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Marc Allard
Le Soleil
Marc Allard
Pourquoi on ne ferait pas livrer notre café? Le commerce en ligne a fait un bond de 10 ans en trois mois, rapportait récemment La Tribune.
Pourquoi on ne ferait pas livrer notre café? Le commerce en ligne a fait un bond de 10 ans en trois mois, rapportait récemment La Tribune.

Du café par la poste 

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CHRONIQUE / «Oh non! Y’a pu de café!»

Ça, c’est moi avant la pandémie, horrifié un matin en voyant qu’il ne restait pas assez de mélange à espresso pour faire démarrer mon cerveau.

Début 2020, j’avais l’habitude d’aller acheter du café à la brûlerie juste avant qu’on soit à sec. Mais un peu trop souvent, ma mémoire négligeait de me le rappeler. (Souvenez-vous, je suis le gars qui a oublié le couvre-feu).

Au premier confinement, ma blonde a eu l’idée de commander le café sur Internet pour limiter les possibilités de croiser le virus. Depuis, elle clique sur notre sélection et, deux jours plus tard, un facteur sonne à notre porte avec nos sacs de grains moulus qui sentent le paradis. Maintenant, on n’est jamais à court de caféine.

Sans la pandémie, j’aurais probablement continué à me ravitailler à la brûlerie. Et de temps à autre, un sac dégarni nous aurait contraints à un sevrage momentané.

C’est un petit irritant, oui, mais avec le café en ligne, il est disparu. 

Pourquoi je vous raconte cette aventure incroyable? Parce que le confinement a eu au moins un côté positif : il nous a forcés à essayer. 

On est nombreux à avoir découvert non seulement les commandes en ligne et le télétravail, mais un tas d’activités auxquelles on songeait vaguement avant la pandémie. La randonnée? L’aquarelle? Le tricot? La cuisine iranienne? La culture des bonzaïs? Tout d’un coup, on avait le temps d’explorer. 

Mais quand tout le monde sera vacciné et qu’on pourra danser avec des inconnus sur Suavemente, il faudra se souvenir des bienfaits de la période d’essai. 

Car la nature humaine n’est pas portée à essayer. Elle a tendance à être néophobe; elle préfère le statu quo.

Vous voyez, en ce moment, j’écris cette chronique en écoutant L’École du micro d’argent (de IAM) pour la millionième fois depuis 1997. En ce samedi matin, vous me lisez peut-être en mangeant encore des Corn Flakes ou en tartinant vos toasts de beurre d’arachide. 

Bien sûr, les rituels ont leurs charmes. Si vous savourez des œufs bénédictines chaque dimanche matin au resto du coin et que le sourire de Ginette vous remplit d’espoir en l’humanité, de grâce, retournez-y. Si vos enfants ou vos petits-enfants adorent la chasse aux cocos de Pâques, pas besoin de révolutionner l’édition 2021 avec un coco-quiz. 

Mais souvent, on est tannés de nos habitudes. L’inertie nous rend las, aigris et parfois même déprimés. 

Sauf qu’on reste dans nos pantoufles parce qu’on déteste l’incertitude. Est-ce que ça va être plate le tricot? Est-ce qu’on va rire de moi si j’essaie de chanter? Est-ce que ça va être laid si je peinture un de mes murs de chambre en jaune éclatant? 

Les entreprises ont compris ça et elles essaient d’atténuer notre aversion pour l’incertitude. Les concessionnaires nous offrent un essai routier. Les boutiques nous permettent d’essayer des vêtements à la maison et de les ramener gratuitement. Les services de musique en ligne nous proposent trois mois d’essai gratuit.

Mais les périodes d’essai ne sont pas réservées aux achats. Elles peuvent servir à débloquer une multitude d’hésitations.

Vous n’arrivez pas à vous brancher sur la disposition de votre salon? Changez les meubles de place durant une semaine et vous verrez si vous êtes toujours charmés. Vous songez à adopter un animal de compagnie? Offrez à un ami de garder son chat ou son chien pendant ses vacances et vous saurez mieux si vous êtes disposés à la cohabitation avec minou ou pitou. 

Vous pensez retourner vivre dans le patelin où vous avez grandi? Louez un Airbnb sur place et télétravaillez là-bas quelque temps avant de faire vos bagages pour de bon. 

Vraiment, la période d’essai est sous-exploitée. Essayez-la, vous allez peut-être l’adopter.