La direction du CIUSS de l'Estrie-CHUS n'a que de arguments administratifs et mécaniques, dépourvus d'humanisme, pour justifier la décision d'avoir réveillé un patient 78 ans qui dormait à la salle d'urgence de l'Hôtel-Dieu et le renvoyer en pleine nuit à la maison alors que le lit qu'il occupait n'était pas réquisitionné pour quelqu'un d'autre.

Vite, au suivant!

CHRONIQUE / Je suis plus souvent défenseur que détracteur de notre système de santé. La décision de réveiller un patient 78 ans alité à l'urgence de l'Hôtel-Dieu pour le renvoyer à la maison en pleine nuit est toutefois un désolant manque de considération.
Roger Rhéaume a été admis à l'hôpital en ambulance vendredi soir. Il a été informé qu'il devait passer un appel à des proches ou envisager un retour en taxi vers une heure du matin, samedi, après une injection de cortisone pour soulager des douleurs inflammatoires persistantes qui l'avaient privé de sommeil les nuits précédentes. Le somnifère et la couverture chaude, qui lui avaient auparavant été donnés, avaient laissé croire à M. Rhéaume qu'il avait été installé pour passer la nuit sur place.
Une salle d'urgence n'est pas une unité de soins. La mission de cette équipe d'intervention est de stabiliser un patient, puis de l'orienter vers les ressources spécialisées si besoin est. Jusque-là, j'endosse le vocabulaire des répondants de la Santé.
Cependant, tout en convenant qu'il était sans risque de renvoyer le patient chez lui à cette heure tardive, devait-on agir de la même façon avec un septuagénaire que l'on savait affaibli par trois jours d'insomnie à une heure du matin qu'on l'aurait fait à une heure de l'après-midi ou en situation de pénurie de lits?
« Les congés sont donnés en fonction de l'état des patients, pas en fonction des lits disponibles à l'urgence », a répondu mécaniquement la directrice des services généraux au CIUSSS de l'Estrie-CHUS, Line Cardinale.
C'est là où ce paquebot se retrouve à mille lieues des promesses, que s'égarent les discours léchés sur les soins humains et attentionnés.
S'il y avait eu des besoins criants pour le lit occupé par M. Rhéaume ou pour ceux qui étaient vides autour de lui, je ne dis pas. Mais ce n'était pas le cas. Ce que la direction semble reconnaître en précisant que ce n'est jamais un facteur de décision.
Le septuagénaire vit seul et il n'a pas de soutien à domicile. N'aurait-il pas été souhaitable, indiqué même, qu'il profite d'un repos continu de quelques heures à l'hôpital pour reprendre des forces? Ça tombe tellement sous le sens que j'ai peine à croire que des gestionnaires sérieux essaient de nous vendre le contraire.
Des témoignages de l'interne confirment que ce n'est pas un cas isolé. Sans être mis à la porte, chaque patient doit organiser sa sortie. Dans l'urgence de passer au suivant, le personnel se soucie très peu du comment.
Je l'ai déjà vécu. L'infirmière coordonnant les soins dans la résidence où habite l'un de mes proches avait relevé des signes de commotion cérébrale après une chute.
« Il y a pas de chance à prendre avec ce type de blessure qui peut entraîner des complications », m'avait-elle confié après avoir demandé un transport en ambulance vers l'hôpital.
Je suis arrivé à l'urgence de l'Hôtel-Dieu une ou deux heures plus tard. Trop tard! Mon patient de 77 ans n'y était plus. Il avait déjà été renvoyé à la maison. Admis en ambulance, il était rentré à pied!
Sans jamais que l'hôpital prenne contact avec moi pour vérifier si j'étais disponible pour un transport et, en même temps, me fournir quelques informations. J'ai eu beau questionner, insister avec photo de mon téléphone montrant la plaque de sang répandue au front, descendue dans les yeux, pour savoir si des examens avaient été demandés par l'urgentologue, je n'ai jamais eu de réponses. Le patient renvoyé au centre d'hébergement n'était plus le patient de l'urgence!
Le ministère de la Santé impose aux gestionnaires des résidences privées pour personnes âgées le devoir de prendre contact avec un répondant de la famille dès que survient un « accident », une complication. C'est obligation légale dans la certification maintenant obligatoire.
Mais les équipes médicales, elles, sont dispensées de toute obligation de même nature. Elles soignent suivant les protocoles. Si le patient est assez lucide et assez solide à l'urgence pour tenir sur ses pieds, ses proches sont tenus à l'écart. Au mieux, ils sont des taxis!
Un mois plus tard, d'autres complications sont survenues. Cette fois, investigation plus poussée, puis bistouri en neurologie pour drainer la plaque de sang. Les équipes multidisciplinaires ont pris le relais des urgentologues. Efficacement, dois-je signaler.
Par contre, allez donc savoir pourquoi, c'était plus devenu risqué que le patient rentre seul à pied...