Perspectives

Des voisins comme anges gardiens [VIDÉO]

CHRONIQUE / La routine d’un aîné durant la neige et le froid intense de la fin de semaine a failli tourner à Sherbrooke en un drame épouvantable, comme celui qui frappe la famille Duceppe à Montréal.

Un homme de 79 ans a été secouru dans sa cour de l’arrondissement de Fleurimont, dimanche, alors qu’il était incapable de franchir les derniers mètres pour rentrer au chaud dans sa maison. 

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La mère de Gilles Duceppe est retrouvée morte gelée

Carole Grant s’est inquiétée dès qu’elle a vu son voisin Gérard Lepage sortir de sa cour à pied pour aller, comme d’habitude, acheter ses journaux.

« Je connais la santé chancelante de Gérard et en le voyant peiner dans la neige épaisse, j’ai eu l’intuition que quelque chose allait se produire. Je regardais de temps et autre par la fenêtre et, à un moment donné, j’ai constaté qu’il était de retour. Il était immobile, figé comme une statue à l’entrée de sa cour. Mon mari et moi avons vite compris qu’il pouvait être en danger. »

N’obtenant pas de réponses aux questions lancées depuis son balcon, Jean-Guy Giffard s’est habillé en vitesse et a traversé la rue du Delaware en secouriste.

« Les quelques gestes que Gérard réussissait à effectuer étaient très lents. On n’entendait plus qu’un filet de voix de sa bouche. Ça pressait que je le sorte de là », décrit M. Giffard.

« Je ne ressentais plus le froid. Mon corps ne luttait plus », confirme le septuagénaire dont le cœur bat avec l’aide d’un régulateur. 

J’habite sur cette rue depuis 30 ans et suis familier avec mes voisins. Le hasard a voulu que je débarque chez les Lepage pendant que Gérard récupérait, au grand bonheur de son épouse Lucia. Jean-Guy y était encore, prêt à agir comme ambulancier. Le voyage à l’hôpital n’a finalement pas été nécessaire.

Je venais également de me geler les doigts à passer la souffleuse, au point où j’en ai pleuré une fois rentré parce que je n’arrivais pas à me soulager. Rappel que les rigueurs de l’hiver québécois n’appartiennent pas au folklore, discutions-nous ensemble.

La découverte, quelques heures plus tard, du corps inanimé d’une femme de 93 ans, Hélène Rowley Hotte, la mère de l’ex-politicien Gilles Duceppe, est cependant venue donner une autre dimension « au sauvetage » de la rue du Delaware.

« En apprenant les circonstances de ce décès, des frissons m’ont traversé le corps », a ajouté Carole en me montrant des photos et une vidéo de la scène s’étant déroulée sous ses yeux, à Sherbrooke.

« Sans la vigilance de mes voisins, j’aurais pu connaître ce triste sort », réalise davantage Gérard Lepage.

Une vigilance que le coordonnateur des services d’urgences à la Ville de Sherbrooke, Stéphane Simoneau salue.

 « La trousse de survie de 72 heures que nous offrons aux citoyens est justement une façon de les inciter à développer leur niveau d’autonomie, ce qui contribue également à alimenter l’esprit d’entraide entre voisins. Mme Grant et M. Giffard ont posé un très beau geste. »

Perspectives

De la concurrence entre joueurs établis

Steve Lussier a joué gros durant la dernière campagne municipale. Sans réponse à son appel d’offres pour revitaliser le secteur de la rue Wellington Sud, où la Ville a acheté des immeubles voués à la démolition, il serait dans un cul-de-sac.

Ce n’est pas le cas. Si les trois soumissions reçues passent le test de la conformité, la Ville aura trois options plutôt qu’une seule.  

Bien qu’ils seraient libres de dévoiler leurs intentions, les promoteurs ne veulent rien livrer comme information qui puisse être utile à leurs rivaux avant les analyses et les auditions devant le comité de sélection, qui se feront au cours des 12 prochaines semaines.   Ce n’est donc que dans quelques mois qu’on pourra juger s’il y a eu progrès ou recul dans la qualité du projet.

Le Groupe Custeau  doit juger l’atmosphère politique plus saine aujourd’hui qu’il y a un an, puisqu’il revient dans le décor. Membre d’un consortium à qui l’ex-maire Bernard Sévigny avait accordé l’exclusivité pour le projet initial Well inc., le développeur sherbrookois et ses partenaires d’alors, SherWeb et le Fonds immobilier de solidarité de la FTQ, avaient retiré leur offre d’investir 50 M$ après l’arrivée en poste de Steve Lussier. 

