Ce sont les téléspectateurs qui écoperont alors qu’ils devraient sortir grands gagnants de la rivalité entre Bell et Vidéotron.

Au banc des pénalités

CHRONIQUE / Ça joue dur chez les câblodistributeurs. En jetant les gants cette semaine, Québecor pensait être vite sur ses patins, mais l’entreprise aura finalement marqué dans son propre but.

Pour ceux qui n’ont pas vu le jeu, allons-y pour la reprise vidéo.

Québecor estime que Bell, son principal concurrent dans la câblodistribution, ne lui paie pas sa juste valeur de redevances compte tenu des cotes d’écoute que génèrent certaines chaînes spécialisées, dont TVA Sports, canal qui ne fait pas partie des chaînes offertes avec un forfait de base.

Après plusieurs mois de négociations qui n’ont pas donné les résultats escomptés, l’empire de Pierre Karl Péladeau est passé à l’offensive en coupant le signal de TVA Sports chez Bell, et ce, même si, mercredi, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a bloqué le tir de Québecor par l’émission d’une décision exécutoire l’obligeant à respecter son contrat avec Bell jusqu’à son terme.

Hors-jeu

« Bell met ses abonnés hors-jeu » pouvait-on lire dans une publication annonçant le retrait imminent du signal de TVA Sports chez le câblodistributeur concurrent et qui serait la « conséquence de sa conduite antisportive ». Le tout donnait suite au bandeau défilant annonçant que « Bell vous pénalise », diffusé la fin de semaine dernière lors de la dernière partie de la saison régulière des Canadiens de Montréal et pendant La Voix.

On laissait ainsi entendre que si les abonnés de Bell ne pouvaient pas visionner les séries en français, un service offert exclusivement par TVA Sports, c’était par sa faute.

Or, même si Québecor tente de faire porter l’odieux à Bell, le retrait du signal de TVA Sports relève de sa propre initiative.

Il y a quelque chose de profondément malaisant à ce qu’un conglomérat médiatique, auquel sont affiliées certaines des entreprises de presse les plus influentes au Québec, utilise un tel subterfuge pour miner la crédibilité d’un concurrent.

Une stratégie qui s’est toutefois retournée contre l’attaquant puisque plusieurs téléspectateurs, après avoir vu clair dans son jeu, ont plutôt choisi de se désabonner des chaînes de TVA. Ils n’ont pas apprécié le ton et l’arrogance adoptés par Québecor, qui s’est mérité une pénalité pour rudesse.

Que les prétentions de Québecor soient raisonnables, justes et fondées ou non, l’entreprise n’avait pas à pénaliser les consommateurs, qui n’avaient rien à voir avec les négociations entre les deux gros joueurs.

Sens du timing

Il faut dire que la maison-mère de Vidéotron a le sens du timing.

Difficile de croire au hasard lorsque le litige culmine tout juste avant le début des séries éliminatoires. La décision fait aussi pas mal moins mal à TVA Sports compte tenu de la performance décevante du Tricolore, qui ne s’est pas qualifié.

La partie n’était toutefois pas terminée.

Au même moment où le signal de TVA Sports a disparu du côté de Bell, Québecor a choisi de passer par la bande (passante) en lançant son propre service de streaming, TVA Sports direct, pour permettre à ceux qui auraient perdu le signal de TVA Sports chez Bell de regarder les séries en webdiffusion. Avec un tarif spécial pour son lancement, bien sûr.

Encore une fois, comme le hasard fait bien les choses ! Juste à temps pour les séries !

Une telle initiative ne se met pas en place sans crier ciseau. Il faut l’admettre : il travaille fort dans les coins, M. Péladeau...

Quelqu’un peut-il soumettre sa candidature au trophée Hart ? Une chose est sûre, il ne risque pas d’être mis en nomination pour le trophée Lady Byng, remis au joueur ayant montré le meilleur esprit sportif...

En prolongation

Ces affrontements entre les deux grands joueurs de la câblodistribution au Québec à la veille des séries de la Ligue nationale de hockey ne sont pas nouveaux.

En 2014, Bell y était allée d’une publicité humoristique faisant référence aux Bruins de Boston, rivaux de toujours du Canadien de Montréal. On pouvait y lire que « le noir et le jaune n’ont jamais été nos couleurs préférées », couleurs représentatives de l’équipe de hockey, mais aussi du compétiteur, un clin d’œil pas si subtil que ça à Vidéotron.

Cette dernière n’avait pas tardé à répliquer. « Bleu et Blanc, c’est pas Toronto ça ? », une allusion aux Maple Leafs, et un rappel toujours aussi peu subtil au fait que la haute direction de Bell a graduellement quitté le Québec pour la métropole canadienne.

Cette fois-ci, on joue cependant dans les ligues majeures. Et ce sont les téléspectateurs qui risquent d’échouer sur le banc de punition alors qu’ils devraient se sortir grands gagnants de cette rivalité commerciale, si l’audience publique convoquée par le CRTC entre les deux entreprises ne mène pas à une entente.

Comme le propose le CRTC, il vaudrait mieux terminer la partie avec les termes conclus préalablement et les revoir au moment d’une prochaine mise au jeu...