Steve Bergeron
La Tribune
Steve Bergeron

Maladroites adresses

CHRONIQUE / Vous êtes plusieurs à me demander d’aborder les mauvais usages des mots «adresse» et «adresser». Il y a effectivement trois cas où certaines personnes emploient ces deux mots dans un sens anglais. Vérifions si vous arriverez à les débusquer dans la liste qui suit.

1. «Peux-tu me donner ton adresse courriel?»

2. «Il faut beaucoup d’adresse pour réussir un tel tour de magie.»

3. «Durant son adresse à la nation, le premier ministre est devenu très ému.»

4. «Tu as mal adressé ta lettre. Elle te sera probablement renvoyée.»

5. «Je pense que ces félicitations te sont adressées.»

6. «Permettez-moi de vous adresser à ma secrétaire pour prendre votre rendez-vous.»

7. «Les autorités n’ont pas tardé à adresser le problème.»

8. «L’animateur a adressé la salle avec beaucoup d’énergie.»

9. «Pour plus de renseignements, adressez-vous à votre municipalité.»


Examinons maintenant chacune de ces neuf phrases pour trouver les intrus.

La première recourt au mot «adresse» dans sa définition la plus courante, soit l’indication du domicile d’une personne. De nos jours, il est tout à fait correct d’employer ce mot pour parler d’une adresse électronique (ou adresse de courriel, ou adresse courriel).

L’adresse, en français, c’est aussi (comme dans la deuxième phrase) la «qualité physique d’une personne qui fait les mouvements les mieux adaptés à la réussite de l’opération», explique le Petit Robert. Le mot signifie, dans ce contexte, «dextérité», «habileté». Il est associé à l’adjectif «adroit».

Mais il n’y a qu’un seul cas très précis où «adresse» est accepté comme quasi-synonyme de «discours», «allocution». Le Petit Robert le relève comme l’«expression des vœux et des sentiments d’une assemblée politique, adressée au souverain». Il s’agit évidemment d’un sens venu de l’anglais. Le reste du temps, on ne peut jamais appeler «adresse» l’acte de prendre la parole devant un public. La troisième phrase est donc incorrecte.

 

«Durant son discours à la nation [et non «adresse»], le premier ministre est devenu très ému.»

 

Passons au verbe maintenant. Que peut-on adresser? Très certainement une lettre, un colis, un message, c’est-à-dire les faire parvenir à l’adresse de quelqu’un, comme dans la quatrième phrase.

Mais adresser, déduit-on dans la phrase suivante, c’est aussi émettre (des paroles) en direction de quelqu’un. On peut ainsi adresser des félicitations, un compliment, la parole, une critique, des reproches, un ordre…

  

«Cela fait deux semaines qu’il ne m’adresse plus la parole.»

«As-tu fini d’adresser des reproches à tout le monde?»

 

Mais on peut adresser aussi plusieurs choses concrètes ou abstraites, au sens de les destiner.

 

«Cette punition ne t’était pas adressée.»

«Il a évité le coup que lui adressait son adversaire.»

«Il a visiblement adressé cet avertissement à l’accusé.»

 

Un usage moins courant est celui de la sixième phrase: on peut effectivement adresser une personne à une personne, c’est-à-dire la diriger vers quelqu’un d’autre. Cet emploi est nettement préférable à «référer», critiqué comme anglicisme dans ce contexte.

Toutefois, jamais on ne pourra adresser un problème, un sujet, une question, une tâche, etc. Cet usage nous vient directement de l’anglais et est absolument à éviter. Il faut plutôt recourir à des verbes comme «régler», «résoudre», «s’attaquer à», «se pencher sur», «étudier», etc. La septième phrase est donc notre deuxième intrus.

 

«Les autorités n’ont pas tardé à s’attaquer au problème [et non «adresser le problème»].»

 

L’avant-dernière phrase comporte quant à elle un anglicisme de syntaxe. Contrairement à l’anglais, on n’adresse pas une personne (au sens de lui parler) : on S’ADRESSE À elle. Il faut absolument employer la forme pronominale dans ce contexte, comme dans la dernière phrase. Par extension, «s’adresser» peut aussi signifier «faire appel» ou «destiner».

 

«Ils se sont adressés aux tribunaux pour obtenir justice.»

«Ce film s’adresse à un public de tous âges.»

 

PERLES DE LA SEMAINE

 

Le professeur: «J’ai dit qu’il y aurait un examen de botanique: pas un examen de ta botte, Annick!»

 

«Une des principales ressources culturelles des Pays-Bas est la tulipe.»

«Les plantes ont aussi des ovaires : on les appelle les pistoles (pistils).»

«Les truffes sont des champignons très chers. Elles poussent donc sous la terre pour échapper aux voleurs.»

«Si les plantes respirent, c’est grâce à la photo de synthèse.»

«Si une plante jaunit, c’est qu’elle manque de chlore au fil.»

 

Source: «Le sottisier du bac», Philippe Mignaval, Hors Collection, 2007.

 

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.