Les fantômes du dépotoir

CHRONIQUE / Nos vidanges reviennent nous hanter, vampiriser les dépenses municipales et elles pourraient mordre nos portefeuilles, une fois de plus, dans le budget de la prochaine année.

D’autres imprévus s’ajoutant aux précédents chez Valoris, la hausse du tarif d’enfouissement de 107 $ à 133 $ la tonne entraînera des déboursés supplémentaires de l’ordre de 1 M$ en 2019 pour la Ville de Sherbrooke.

Les démêlés judiciaires avec le principal fournisseur d’équipements du complexe ayant coûté une trentaine de millions ne sont toujours pas réglés et le plan d’affaires qui garantirait une relance viable des opérations, au lieu de pertes mensuelles de 124 000 $, tarde à venir.

Bref, il n’y a pas vraiment de signe d’embellie, même si Steve Lussier s’est présenté au conseil d’administration de Valoris en pompier tel qu’il l’avait promis, après avoir reproché à son prédécesseur Bernard Sévigny durant la campagne à la mairie un inexcusable laisser-aller.

M. Lussier se raccroche au gain « d’un plan de travail comportant un échéancier », qui repose essentiellement sur l’accès à des redevances auxquelles la région aurait droit et qu’elle aurait été sur le point d’obtenir avant le changement de gouvernement à Québec.

L’optimisme du maire Lussier est partagé par le président de Valoris, Robert Roy, qui mise sur l’efficacité du nouveau député de Mégantic, François Jacques, pour aider les administrateurs régionaux à obtenir ce financement.

Rappelons que le libéral Roy et le caquiste Jacques étaient des rivaux qui s’affrontaient en débats il y a un mois à peine pour obtenir un siège à l’Assemblée nationale. La situation est donc pour le moins inusité, alors que le perdant s’en remet au gagnant pour nous sortir du bourbier.

Dire que l’on croyait la saga des vidanges terminée en 2013 lorsque le partenariat dans Valoris a été retenu comme solution pour mettre fin au transport des matières résiduelles des Sherbrookois sur 160 kilomètres jusqu’au site d’enfouissement de Saint-Étienne-des-Grès, en Mauricie, à un prix de 57 $/tonne qui a été fixe durant cinq ans... transport inclus!

Le tarif général pour l’enfouissement est actuellement de 80 $/tonne à Saint-Étienne-des-Grès, soit 36 % de moins que celui que la Ville et ses partenaires municipaux du Haut-Saint-François ont dû se résigner à payer durant l’année qui s’achève, avant d’essuyer une autre hausse spectaculaire de 24 % pour remplir leur site à vitesse accélérée, faute de pouvoir exploiter les chaînes de triage mécanisées.

Jusqu’ici, le rapatriement de nos déchets est tout, sauf un coup de maître!

Le projet Valoris était et reste ambitieux. Comme bien d’autres, j’ai cru au départ en son potentiel car il n’est qu’une reproduction à grande échelle du modèle de Récup Estrie, l’entreprise municipale remplissant sa mission environnementale tout en étant profitable à disposer des matières recyclables de toutes les MRC de l’Estrie. 

À voir l’organisation de Valoris toujours aussi anémique et dépendante de fonds de survie, il devient difficile de rester optimiste. Mais en même temps, comme des sommes d’argent substantielles ont déjà été engagées, il est possiblement trop tard pour reculer et renoncer définitivement.

Faudra-t-il une surtaxe, une autre « taxe verte » à Sherbrooke pour pomper le million supplémentaire?

Le maire Lussier pourrait toujours essayer de nous vendre que c’est la mesure exceptionnelle qui avait été appliquée par l’administration Perrault, en 2008, pour absorber le choc tarifaire de la fermeture du site d’enfouissement, voisin du parc Victoria, qui était à la fin de sa vie utile et duquel des biogaz s’étaient échappés vers la zone habitée du quartier Dubreuil.

Sauf que M. Lussier réveillerait ainsi le souvenir de la « taxe ascenseur » dont le défunt leader péquiste Jacques Parizeau n’a jamais pu se détacher après qu’une taxe sur l’essence qu’il avait annoncée comme temporaire soit devenue permanente.

Or, c’est exactement ce qui s’est produit à Sherbrooke. Le jour où la « taxe verte » a disparu, elle n’a pas été soustraite du compte de taxes, elle a été fondue dans la taxe foncière. Elle est payée chaque année.

Je me souviens. Bon nombre d’autres Sherbrookois aussi, j’en suis persuadé. Ce serait donc un pari audacieux si le maire Lussier se risquait à récidiver.  