Le Groupe Custeau a cette fois comme partenaire la firme d’ingénierie EXP, qui serait disposée à déménager ses 200 employés dans l’un des deux édifices que la Ville veut voir naître sur les ancrages du futur stationnement souterrain qui desservira ce secteur. EXP exprime les mêmes besoins que SherWeb dans la précédente offre, dont les échéanciers n’avaient pu suivre le rythme de croissance du fleuron sherbrookois de l’informatique.

Une seconde proposition est portée par le président de Must Urban, Philippe Dussault, s’étant notamment allié à Daniel Quirion, un architecte ayant participé à maintes réflexions sur la relance du centre-ville. 

Coup d’éclat, M. Dussault a obtenu l’adhésion du Groupe Pomerleau comme partenaire majeur de la proposition « Projet Espace W s.e. c. ». Cette alliance dissipera tout doute quant à la capacité de ces soumissionnaires à réaliser des projets d’envergure. Pomerleau, dont le siège social est à Saint-Georges de Beauce, est un joueur majeur de l’immobilier au Québec, s’étant notamment vu confier la construction du complexe du Centre de congrès de Sherbrooke au milieu des années 80.

« Cela prouve que nous avions raison de croire que le centre-ville de Sherbrooke pouvait intéresser des entreprises nationales », se réjouit la présidente du comité de revitalisation du centre-ville, Chantal L’Espérance, en se gardant toutefois d’afficher des préférences.

Le troisième soumissionnaire est la compagnie sherbrookoise de gestion immobilière Dusco, qui œuvre dans le domaine depuis 30 ans en proposant le clé en main dans les secteurs industriel, commercial et résidentiel. Elle a été maître d’œuvre de différents projets dans l’arrondissement de Brompton, où se trouve son centre d’affaires.

Dusco a été accueillie à bras ouverts par Drummondville au cours de la dernière année pour lancer la première phase d’un complexe industriel dont la réalisation complète représentera des investissements de 10 M$.

Le Groupe Custeau a maintenant des concurrents crédibles et sérieux pour la revitalisation de la rue Wellington Sud, mais Denis Custeau et Charles Custeau ont la réputation d’être de farouches compétiteurs. La Ville ayant maintenu ses engagements financiers et ayant clarifié les règles des avantages fiscaux accordés pour 10 ans, rien ne porte à croire que l’entreprise familiale aura réduit l’offre élaborée avec l’ancienne administration municipale.

Les dirigeants du Groupe Custeau  refusent d’autre part d’en parler publiquement, mais gagne ou perd le contrat de Well Sud, ils ont d’autres ambitieux projets au centre-ville. Les ponts ne seraient pas définitivement coupés avec Sher-Web, qui pourrait envoyer de ses équipes dans les bureaux d’un complexe technologique qui intéresserait également la compagnie CGI qui, elle, se trouve à l’étroit sur la rue Abénaquis. 

Deux leaders de l’informatique sous le même toit, le long de la rivière Magog, à deux pas du futur pont signature et du quartier résidentiel figurant dans la planification « Centre-ville 20/20 », commencez-vous à voir le topo?

Si le Groupe Custeau n’est pas retenu, croyez-vous qu’il cèdera généreusement son client et partenaire EXP à la concurrence pour Well Sud? Je suis plutôt persuadé qu’il y a déjà un plan B pour l’accueillir à l’autre extrémité de la rue Wellington, que reluquent également d’autres firmes de professionnels.

Tout un remue-ménage pointe à l’horizon.

« D’autres projets sont effectivement à l’étude et même si certains d’entre eux commençaient en même temps que Well Sud, ils ne se cannibaliseraient pas. La planification municipale en fait des secteurs complémentaires », affirme la conseillère L’Espérance.

Bien que rien de cela ne soit encore acquis, les mois se succèdent mais ne se ressemblent pas pour le maire Lussier.

« Décembre a été difficile, éprouvant, mais j’ai beaucoup appris. Je me suis reposé comme jamais durant le congé des fêtes et, croyez-moi, 2019 nous apportera une succession d’annonces. »

Trois propositions d’affaires pour clôturer une semaine ayant également été ponctuée de rencontres avec le premier ministre canadien et celui du Québec : pas pire, pas pire comme début d’année, dirait l’illustre Ron Fournier.

Actualités

Au temps des labours

CHRONIQUE / Au terme d’une série d’entretiens privés avec des acteurs régionaux, dont le maire Steve Lussier, c’est un Justin Trudeau énergique qui s’est amené devant des partisans réunis à l’hôtel Times.

