Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Paule Vermot-Desroches
Élise B. Renaud a entrepris d’amasser le plus de témoignages possible de parents désespérés de se trouver une place en garderie pour pouvoir retourner au travail. Elle-même travailleuse essentielle, elle ne sait pas encore si elle pourra reprendre son travail d’infirmière aux soins intensifs en mars prochain, car elle ne trouve aucune place pour faire garder sa cocotte.
Élise B. Renaud a entrepris d’amasser le plus de témoignages possible de parents désespérés de se trouver une place en garderie pour pouvoir retourner au travail. Elle-même travailleuse essentielle, elle ne sait pas encore si elle pourra reprendre son travail d’infirmière aux soins intensifs en mars prochain, car elle ne trouve aucune place pour faire garder sa cocotte.

Mais qui va garder les enfants?

CHRONIQUE / En pleine pandémie, alors qu’on a plus que jamais besoin de nos travailleurs essentiels, alors qu’une pénurie de main-d’oeuvre continue de sévir sur la région, a-t-on vraiment les moyens de se passer de dizaines et de dizaines de femmes et d’hommes sur le marché du travail? J’étais convaincue que non, mais c’est pourtant ce qui se produit présentement chaque jour dans la région, par manque de places en garderie.

Oui, il y a présentement une pénurie de garderies dans la région. Demandez à Élise B. Renaud, cette infirmière aux soins intensifs à Trois-Rivières, actuellement en congé de maternité, qui remet en question son retour au travail prévu en mars, parce que la garderie qui devait accueillir la petite dernière va fermer ses portes cette semaine. Elle a beau chercher, elle ne trouve pas de place ailleurs.

Demandez aux parents de la région en ce moment, le «fun» qu’ils ont à magasiner une garderie en milieu familial quand ils ne font pas partie des rares chanceux à recevoir un appel d’un CPE. C’est simple, il n’y a pas de places. Pas forcément parce que nous avons fait plus d’enfants depuis les deux dernières années, mais bien parce que ces milieux de garde ferment les uns après les autres.

Demandez à la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ) si ces parents exagèrent. Il y a cinq ans, la région comptait 515 services de garde accrédités en milieu familial. Cette semaine, on en compte 335. C’est 180 garderies de moins, seulement sur notre territoire. Des garderies qui accueillent au minimum six enfants, parfois plus. Moins de places donc pour un potentiel de plus de 1080 familles. Oui, il s’est créé des places subventionnées depuis, mais jamais assez pour ramener l’équilibre et compenser cette hémorragie.

La FIPEQ a multiplié les moyens de pression l’an dernier pour revendiquer de meilleurs salaires pour les éducatrices. À 12,83 $ de l’heure avec des semaines de 50 heures, ce n’était rien pour les motiver. On réclamait 16,75 $ de l’heure, soit le salaire plancher d’une éducatrice non formée en CPE, alors que plusieurs de ces éducatrices à la maison ont un diplôme en poche.

Au terme des négociations, on a pu s’entendre pour 13,11 $ de l’heure pour 2019-2020. On a décidé de mettre en place un comité de travail chargé d’évaluer et de recommander quelle sera la rémunération des travailleuses en milieu familial. On s’entendait pour dire que c’était un «premier pas» vers la reconnaissance des services en milieu familial. Les travailleuses ont voté en faveur de l’entente à plus de 80 %.

Mais force est de constater que ça n’a pas suffi à stopper l’hémorragie. L’entente n’a clairement pas comblé les attentes. Depuis la signature de l’entente, il y a moins de sept semaines, vingt nouvelles garderies en milieu familial de la région ont fermé leurs portes, dont celle qui allait accueillir la fille d’Élise B. Renaud. Seulement dans le secteur Pointe-du-Lac, six garderies ont fermé récemment. Un secteur où l’école primaire accueille pourtant le plus d’élèves de tout le territoire, parce que ça pleut de jeunes familles.

Élise n’en veut pas à son éducatrice. Au contraire, elle la comprend. Parce qu’à ce salaire, avec toutes les dépenses qui ont été engendrées par la COVID et par l’achat d’équipements de protection, elle n’était même plus en mesure de payer au salaire minimum son assistante qui l’aidait avec les neuf cocos qui fréquentaient le milieu.


« Mais voilà, le congé de maternité achève, et il va bien falloir trouver une place si on veut pouvoir compter sur les services d’une infirmière de plus au front. »
Paule Vermot-Desroches

Mais voilà, le congé de maternité achève, et il va bien falloir trouver une place si on veut pouvoir compter sur les services d’une infirmière de plus au front. Devant ses démarches infructueuses, Élise a tenté d’obtenir l’appui des représentants locaux du gouvernement. On lui aurait répondu que très peu de parents avaient parlé de ce problème aux députés.

Elle a donc entrepris de prouver qu’elle n’est pas seule dans son cas. En moins de 48 heures, avec un simple appel Facebook, elle a recensé plus de 70 personnes, la très grande majorité des femmes, qui sont dans sa situation.

Une recherche rapide sur Facebook nous permet aussi de trouver un autre groupe, «Le manque de places en garderie pour la Mauricie», qui regroupe près de 90 parents qui cherchent désespérément eux aussi. La fondatrice du groupe, Fannie Massey, a dû reprendre le télétravail avec sa fille d’un an à la maison par faute de place en garderie. Elle a coupé ses heures et jongle entre ses mandats à compléter et sa fille à surveiller et à stimuler. Les réunions Zoom, ça se passe avec bébé sur les genoux.

Fannie et Élise ont l’intention de contacter rapidement le bureau du ministre du Travail, Jean Boulet, pour faire entendre la voix de toutes ces personnes.

Car les exemples se multiplient parmi ceux recueillis par Élise et Fannie. Une maman qui travaille à Louiseville et qui doit aller reconduire son enfant tous les matins à Bécancour, car c’est la seule place qu’elle a pu trouver. Du personnel du secteur de la santé qui envisage un retour à temps partiel plutôt qu’à temps plein, ou carrément un congé sans solde, même si les besoins dans le domaine de la santé sont criants à l’heure actuelle.

Des enseignantes, des travailleuses sociales, des fonctionnaires, des infirmières, des préposées aux bénéficiaires, des ergothérapeutes, des psychoéducatrices... toutes dans le même bateau.

Dernièrement, des parents ont même commencé à téléphoner au syndicat qui représente les éducatrices pour espérer trouver une place. Une éducatrice se serait même fait offrir 3000 $ en échange d’une place, ce qu’elle a refusé.

Mais soyons patients! Le ministère a récemment annoncé la création de 313 nouvelles places subventionnées en Mauricie. Des places qui seront disponibles... en 2023. À ce moment-là, tous ces parents qui témoignent aujourd’hui devraient être sur le point d’assister aux journées portes ouvertes pour l’entrée à la maternelle de leur enfant.

Et dire qu’on ne pouvait pas se passer de travailleurs et travailleuses en ce moment, spécialement dans les services essentiels.