Perspectives

Au cœur de la gestion de crise

CHRONIQUE / Même si l’Estrie reste exempte de toute trace de contamination de la maladie débilitante du cerf (MDC), l’alerte déclenchée par un cas détecté dans une ferme d’élevage des Laurentides a des effets collatéraux tangibles dans la région.

Pour un, l’éleveur Gervais Therrien doit s’employer à rassurer sa clientèle moins encline à visiter la ferme de Cookshire-Eaton et son troupeau de 70 cerfs rouges.

« Veux, veux pas, ça rend les consommateurs plus hésitants. Notre achalandage a quelque peu diminué. Mais comme j’écoule toute ma viande moi-même et que nous produisons en petite quantité, je suis moins vulnérable aux répercussions que de gros éleveurs », rapporte M. Therrien, copropriétaire avec sa conjointe Christiane Richard de la ferme Le Sabot d’Or.

Les dangers d’une possible contamination y seraient moins élevés parce que toutes ses bêtes sont nées en Estrie. 

La MDC entraîne chez les cerfs des maladies irréversibles s’apparentant à celles de la « vache folle ». Les représentants fédéraux et provinciaux ont ordonné l’abattage des 3000 cerfs rouges de la ferme touchée ainsi que la décontamination des bâtiments et du terrain.

« Cette mesure préventive n’entraîne toutefois pas une tuerie de masse. Moins d’une centaine de bêtes ont été envoyées à l’abattoir jusqu’à maintenant et comme tous les tests ont été négatifs, la viande a été récupérée et est écoulée sur le marché. Ça pourrait prendre de trois à quatre mois pour éliminer tout le troupeau qui, en quantité, représente les ventes de toute une année pour l’ensemble des producteurs du Québec. Ce surplus de viande poussera les prix et la rentabilité à la baisse », poursuit l’éleveur estrien qui, à titre de vice-président de l’Association de cerfs rouges du Québec, se retrouve au cœur de la cellule de gestion de crise.

Selon le rapport provincial communiqué mardi aux éleveurs, les représentants du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec (MFFP) auraient quant à eux abattu tout près de 300 cerfs de Virginie à l’intérieur du périmètre immédiat qui a été interdit aux chasseurs cet automne. Tous ces cas se sont également avérés négatifs.  

En Estrie, la récolte de cerfs par les chasseurs va bon train durant le premier segment de l’arc et de l’arbalète. Ce prélèvement annuel est suivi, mais se déroule sans perturbation. La Boucherie Lamontagne de Magog (secteur Omerville) demeure un joueur de premier plan dans le programme de surveillance assuré depuis dix ans au Québec.

Station d’enregistrement et centre de dépeçage, ce commerce a fourni à lui seul au cours des cinq dernières années (entre 2013 et 2017), sur une base volontaire et sans la moindre compensation gouvernementale, pas moins de 1309 têtes de cerfs de Virginie ayant par la suite été soumises en laboratoire à des tests de détection de la MDC.  

Et si l'Estrie devenait les Cantons-de-l'Est?

Qu’il s’agisse du député de Richmond, André Bachand, qui a l’expérience de la vie parlementaire à Ottawa et de la mairie d’Asbestos, ou du nouveau représentant d’Orford, Gilles Bélanger, que François Legault a étiqueté durant sa campagne comme membre de son équipe économique, « ça prend un ministre de l’Estrie pour l’Estrie ».

C’est le message que le préfet de la MRC Memphrémagog, Jacques Demers, a envoyé via nos pages au nouveau premier ministre François Legault. Le maire de Sherbrooke, Steve Lussier, ajoute son poids dans la balance.

« M. Legault a tout intérêt à ce qu’il en soit ainsi. D’une part, parce que son parti a remporté quatre comtés en Estrie. Deuxièmement, parce que l’élection d’une députée solidaire dans Sherbrooke lui envoie un autre genre de message. »

Les décideurs régionaux ne veulent pas revivre les visites espacées et les communications à distance que Philippe Couillard leur a imposées au début de son mandat en désignant Pierre Paradis comme ministre de la région de l’Estrie, bien que la circonscription de Brome-Missisquoi ne comprenne aucune municipalité appartenant à la région administrative 05.

La référence aux Cantons-de-l’Est, ajoutant le secteur Granby-Bromont à l’Estrie, est celle d’une alliance stratégique de mise en marché touristique reposant sur des considérations historiques ainsi que sur l’intérêt commun d’une offre diversifiée pour le ski ainsi que pour nos autres attractions régionales.

