Le maire Bernard Sévigny avait désigné les sièges à l'hôtel de ville sur le principe d'alternance après l'élection en 2013, veillant à ce qu'un élu indépendant comme Nicole Bergeron ait pour voisin un représentant de son parti comme Diane Delisle. Cette configuration de neutralité a fait place au clivage politique.

Vite, rappelons l'orchestre!

CHRONIQUE / La gouvernance, les citoyens s'en balancent. Je n'ai croisé personne en ville depuis une semaine m'ayant parlé d'une formule pour rendre le conseil d'administration de Sherbrooke Innopole plus efficace. Plusieurs se demandent par contre pourquoi cette polémique éclate à ce moment-ci.
À première vue, Bernard Sévigny a l'air du gars pressé de passer à la trappe la conseillère Annie Godbout, du seul fait qu'elle pourrait l'affronter à la mairie. Je n'en crois rien.
Que le maire ne s'étonne pas par contre que ses propres insinuations portent à interprétation.
« Certains élus indépendants doivent trouver que les corridors de l'hôtel de ville commencent à rétrécir », s'était-il emballé en lançant sa cabale électorale de 2013.
Simple moment d'exubérance ou propos trahissant des menaces que le maire voudrait aujourd'hui mettre à exécution?
Les membres du conseil d'administration de Sherbrooke Innopole sont pour la plupart des gens d'affaires, des bénévoles, désirant se tenir loin de la politique. J'imagine néanmoins qu'ils auraient assez de flair pour éviter de lancer un débat sur la gouvernance à quelques jours du dépôt de leur rapport annuel ou encore de scier les jambes du maire à quelques jours de son discours annuel devant la Chambre de commerce. De par leur mandat, ils baignent dans la politique et ne peuvent faire abstraction de la dynamique à l'hôtel de ville.
Le « malaise » provoqué par des frictions politiques est sans doute vrai, mais il a été exprimé de façon très mécanique. Il sort d'un questionnaire figurant sur un procès-verbal, compte-rendu qui serait passé pratiquement inaperçu en dehors du cadre tendu se voulant actuellement le prélude à la campagne électorale de 2017.
Lancé malgré lui dans ce tourbillon politique, le président du conseil d'administration de Sherbrooke Innopole, Pierre Tremblay a emprunté la voie diplomatique. Il a confirmé du bout des lèvres un inconfort, mais sans attribuer de torts.
Le maire Sévigny, lui, a vargé à sa force en montrant du doigt la conseillère Annie Godbout et en la tenant pour seule responsable de problèmes qui seraient persistants depuis sa nomination à la fin de 2013.
Trois ans à subir, à endurer, sans prendre le taureau par les cornes si cela s'avérait vraiment nécessaire lors la révision organisationnelle imposée par la décision du gouvernement provincial d'abolir les Centres locaux de développement (CLD)?
Si les administrateurs de Sherbrooke Innopole n'ont pas suffisamment insisté ou s'ils ne sont pas parvenus à convaincre le maire de régler une crisette comme celle-là en trois ans, prions pour éviter les cataclysmes. Ne serait-ce qu'une autre panne d'électricité prolongée dans le temps des Fêtes !
C'est vrai que Mme Godbout a tendance à parler. Beaucoup, partout, sur tout. Le budget municipal nous dira lundi soir si, comme elle l'a prétendu ces derniers jours, sa vigilance a vraiment empêché une hausse démesurée du budget de Sherbrooke Innopole. S'il est vrai par contre qu'elle a associé l'injection de 600 000 $ supplémentaires pour regarnir un fonds d'investissement pour le démarrage de projets à des dépenses courantes, sa balloune va vite se dégonfler.
Quoi qu'il en soit, la charge du maire est démesurée, disproportionnée. Mme Godbout n'a été visée par aucun reproche d'avoir coulé des informations privées liées à des projets. Jusqu'à preuve du contraire, l'agacement est essentiellement de la susceptibilité politique avec laquelle même les administrateurs de Sherbrooke Innopole devraient apprendre à composer.
Bernard Sévigny aimerait sans doute qu'on finisse par l'oublier, mais il a déjà lui-même été un champion de la contestation. Lui qui s'était vertement indigné des sommes consacrées aux acquisitions pour la Cité des rivières ainsi qu'à la construction des boulevards du plateau Saint-Joseph en décembre 2003, il défendra de semblables priorités lundi soir, pour son projet Well inc. au centre-ville ainsi que pour le démarrage des travaux du boulevard René-Lévesque.
Tant qu'à replonger dans le passé, reculons de trois ans, à la cérémonie d'assermentation du conseil actuel, au cours de laquelle M. Sévigny avait clairement exprimé son désir d'harmonie.
Un souci qu'il avait poussé jusqu'à la désignation des fauteuils dans la salle du conseil municipal. Au lieu d'installer ses neuf équipiers d'un côté et les 10 conseillers indépendants de l'autre, le maire avait préconisé la cohabitation. Chaque élu du Renouveau sherbrookois a des conseillers indépendants de chaque côté de lui, et vice versa.
Cette cérémonie détendue avait été rehaussée par la prestation de trois jeunes musiciens de l'école de Montaclm. « La musique apaise les moeurs », s'était félicité M. Sévigny.
C'était effectivement un choix éclairé. Tellement que vous devriez rappeler l'orchestre, monsieur le maire, car ça manque de calme et de sérénité à l'hôtel de ville.