Marie-Ève Martel
Il n’y a rien d’étonnant à ce que les marchands et entreprises refilent une partie de la facture engendrée par la pandémie à leur clientèle: ça s’est toujours passé comme ça.
Il n’y a rien d’étonnant à ce que les marchands et entreprises refilent une partie de la facture engendrée par la pandémie à leur clientèle: ça s’est toujours passé comme ça.

Crache le «cash»

CHRONIQUE / Être chauvin est de bon goût par les temps qui courent. S’il existe un avantage de cette maudite pandémie, c’est qu’elle nous a permis, ce printemps, de découvrir ou de redécouvrir les artisans d’ici qui triment dur pour nous offrir une aussi grande variété de produits locaux et de trouvailles dont on a de quoi être fiers.

Et pas toujours pour plus cher que la compétition internationale.

N’empêche, il est surprenant de voir des gens s’offusquer que certains commerçants ajoutent des frais « COVID » à leur facture au moment de leur faire payer certains services.

Que ce ne soit pas clairement indiqué au tout début de l’expérience d’achat est effectivement frustrant. La surprise est décevante au moment de passer à la caisse et il est interdit d’ajouter des frais sans avertir préalablement le client, rappelle l’Office de la protection du consommateur.

Mais il n’y a absolument rien d’étonnant à ce que les marchands et entreprises refilent une partie de la facture engendrée par la pandémie à leur clientèle: ça s’est toujours passé comme ça, pandémie ou non.

Quand le chou-fleur coûte plus cher à obtenir, il est vendu plus cher. Quand la demande dépasse l’offre, il y a une enchère.

Vive le capitalisme.

Pensons-y: pendant des semaines, voire des mois, ces entreprises ont été contraintes de fermer leurs portes, se privant ainsi de revenus alors que leurs frais fixes — loyer, assurances, électricité, taxes, alouette! — continuaient toutefois de s’accumuler.

Et lorsqu’on leur permet enfin de reprendre leurs activités, ce n’est pas tout à fait comme avant.

Certains établissements ne peuvent accueillir qu’une fraction de la clientèle qu’elles recevaient auparavant, distanciation physique oblige, coupant de beaucoup les revenus à venir.

De plus, les employeurs doivent offrir des conditions de travail sécuritaires à leurs employés et une expérience similaire à leurs clients, ce qui engendre l’achat de désinfectant pour les mains, de masques, de visières et de panneaux en plexiglas, etc.

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On ignore si ces mesures seront temporaires ou permanentes. L’avenir nous le dira. Ce qu’on sait, c’est que cette pandémie mettra beaucoup plus de temps à nous quitter qu’elle n’en a pris pour venir nous accabler.

Qui sait si nos habitudes ne seront pas bouleversées de manière irréversible; ceux qui pestent contre les mesures sanitaires et les précautions qu’on se fait imposer devront prendre leur mal en patience.

Bref, s’il est mal vu de tousser en public par les temps qui courent, nul doute qu’on devra néanmoins cracher « le cash » pour être bien servit.

Ainsi, qu’on me demande de payer un peu plus chez le coiffeur, chez l’esthéticienne ou chez le tatoueur, ça ne me fait pas plaisir, mais si c’est le prix à payer pour bénéficier de ce service jusqu’à un certain retour à la normale, si retour à la normale il y a un jour, soit.

Qu’on me demande de contribuer à l’effort collectif en ajoutant 1 ou 2$ à ma facture au restaurant ne m’enrage pas. Je le conçois et je le comprends.

D’ailleurs, si je n’ai pas les moyens de payer un léger pourcentage supplémentaire pour savourer mes œufs Bénédicte, je n’ai peut-être tout simplement pas les moyens de m’offrir un repas au restaurant.

On oublie trop souvent que d’aller manger dans un restaurant ou se payer des soins personnels demeure un luxe, un luxe généralement abordable, mais tout de même un luxe.

Certaines personnes, bien avant la pandémie, n’avaient pas les moyens de se payer de telles sorties. C’est malheureusement encore plus vrai maintenant que des centaines de milliers de personnes au pays ont été mises à pied, quand elles n’ont tout simplement pas perdu leur emploi en raison du contexte inédit dans lequel nous nous trouvons.

Chez le dentiste, c’est autre chose. Déjà, une partie de ceux qui n’ont pas d’assurance dentaire se privent parfois d’une visite nécessaire au cabinet, faute de moyens pour se payer un nettoyage ou une réparation. Les frais COVID supplémentaires représentent un autre obstacle susceptible de décourager des personnes de consulter un dentiste, alors que l’hygiène bucco-dentaire est un élément important de notre santé.

Pas étonnant alors que les dentistes réclament que Québec éponge cette facture.

De toute façon, qu’on le veuille ou non, on devra tous payer, collectivement, l’onéreuse note que nous aura laissée la COVID-19.

Il suffit de penser à toutes les mesures mises en place par nos gouvernements pour soutenir les travailleurs et les entreprises, les étudiants, la veuve, l’orphelin et même le bénévolat (!); des milliards de dollars qui semblent être tombés du ciel, mais qu’on devra un jour rembourser puisqu’il s’agit de notre portefeuille collectif.

Ceux qui rêvent à des baisses d’impôt dans les prochaines années doivent plutôt s’attendre à quelques nuits d’insomnie...