Le premier ministre Philippe Couillard tient aujourd’hui des propos beaucoup plus rassurants quant à la protection de la forêt du mont Hereford. En table éditoriale à La Tribune, en décembre, le chef du gouvernement affirmait que les coûts d’enfouissement de la future ligne d’exportation, ne serait que sur quelques kilomètres, feraient grimper nos factures d’électricité.

L’unicité va enterrer l’uniformité

CHRONIQUE / Le bon sens va triompher. Le Québec fera du mont Hereford un symbole de fierté plutôt qu’un martyr de l’uniformité avec des pylônes.

Je n’en ai plus le moindre doute après avoir entendu le premier ministre Philippe Couillard, à Richmond, où il s’est décrit comme « l’allié » des partisans de l’enfouissement de la future ligne d’exportation vers le New Hampshire, sur la portion qui doit traverser le massif montagneux que l’Estrie et le Québec ont reçus en héritage de l’Américain Neil Tillotson.

« Moi j’entends très bien ce que la population dit et je vois également les aspects particuliers de cette ligne-là. Tout le monde voudrait enfouir des fils partout au Québec, mais ça c’est une ligne qui est entièrement dédiée à l’exportation et en plus, elle a un caractère patrimonial particulier », a ajouté le premier ministre.

Le chef libéral s’était présenté en défenseur de l’uniformité lors d’une table éditoriale à La Tribune en décembre dernier.

« L’enfouissement engendre des coûts énormes qui se répercuteraient sur les factures d’électricité et moi, j’ai pris l’engagement qu’on maintiendrait l’augmentation des tarifs à l’inflation. C’est ce que l’on fait et je veux que ça reste comme ça », avait-il alors priorisé.

M. Couillard n’est pas revenu sur cet aspect, mais il n’a pas semblé inquiet d’avoir à annoncer à l’ensemble des Québécois qu’il devrait rompre sa promesse en imposant une ligne souterraine qui coûterait 60 M$ de plus à Hydro-Québec.

Rappelons que les investissements requis en sol québécois pour ce projet ont été chiffrés à 618 M$ par Hydro-Québec, qui prévoit récupérer la totalité de ses investissements en moins de 15 ans. Les coûts d’enfouissement allongeraient la période d’amortissement d’à peine deux ans sur une durée de vie estimée à 40 ans.

« Les propos de M. Couillard correspondent à ce que j’entendais autour de la table du conseil des ministres. Quand un premier ministre se déclare publiquement votre allié, les intentions sont claires », se réjouit le ministre responsable de l’Estrie, Luc Fortin, qui défend cette avenue depuis des mois en compagnie du député de Saint-François, Guy Hardy.

Hydro-Québec aurait soumis des plans actualisés au ministère de l’Environnement qui vont dans ce sens.

« Je ne peux vous fournir de précisions à ce sujet, mais oui, nous restons en mode solution » se limite à dire le porte-parole de la société d’État, Serge Abergel.

Autre bonne nouvelle, le risque de division entre les groupes environnementaux, qui aurait éventuellement pu servir de prétexte à Hydro-Québec pour se soustraire à l’enfouissement, est écarté.

Les organismes nationaux membres de la Coalition SOS mont Hereford se rallient à la proposition d’enfouir les fils sous les chemins forestiers de la Forêt communautaire Hereford, tel que le souhaitent les administrateurs du groupe fiduciaire qui a le double mandat de veiller à la préservation des 5300 hectares boisés et d’en assurer un développement modéré.

Auparavant, certains groupes refusaient qu’une ligne, même souterraine, empiète sur l’aire protégée. Cela aurait eu pour effet de priver le mandataire Forêt Hereford de redevances qui lui seront précieuses pour financer des projets, dont la première phase annonce de nouveaux sentiers pédestres et de vélo de montagne ainsi que la construction d’un relais refuge.  

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« Une montagne aux activités diverses et berceau d’expériences innovantes, qui contribue au développement local et régional. »

Pas sûr que le premier ministre Couillard, qui souhaite l’émergence de pôles d’innovation dans les régions, connaissait cet énoncé de vision de l’organisme Forêt Hereford, qui tombe pourtant dans les visées du programme Place aux jeunes dont il est venu faire la promotion.

L’enthousiasme de jeunes qui ont expliqué les motifs pour lesquels ils ont choisi de s’établir définitivement en région a enivré le Centre d’arts de Richmond. Je vous les ferai découvrir éventuellement. À les écouter, j’ai pensé à Richard Séguin, l’étranger débarqué un bon matin à Saint-Venant-de-Paquette. Certains échotiers du village parlaient même de « l’étrange » à son arrivée. Richard a nourri son bled de sa poésie, il s’est battu pour ses montagnes (Hereford et Orford), il est un Estrien fier et engagé.


Je suis sur la même longueur que vous, M. Couillard. Pour assurer le salut des villages et des régions, ça prend d’autres Richard. Il en faut dans le Val et dans le Haut-Saint-François, ça nous prend des Richard de tous les horizons partout.

Hydro-Québec a financé plusieurs centres communautaires au passage de ses premières lignes d’exportation en Estrie. C’était une bonne idée. Pour la prochaine étape, élevons notre point de vue au-dessus des pylônes pour mesurer l’étendue de la forêt communautaire dans laquelle poussent aussi la vie, l’esprit et l’entraide communautaires.  

Lorsque le courant est positif, on peut en augmenter jusqu’à un certain point la puissance. Heureux par contre que le premier ministre ait réalisé l’importance de ne pas court-circuiter nos efforts avec une autre ligne à haut voltage sans considérer l’unicité d’un legs forestier qui marque l’histoire du Québec.