« Dans un pays comme le Canada et une province comme le Québec, il y a énormément de diversité et d’adversité géographique, ethnique et culturelle. Il y a tellement de courants de pensée et de perspectives différentes que la seule façon de bâtir et d’avancer, c’est en s’écoutant et en apprenant à se connaître. Ce n’est pas toujours facile, il y a des gens inquiets, des personnes qui sont froissées, mais il faut résoudre les problèmes ensemble. »

Perspectives

Bon chic bon genre

CHRONIQUE / J’ai mis les pieds dans un nid de guêpes. Même si je n’ai pas eu à prendre mes jambes à mon cou pour échapper à une nuée de poursuivantes, avoir été piqué une seule fois me rendra plus prudent...

La présidente de la Maison Aube-Lumière, Élisabeth Brière, souhaite être candidate libérale dans la circonscription de Sherbrooke aux élections fédérales de l’automne. J’ai commis un impair dans ma chronique de samedi en écrivant « qu’elle ferait le tour de sa garde-robe pour choisir les vêtements qu’elle portera pour son baptême politique », lors du coquetel de financement auquel le premier ministre Justin Trudeau assistera mercredi.

« Faire le tour de sa garde-robe, ouch! Je ne suis pas la plus féministe, mais ça me grafigne l’épiderme. Avez-vous réalisé, vous avez mêlé l’intérêt d’une femme pour la politique et sa tenue vestimentaire avant qu’elle émette ses idées » a soulevé une lectrice froissée dans un courriel.

Honnêtement, non. D’autre part, j’admets avec la même franchise n’avoir jamais songé à décrire dans ce même texte le soin avec lequel le candidat masculin déclaré Edwin Moreno agencera veston, chemise et cravate pour faire lui aussi bonne impression cette semaine auprès du chef.

Me voilà en face d’une évidence : ce passage avait une connotation sexiste. Mon subconscient baignant dans la politique depuis 30 ans est peut-être imbibé d’une culture de ti-mononcle dont je devrai me méfier davantage dans le futur... 

J’entends cette fois des protestations masculines : aie le mou, pas en train de céder à un seul reproche. T’as pas de colonne, t’es pas capable de tenir tête à une femme, une seule?

Je suis têtu. J’argumente plus que pas assez, et c’est de famille. Cette génétique est tellement concentrée chez l’une de mes filles que je l’ai surnommée « Oui, mais parce que... ».

Mais le poids de vérité n’est pas nécessairement celui du nombre. Rien n’est plus utile en ce bas monde que l’ouverture d’accepter qu’une seule personne puisse avoir de meilleurs arguments que 50 confortant leurs opinions les unes avec les autres.

Dans mon cas, il n’y avait même pas à débattre tellement il tombe sous le sens que quiconque aspire à faire partie de l’équipe d’un premier ministre a le souci de soigner son apparence pour ne pas se disqualifier au premier coup d’œil. Il est clair qu’Edwin Moreno se mettra lui aussi « sur son 36 », mercredi soir, pour aller à la rencontre de M. Trudeau et des militants qui, ultimement, choisiront le candidat qui participera à l’élection.

Indépendamment des sexes, cette soirée mondaine bon chic bon genre sera propice aux jeux de coulisses pour les aspirants locaux ainsi que pour tous les autres nourrissant les mêmes ambitions dans les autres circonscriptions de la région. C’est l’essentiel de ce que j’ai voulu exprimer sur ce volet dans ma chronique de samedi et le propos aurait été mieux rendu ainsi. 

Sachez que la femme qui m’a contacté ne connaît ni de près ni de loin Élisabeth Brière. Ses protestations polies n’étaient pas motivées par des intérêts personnels ou politiques.

Sans même savoir si j’avais vexé ou pas Mme Brière, j’ai eu la délicatesse de la prévenir que j’allais clarifier publiquement le fond de ma pensée. 

Ce n’était pas l’affront du siècle, mais ce n’est pas non plus une banalité à ignorer et à passer sous silence. Le respect accru que réclament et méritent les femmes commence avec le souci du détail dans nos relations quotidiennes ainsi que dans la remise en question de comportements paraissant anodins, mais qui les discriminent encore. 

Hommage à celles qui ont initié le mouvement, il y a plusieurs années déjà, ainsi qu’à toutes celles qui portent encore haut et fort les revendications des PÉPINES, le groupe de Promotion des Estriennes pour inititier une nouvelle équité sociale. Leurs efforts de conscientisation portent.

Le temps de savourer pleinement les petites victoires, seriez-vous d’accord par contre de prolonger de quelques semaines ou quelques mois nos délibérations sur la liberté vestimentaire à l’Assemblée nationale que réclament les députés solidaires...