André Castonguay, Daniel Bergeron, Carol Boulet et Claude Leblanc ont été les piliers de l’organisation ayant conduit Steve Lussier à la mairie de Sherbrooke. Les trois militants plus avancés en âge jugent que leur travail est terminé tandis que M. Bergeron se retrouvera vraisemblablement à la direction du cabinet du nouveau maire.

Mairie Inc.

CHRONIQUE / Pour la première fois depuis 35 ans, le maire que les Sherbrookois ont choisi dimanche ne vient pas du milieu institutionnel comme cela avait été le cas pour Jean-Paul Pelletier, Paul Gervais, Jean Perrault et Bernard Sévigny. Le premier avait préalablement dirigé le Service de police de Sherbrooke (SPS), MM. Gervais et Perrault avaient respectivement été directeur général et directeur des sports du Cégep tandis que M. Sévigny arrivait du corps professoral de l’Université.

Il y a donc une certaine concordance entre les intentions de l’ex-maire Sévigny de faire naître le Quartier de l’entrepreneuriat au centre-ville et l’élection de Steve Lussier, un homme de finances ayant également investi dans l’immobilier.

« Je ne m’étais pas arrêté à cela. Faut dire que les choses vont pas mal vite depuis le dévoilement des résultats. Pas grave, c’est ma cadence habituelle. J’aime que les choses bougent rapidement », répond celui qui s’apprête à prendre le pouvoir.

Après l’échange téléphonique de la veille avec M. Sévigny, le nouveau maire est brièvement passé à l’hôtel de ville mardi pour exprimer au directeur général son désir d’entreprendre l’examen des orientations budgétaires préliminaires sans attendre la cérémonie d’assermentation qui pourrait avoir lieu vendredi.

D’autre part, le maire Lussier ne prévoit pas s’entourer de collaborateurs provenant du monde politique. La garde rapprochée de Bernard Sévigny était constituée des anciens organisateurs souverainistes que sont Étienne Vézina et Sylvie Proulx ainsi que de l’ancienne adjointe du bureau de circonscription de Jean Charest, Julie Vinette. Jean Perrault avait quant à lui miser sur l’ancien conseiller municipal Jean-Yves Laflamme, puis sur la conjointe de ce dernier, Louise Allard, comme conseillers stratégiques.

Le consultant en communication et en marketing, Daniel Bergeron, qui a dirigé la campagne de M. Lussier, atterrira dans un bureau attenant à celui du maire, vraisemblablement comme directeur de cabinet. Si c’est le cas, il arrivera lui aussi dans la sphère du pouvoir comme recrue.

« C’est dans mon esprit une bonne nouvelle puisqu’il n’y a pas que l’arrivée du maire Lussier qui apportera du changement ».

Outre Daniel Bergeron, Claude Leblanc, André Castonguay et Carol Boulet ont joué des rôles de premier plan au sein de l’organisation ayant conduit Steve Lussier à la mairie. Ils sont tous les trois septuagénaires et retraités.

L’ancien gardien de prison Leblanc a été le premier à appeler publiquement à la mobilisation contre Bernard Sévigny.

« J’ai toujours répété que j’étais un organisateur politique et non un politicien. J’ai cru dès le départ que Steve avait le potentiel pour devenir maire et maintenant que c’est fait, je n’interviendrai d’aucune façon dans sa manière de diriger la Ville » précise-t-il.

Ancien officier du SPS, André Castonguay, qui a également été professeur à l’Institut de police de Nicolet, voit les choses de la même façon.

« Le manque de transparence de Bernard Sévigny a motivé mon engagement. Comme les Sherbrookois ont aujourd’hui l’assurance que cette gestion va changer, mon travail est fait ».

Le moins connu du quatuor est Carol Boulet, un ingénieur ayant travaillé dans le secteur pétrolier et qui a choisi Sherbrooke comme milieu de vie pour la retraite. Âgé de 72 ans, M. Boulet est encore actif comme consultant en gestion.

« Ce n’est pas parce que M. Lussier ne provient pas du milieu institutionnel qu’il ne croit pas à l’importance des maillages au sein du pôle universitaire. Lui autant que moi sommes convaincus que la dynamique du pôle universitaire doit rester au cœur du plan d’action de Sherbrooke ».

M. Boulet ne comprend par ailleurs pas le choix de l’administration Sévigny d’avoir confié au directeur général de la Ville, Yves Vermette, la phase finale de recrutement d’un transporteur aérien pour offrir une desserte commerciale à partir de Sherbrooke.

« Le développement est une tâche relevant des élus, pas d’un directeur général. Le responsable d’une organisation de la taille de la Ville de Sherbrooke a bien plus important à faire » juge M. Boulet.

Il n’en demeure pas moins que Steve Lussier se retrouvera en présence de sept conseillers réélus qui ont appuyé autant Well inc. que le projet d’expansion de l’aéroport. Parmi les vétérans, seule Annie Godbout avait émis des réserves face à la navette aérienne.

« Le maire Lussier va demander tous les chiffres et ceux-ci seront fournis à l’ensemble des élus. Ces derniers pourront ainsi mieux comprendre les impacts sur les finances de la Ville et le compte de taxes des citoyens » estime Daniel Bergeron.

Le parti pris pour la vérité dont se targue la nouvelle administration poussera-t-il le conseil municipal à reculer?  

J’ai certains doutes, car à la suite d’un changement de maire, j’ai plus souvent été témoin du contraire. C’est celui qui arrivait, qui finissait par admettre que les projets n’étaient pas si mal ficelés.