Le plus dur, c’est de commencer. Une fois en mouvement, on tend à le rester.

Les microprogrès

CHRONIQUE / En 1687, Isaac Newton a établi les trois lois universelles du mouvement, jetant les bases de la mécanique classique. La procrastination ne faisait sans doute pas partie de ses préoccupations, mais ça ne veut pas dire que ça ne fonctionne pas pour un flanc mou.

Voici la première loi newtonienne du mouvement: «Tout corps persévère dans l’état de repos ou de mouvement uniforme en ligne droite dans lequel il se trouve, à moins que quelque force n’agisse sur lui, et ne le contraigne à changer d’état.»

En résumé: les objets en mouvement tendent à continuer à bouger. Les objets au repos tendent à rester au repos. 

Vous commencez à voir le lien avec la procrastination? Exact: le plus dur, c’est de commencer. Une fois en mouvement, on tend à le rester. 

Mais comment débuter? Surtout quand le projet nous donne l’impression de devoir grimper une montagne? 

On commence par lacer ses souliers. 

Je sais, ç’a l’air ridicule. Mais c’est très efficace, parce que notre cerveau n’y voit que du feu (j’y reviens dans un instant). 

La stratégie est assez simple: diviser une tâche en unités les plus petites possible — et y aller une à la fois pour garder le mouvement.  

L’idée vient de James Clear, entrepreneur et auteur du livre Transform Your Habits: The Science of How to Stick to Good Habits and Break Bad Ones, dont les conseils sont suivis, semble-t-il, par des équipes de la NFL et de la NBA et des entreprises du Fortune 500.

Pour atteindre un objectif plus large, Clear recommande de couper les tâches en tranches de deux minutes. «Par exemple, aller courir peut être réduit à attacher vos chaussures de course, ou plier le linge est réduit pour plier la première paire de chaussettes», a-t-il expliqué à CBS. 

Sur son site, CBS a coiffé l’entrevue avec James Clear d’un titre qui m’est resté en tête: «Les microprogrès et le pouvoir de commencer». 

C’est vrai, au boulot comme à la maison, nous avons tous des projets qui semblent si laborieux qu’ils nous découragent. Juste à y penser, on se sent paralysé. 

Mais c’est peut-être justement ça le problème. On songe à tout ce qu’il y a faire au lieu de focaliser sur la première tâche à accomplir, aussi anodine soit-elle. 

«Nous devrions mettre le paquet sur la ligne de départ, et non sur la ligne d’arrivée», a dit Clear à CBS. 

Tromper son cerveau 

Je mentionnais plus tôt que notre cerveau n’y voyait que du feu. Quand nous obtenons quelque chose que nous voulons, que ce soit une barre de chocolat, une promotion ou une médaille aux Jeux olympiques, notre cerveau libère de la dopamine, un neurotransmetteur associé au plaisir. 

Or, si notre but est lointain et qu’il faut trop de temps pour l’atteindre, on se prive de dopamine, explique Ralph Ryback, un psychiatre qui a notamment enseigné à Harvard, dans un article sur le site de Psychology Today. Ainsi, il «est possible de manipuler vos niveaux de dopamine en fixant de petits objectifs et en les accomplissant ensuite», écrit-il. 

J’ai essayé ça cette semaine en me levant. Le cadran a sonné, j’ai eu furieusement envie de snoozer. «Me lever» me semblait un objectif beaucoup trop exigeant, alors je me suis fixé un objectif plus petit: tasser mes couvertures. 

J’ai réussi, suis sorti de mon lit et tout le reste s’est enchaîné. Comme on dit par chez nous: un pic de dopamine en a entraîné un autre. 

Je ne pensais pas que Newton m’aiderait à me réveiller. J’aurais dû m’en douter: une fois qu’on est levé, on tend à le rester.