Du repos ? Justine ne savait pas trop quoi faire avec ça.

Repos obligatoire

CHRONIQUE / Je vais bientôt craquer, s’est dit Justine. Elle venait de se séparer, de déménager, de s’endetter encore plus, de s’engueuler avec son patron et de se taper une autre maudite bronchite.

Son médecin lui a fait remarquer qu’elle avait accumulé trop de «stresseurs». Justine* a acquiescé. Il lui a signé un papier disant qu’elle souffrait d’un «trouble de l’adaptation», un trouble fourre-tout qui veut dire, effectivement, que ta vie est beaucoup trop stressante. Le médecin lui a aussi donné une prescription : repos obligatoire.

Du repos ? Elle ne savait pas trop quoi faire avec ça. Elle a pensé que ce serait une bonne occasion de passer à travers sa to-do list

«Au début, je voyais le repos comme une occasion de tout faire ce que j’avais pas eu le temps de faire avant», m’a-t-elle raconté dans un café.

Au bout de deux semaines de congé de maladie, elle était aussi brûlée qu’avant. Alors, elle s’est obligée à faire ce qui va à l’encontre de sa nature hyperactive : ralentir. 

Pour une bonne partie de la population encline à la procrastination, la paresse est un état à combattre. Mais il y a un autre type de personnes qui ont le problème inverse : ils ont beaucoup de misère à relaxer. 

Justine est dans le deuxième groupe. C’est une adepte du multitâches au travail. Elle mange santé, s’entraîne deux fois par jour, se lève tôt, se couche tard, tient son condo propre et répond toujours présente aux invitations.

Mais là, pour la première fois de sa vie, Justine était condamnée à se reposer. Elle a donc commencé par la base : dormir. 

Elle s’est donné un horaire de sommeil régulier. Couchée à 11h, levée à 9h. Dix heures par nuit. Sans alarme pour la réveiller artificiellement, c’est ce que son corps réclamait. 

Côté alimentation, elle ne n’est pas à mise à faire une «cure détox» à grand renfort de végétaux liquéfiés. Au contraire, elle a mis la pédale douce sur la bouffe santé. Elle a délaissé la salade et s’est permise un peu plus de viande et de féculents. Pour la saison froide, elle s’est souvent abandonnée aux plaisirs du ragoût. «Moins de bouffe Instagram, et plus de Pol Martin», résume Justine. 

Elle n’a pas arrêté de s’entraîner. Mais elle a diminué la fréquence et s’est contentée de sports qui lui plaisaient : course, nage, randonnée. 

Justine a aussi laissé plus de place dans son horaire à ce qu’elle surnomme les «loisirs improductifs» : surfer sur les réseaux sociaux, se laisser appâter par des pièges à clics, regarder une télé-réalité. Des trucs qu’elle avait l’habitude de faire entre deux tâches de toute façon — avec une bonne dose de culpabilité.

Maintenant, elle le prévoit et ne se sent plus coupable. «Ça peut être une priorité, aussi, de te reposer la tête des fois», dit-elle. 

C’est d’ailleurs une des choses qu’elle a réalisées durant son congé de maladie. Vaut mieux planifier ce genre de pauses dans son calendrier. Une heure, par exemple, où on ne fait rien dans la catégorie des «il faudrait que». 

L’ironie, c’est que ça nous permet d’être plus productifs ensuite. 

Je vous parlais il y a quelques semaines du livre When : The Scientific Secrets of Perfect Timing, de Daniel H. Pink. L’auteur cite plusieurs études montrant que les pauses sont essentielles pour regagner la vigilance qu’on perd au fil de la journée. Selon lui, on devrait caser les pauses dans notre horaire comme n’importe quel autre rendez-vous. 

J’imagine que c’est le même principe à long terme. Quand trop de «stresseurs» nous assaillent sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois, notre corps a besoin d’une pause. Et si on ne lui donne pas, il l’exige — et on ressort des chez le médecin avec une prescription de repos obligatoire. 

Justine pense qu’elle ne sera «jamais complètement guérie» de son hyperactivité. «Mais j’ai appris à laisser une place à la lenteur dans ma vie», dit-elle. 

Maintenant que son congé de maladie est terminé et qu’elle a repris le boulot, elle doit se remémorer souvent de ralentir, même si elle a l’habitude de se surmener. «Il faut s’en rappeler, parce que ça revient vite.»

* Le prénom de Justine a été modifié à sa demande pour ne pas dévoiler son identité.