Après avoir passé autant de temps ici, à nous répéter à quel point le vote des Estriens ferait une différence, il serait pour le moins irrévérencieux que le chef de la Coalition avenir Québec nous délègue un parrain ou une marraine comme représentant ministériel.

À moins que M. Legault nous surprenne en nous annonçant qu’une partie de la réduction de postes figurant dans son programme se fera en fusionnant des régions administratives afin d’en réduire le nombre...

Je n’ai jamais entendu cette intention de la bouche de M. Legault, mais il ne faudrait pas s’étonner qu’elle surgisse durant le chantier des réformes caquistes puisque le CIUSSS de l’Estrie-CHUS dispense les soins de santé sur une partie du territoire de la Montérégie. Le ministère accaparant plus de la moitié du budget de fonctionnement de l’État québécois répartit donc déjà ses budgets en se référant à la zone extraterritoriale des Cantons-de-l’Est plutôt qu’aux limites administratives de l’Estrie.

En éducation, le territoire de la Commission scolaire Eastern Township s’étant lui aussi aux MRC de Brome-Missisquoi et de la Haute-Yamaska.

Poussons la réflexion plus loin.

« André, vérifie donc si Jean-Philippe serait totalement réfractaire à l’idée ou pourrait plutôt y voir une forme de compromis afin de réduire l’appareil gouvernemental sans abolir la totalité des commissions scolaires », pourrait, par exemple, souffler François Legault à l’oreille d’André Bachand en sachant que le frère de ce dernier préside la Commission scolaire des Sommets, dont le centre administratif est à Magog.

J’ai évoqué cette possible collision avec Jean-Philippe Bachand durant une activité partisane de la CAQ au cours de laquelle sa présence n’était que l’expression d’une solidarité familiale tout à fait normale. Voici ce qu’avait été sa réponse :

« C’est très spéculatif. On va laisser passer l’élection pour voir qui formera le prochain gouvernement et j’analyserai ensuite ».

Ça demeure hypothétique, mais ça l’est moins qu’il y a trois mois puisque le gouvernement Legault doit maintenant trouver des façons de financer les baisses d’impôts promises aux Québécois. Or, demandez aux ministres et députés libéraux congédiés lundi soir dernier s’il est possible de réformer sans déranger!

Je m’étonne d’ailleurs que les libéraux soient consternés par la violente ruade qu’ils viennent d’encaisser puisque la quarantaine imposée à Gaétan Barrette trahissait ce châtiment appréhendé. Autrement le Dr Barrette aurait été envoyé au front comme chevalier au lieu de rester terré.

Les compressions et les transformations sont récurrentes dans la Santé et ne sont pas sur le point de cesser. Sauf que cette fois, l’approche directive du réformateur a agacé. Sa médecine de cheval a répandu dans le réseau estrien de la santé un mécontentement qui, à mes oreilles du moins, n’avait jamais été aussi perceptible. Le Dr Barrette n’aurait pas été déguisé en courant d’air si les stratèges libéraux n’avaient pas entendu la même chose.

Sans prétendre que les 17 000 employés du CIUSSS de l’Estrie-CHUS ont systématiquement voté contre le gouvernement Couillard, il est reconnu en marketing qu’un client insatisfait en contamine une dizaine d’autres. Agrandissez ce cercle au personnel des écoles primaires et secondaires de même qu’aux cégeps et universités ayant baigné jour après jour dans les effets d’un financement réduit.

N’oubliez pas les employés municipaux ayant tempêté, après s’être retrouvés sous le coup de deux lois, l’une sur les caisses de retraite et l’autre ayant augmenté le pouvoir de négociation des villes. La somme de mécontents se retrouvant chez les importants employeurs de Sherbrooke et de l’Estrie, représentait donc une charge particulièrement puissante.

Le ministre Luc Fortin a été soufflé dans l’explosion, tout comme l’ex-ministre péquiste Réjean Hébert l’a été lors l’élection précédente. À l’ère de la consommation rapide et du jetable, même l’espérance de vie de politiciens de qualité n’est guère plus longue qu’un seul mandat!

Perspective

Partir dans la dignité

PERSPECTIVES / Autant Philippe Couillard a défendu énergiquement ses choix en campagne électorale, autant il était vide de carburant en annonçant sa démission comme chef des libéraux de même que comme député de Roberval.

« Avec un bilan plus qu’enviable et le résultat de l’élection du 1er octobre, après avoir mis toute mon énergie au service du Québec, demeurer en politique, à quelque titre que ce soit, est au-delà de ce que je me sens humainement capable de faire. Je demande aux Québécoises et aux Québécois de le comprendre et de me laisser prendre congé en paix » a-t-il mis en opposition.

