L'an dernier, l'événement Fière la fête avait tenu son premier défilé digne de ce nom dans les rues de Sherbrooke en semant de la couleur et de la fierté entre le Marché de la Gare et l'hôtel de ville. Une tradition qui se poursuit ce samedi lors de la cinquième édition de Fière la fête.

Y a pas de honte à être fier

CHRONIQUE / La fierté, la fierté, le gros débat revient chaque année, non mais doit-on tant que ça célébrer la fierté, qu'y a-t-il de si tant extraordinaire là-dedans, ce sont des gens comme nous avec les mêmes droits et responsabilités, il n'y a plus rien à revendiquer, et si jamais il y avait, est-ce que ça doit absolument se faire dans un bruyant défilé, en dansant en chest pis en se frenchant à qui mieux mieux sur des chars allégoriques.
Je ne me tue pas en ponctuation parce que tout ça m'a souvent l'air garroché, un nuage d'incompréhension qui poffe de la ligne d'échappement des petites et grandes frustrations de la vie.
Je ne mets pas de points d'interrogation non plus parce que je n'ai jamais le sentiment que c'est une question, vraiment.
Et je ne suis pas certaine qu'il y ait tant de réponses non plus.
Mais là, tout juste après le grand défilé montréalais, à quelques heures à peine de la bien plus modeste Fière la fête sherbrookoise qui aura lieu ce week-end, à partir de jeudi en fait, jasons un peu.
La fierté.
La fierté, comme dans le contraire de la honte, la fierté comme dans je suis ce que je suis, la somme de ce qui s'est imposé à moi et de tout ce que j'ai choisi aussi.
La fierté comme dans sache mon ami, ma collègue, mon voisin, mon garagiste, mon élève, ma tante et mon médecin que je suis aussi très fière et assumée dans ce que je suis, ce qui inclut le fait d'être une femme, une épouse, une fille, une soeur, une tante, une nièce, une amie, une journaliste, une néo-rurale, une bénévole, une Estrienne, une Québécoise, une Canadienne, une athée, une rousse (presque plus mais quand même), une grande baveuse sensible à ses heures, une psy-gratis-pour-mes-amis(es) pis un paquet d'autres affaires incluant une membre de la communauté LGBTQ+.
Je te le dis parce que je ne veux pas que tu fasses le saut quand ma blonde va porter l'auto au garage, qu'elle arrive en retard au party de bureau, qu'elle m'embrasse pendant le souper de famille ou qu'elle m'accompagne pour un examen médical parce qu'elle s'inquiète un peu.
Je veux que tu le saches aussi parce que de temps en temps, y a ce jeune ou même ce moins jeune qui nous croise dans la rue ou ailleurs, qui nous regarde du coin de l'oeil et qui poursuit sa route en souriant parce qu'il vient de se rappeler que les choses peuvent être simples et qu'elles n'ont pas à être cachées, que ça le soulage un peu et lui donne confiance en son propre avenir.
Je sais, tu vas me dire qu'on est dans une société ouverte où tout est bien accepté et que tu n'as pas besoin de savoir ce qui se passe dans ma chambre à coucher et dans celles de tous ces gens qui te disent « Hey! Voici qui je suis! »
Mais mon ami, t'as tout à fait raison. Et ça tombe assez bien, on n'est pas en train de te raconter nos chaudes soirées sous la couette.
Ce qu'on est en train de te dire, mon ami, quand les gens se défilent ainsi la Fierté, c'est qu'ils n'ont pas honte de ce qu'ils sont. Qu'ils en sont fiers, là, dans ces défilés, mais aussi dans la parade quotidienne de notre société, dans tout le social de nos journées, dans les conversations de cafétéria au bureau, dans les gradins du terrain de soccer pendant que les enfants jouent, au camping pendant les vacances, sur la terrasse devant une bière froide.
Dans les défilés et au quotidien, il n'y a pas de honte à exister.
*****
C'est là que je te rappelle que c'est Fière la fête dès jeudi avec un concentré d'activités samedi, dont le défilé samedi à 16 h et L'étrange cabaret queer à 22 h au Boq, toujours samedi.
J'attire cependant votre attention sur le lancement du Collectif 80|20 vendredi soir, en formule 5 à 7, toujours au Boq de la rue Wellington Nord.
Pourquoi?
Parce que si la grande ville propose aux femmes de la diversité sexuelle et de genre de même que leurs allié(e)s maintes occasions de se réunir, il en va un brin autrement en région, et la nôtre de fait pas exception.
Aussi quelques bonnes âmes charitables ont-elles décidé de lancer ce Collectif 80|20 full estrien qui permettra de créer un espace et un réseau d'événements pour lesbiennes, mais pas que, on insiste sur l'inclusivité de la chose.
Voilà que le message est fait, ne reste plus qu'à s'y retrouver pour un verre et un brin de fierté, y a pas de honte là-dedans!