bonbons à son tour.

De la mi-septembre à la fin octobre, on prépare nos provisions. Une ou deux boîtes de chocolats, de jujubes et de gommes par semaine, puis des sacs de friandises plus traditionnelles, sucettes et bonbons, s’empilent dans notre sous-sol en vue de la grande célébration macabre.

Le jour venu, The Dave divise soigneusement le butin par type de friandise, afin d’en donner au moins une de chaque variété aux sorcières, lutins, vampires, princesses, licornes et cowboys qui frapperont à notre porte.

En fin de journée, il rentre le plus tôt possible à la maison pour rater le moins de visiteurs possible.

Et c’est dès lors que la magie opère.

Dave se déguise. Rien de bien compliqué, mais il aime bien choisir parmi sa collection de costumes : biscuit géant en pain d’épices, Mario Bros qui chevauche Yoshi, un tyrannosaure gonflable…

Mais son costume le plus mémorable est le plus simple. Vêtu d’un sarrau blanc et d’un stéthoscope de plastique, puis d’une paire de lunettes qui lui donne l’air d’un savant-fou-pas-trop-fou. Un costume qu’il s’était concocté sans prétention pour une soirée meurtres et mystères.

Jeudi, c’était la deuxième année consécutive qu’il avait choisi de se vêtir de la sorte, une décision qui relève purement du hasard.

Alors qu’elle ne fut pas notre surprise d’entendre des jeunes, plus petits ou préados, s’exclamer en le voyant ouvrir la porte avec un grand sourire : « Ah oui ! C’est la maison du docteur ! C’est trop cool ! Salut docteur ! »

Mon chum, une vedette de quartier. Qui l’eut cru !

La plus belle récompense qui soit : voir ces beaux sourires Colgate avant qu’ils ne soient tous gommants de gélatine, de chocolat et de sucre raffiné et ces yeux empreints de magie, émerveillés par l’univers halloweenesque tiré de l’imaginaire de mon fiancé.

Rage de sucre

N’empêche, je connais bien mon amoureux. Je sens bien que ça le démange de repartir sillonner les rues du quartier et d’errer, de porte en porte, en quête de sucreries et de gâteries, ce qu’il m’a confirmé un peu plus tard.

Alors que nos réserves étaient presque épuisées, que l’affluence de petits monstres s’était tarie, que les rues se vidaient et qu’on s’apprêtait à fermer boutique pour un an et à en finir avec notre feu d’artifice résidentiel, le voilà qui me dit, sur un ton des plus nonchalants…

« J’ai hâte de passer l’Halloween, comme parent, aussi… »

Le message est passé.

Mais, avant que vous ne sautiez aux conclusions, sachez qu’à l’heure actuelle, mon ventre rebondi n’est que le fruit d’une consommation excessive de bonbons !