Des autocollants d’animaux, de fêtes, de personnages avec de « vrais yeux », de milkshake ou de sundae, des autocollants scintillants, en relief, en velours ou qui sentaient la fraise ou le raisin quand on les grattait, j’en ai eu.

La fable des autocollants

CHRONIQUE / Pour plusieurs, ça peut sembler excessivement trivial.

Mais pour moi, ça explique tellement de choses.

Je vous parle de ma collection d’autocollants. 

Comme toute petite fille née à la fin des années 1980, je n’en avais que pour Barbie, les princesses de Disney, ma Petite Pouliche et tout ce qui portait la griffe Lisa Frank. 

Pour me faire plaisir, il suffisait alors de m’offrir un paquet d’autocollants à l’effigie de mes idoles fictives, mais pas que ça.

Des autocollants d’animaux, de fêtes, de personnages avec de « vrais yeux », de milkshake ou de sundae, des autocollants scintillants, multicolores, en relief, en velours ou qui sentaient la fraise ou le raisin quand on les grattait, j’en ai eu. 

Des centaines, voire des milliers, assurément.

Que je consignais religieusement dans mes albums aux pages cirées ou dans une grande enveloppe en papier kraft, en attendant de trouver l’objet parfait, celui qui serait considérablement embelli par l’ajout d’un ou de plusieurs de mes stickers. Et pas n’importe lesquels !

Car, contrairement à bien d’autres enfants, je n’ai jamais eu la manie de décorer les meubles ou les murs du salon ni de me transformer en album humain en recouvrant chaque centimètre de mon petit corps de mes personnages engommés.

Non, mes autocollants les plus jolis étaient beaucoup trop précieux pour être apposés sur n’importe quoi. Pas un simple cahier qui prendrait la route de la poubelle une fois noirci de mes idées — je vous rappelle qu’au début des années 1990, le recyclage commençait à être implanté dans les résidences... — ou sur une
babiole sans importance dont je me serais lassée.

La suite, vous vous en doutez peut-être : mon enfance durant, j’ai accumulé mes jolis autocollants, que j’ai jalousement conservés dans l’attente de les utiliser. Mais jamais je n’ai jugé que mes possessions en étaient suffisamment dignes.

Résultat : vint un jour où j’étais devenue trop vieille pour apprécier mes autocollants, qui sans m’en rendre compte, avaient dormi pendant des années dans mon enveloppe en papier kraft, sans embellir quoi que ce soit tant j’avais peur de les gaspiller sur quelque chose qui n’en valait pas la peine.

Je me suis donc résolue à les offrir à des plus jeunes que moi. Des destinataires qui n’ont pas attendu une seconde avant de décorer la première chose qu’ils avaient sous la main.

Je ne colle pas, donc je suis

Comme je l’expliquais au début de cette chronique, cette anecdote peut sembler anodine pour le commun des mortels. Mais elle en dit vraiment long sur ma personnalité d’adulte.

Ça m’a pris vraiment beaucoup de temps à comprendre que la valeur que j’accordais à mes autocollants, à l’époque, n’était qu’une manifestation de mon caractère (trop) raisonnable. Et peut-être bien aussi de mon trouble d’anxiété, qui n’est sûrement pas apparu du jour au lendemain.

J’ai rapidement fait le lien quand j’ai survécu à un accident de voiture, en décembre 2017. Survécu, car la perte de contrôle de mon véhicule sur la chaussée enneigée aurait pu avoir des conséquences funestes, dans le profond fossé empli d’eau dans lequel j’ai fini ma course, sur le capot. 

Prévoyante que je suis, j’ai toujours mis des sous de côté pour le jour où j’aurais besoin de m’en servir. Mais encore là, l’idée de devoir décaisser une partie de mes économies pour m’acheter une nouvelle bagnole m’horripilait. Imaginez que j’aie une urgence encore plus urgente et que je ne puisse la pallier parce que je me suis acheté une voiture !

En d’autres mots : à l’image d’un écureuil à l’approche de l’hiver, je fais des réserves. Sauf qu’une fois l’hiver à ma porte, le temps n’est jamais assez rigoureux à mon goût pour piger dedans.

Il avait fallu que ma tante Colette me parle bien franchement pour que j’accepte de dépenser un peu plus pour une voiture plus confortable que ce que le budget que j’avais prévu me permettait d’acheter. Et je ne l’ai pas regretté, bien au contraire.

La morale de cette fable du temps des milléniaux ? La fourmi peut bien trimer dur, ça ne lui enlève pas le droit de jouer à la cigale de temps à autre. 

D’en être consciente, ça me permet de relâcher la steam et de mieux profiter du moment présent. Et c’est beaucoup plus agréable quand on sait qu’on peut le savourer sans s’inquiéter de l’avenir ! 

Je ne suis pas du genre à prendre des résolutions le 1er janvier, mais plutôt à tirer des leçons de l’année qui vient de s’écouler. Et, comme mes autocollants, je les accumule au fil du temps... mais dans ce cas-ci, j’essaie d’en faire usage le plus souvent possible et même d’en faire profiter les autres ! 

Alors s’il est une leçon que j’ai apprise et que je peux vous transmettre aujourd’hui, c’est de ne pas attendre d’être trop vieux pour profiter de vos autocollants... ou pire, que la colle soit sèche !