La raclée subie par son parti poussait inévitablement M. Couillard vers la sortie. Le contexte est fort différent de celui qui avait permis à Jean Charest de demeurer à la tête du PLQ après sa défaite de 1998. Car, si Lucien Bouchard avait alors facilement remporté la bataille des sièges (76 contre 48), la victoire libérale sur le nombre absolu de votes traduisait une certaine réceptivité à l’égard de l’ancien chef fédéral qui venait d’arriver sur la scène provinciale.

Comment Philippe Couillard aurait-il pu incarner en 2022 un renouvellement d’idées après avoir dirigé la province durant quatre ans et avoir été ministre de la Santé dans le premier gouvernement Charest en 2003?

Le chemin de l’avenir était décidément trop étroit pour M. Couillard, qui tire lucidement sa révérence même s’il devient l’une des victimes des règles instaurées par son gouvernement. Il n’a pas droit à l’allocation de départ que le chef démissionnaire du Parti québécois, Jean-François Lisée, obtiendra à la suite de sa défaite électorale dans Rosemont.  

L’ex-ministre et ex-député de Sherbrooke, Luc Fortin, pourra également retomber sur ses pieds en bénéficiant d’une somme représentant habituellement environ une année de salaire. Il en va de même pour Pierre Reid, Ghislain Bolduc, Guy Hardy et Karine Vallières, les quatre députés sortants du PLQ en région n’ayant pas sollicité de renouvellement de mandat.

« Ça représente pour moi autour de 95 000 $. Bien que cela n’ait pas été un facteur de ma décision, j’avoue que la situation devant laquelle M. Couillard se retrouve n’est pas facile et je serais surprise que le parti puisse suppléer » commente Mme Vallières.

Le PLQ n’a jamais versé dans le passé de supplément à Philippe Couillard et il n’y a pas d’arrangements en ce sens pour la suite des choses, m’a-t-on confirmé.

Rappelons que Jean Charest a reçu 75 000 $ par année de son parti en plus de son salaire de chef d’État du temps où il a été premier ministre. Mario Dumont avait aussi eu droit à une telle bonification salariale comme chef de la défunte ADQ.

Aurait-il fallu prévoir une clause d’exception pour garantir une allocation de départ à un chef de parti durant les premiers mois suivant une élection générale, qu’il soit réélu ou pas?

Oui. Par considération envers celles et ceux qui nous représentent à Québec ainsi que pour lutter contre le cynisme qui a grimpé d’un cran avec le lancement sur les réseaux sociaux d’une campagne de sociofinancement « pour aider Philippe Couillard à sortir de la pauvreté ».

Cette moquerie est apparue après que l’ancien chef libéral eut révélé que les avoirs et les actifs nets qu’il possède avec sa femme étaient de l’ordre de 1 M$. Si la déclaration de M. Couillard, comme quoi « c’est à peine suffisant pour pourvoir à ses besoins » était malhabile, l’initiative qu’elle a provoquée est assez navrante.

Qu’on rejette massivement les décisions d’un gouvernement et qu’on pousse le chef sur le trottoir, d’accord. Mais, on devrait l’aider à partir dignement et équitablement, peu importent ses allégeances politiques. Car voter équivaut à exercer un droit de vie ou de mort sur des candidats et leurs idées. Ce parallèle avec l’aide de soins de vie est boiteux si on limite la comparaison à la portée du geste. Mais pourquoi ne pas lui donner le même sens et lui accorder la même importance dans notre échelle de valeurs?

Ce modèle de discernement et d’intelligence valant à la société québécoise une reconnaissance d’ouverture et de respect devrait en fait devenir modèle de référence pour la plupart de nos décisions collectives.

Si cette clause avait été inscrite dans la législation initiale, on l’appellerait méchamment aujourd’hui « la clause de prévoyance de Philippe Couillard ». Le précédent gouvernement pouvait justifier une telle clause, d’autant que M. Couillard avait bénéficié d’une allocation de départ de l’ordre de 150 000 $ en 2008.

Ayant obtenu une somme équivalente au terme de sa précédente vie de péquiste, le nouveau premier ministre François Legault voudra se tenir loin de ce nid à problèmes. Trouvera-t-on alors chez des péquistes et les solidaires des gens assez courageux pour s’éloigner du populisme et du dénigrement systématique en proposant un amendement?

Dans une logique totalement apolitique et de bon sens démocratique, il le faudrait.