Tout comme la Ville de Montréal avec ses cols bleus, l'administration municipale de Sherbrooke serait sur le point de s'entendre avec ses syndicats sur les régimes de retraite.

Une fenêtre pour régler

CHRONIQUE / Avez-vous eu la même réaction que moi en apprenant la nouvelle : si les parois les plus escarpées en matière de relations de travail au Québec ont été gravies par les deux éléphants que sont la Ville de Montréal et le syndicat de ses cols bleus, si cette unité syndicale en tutelle a réussi à négocier à une entente de principe sur les régimes de retraite, allons-nous finir par trouver le bon chemin et la fin du parcours à Sherbrooke?
Il semble que oui.
La formule avancée par les syndicats au mois de mai et la contre-proposition patronale formulée en juin seraient suffisamment proches l'une de l'autre pour espérer un règlement avant la dissolution du conseil municipal, qui surviendra durant le mois précédant les élections du 5 novembre.
« Sans parler d'entente de principe, disons que nous avons convenu d'un cadre global qui sera précisé avec les autres analyses d'actuaires en cours. Nous réévaluerons tout cela en comité intersyndical le 25 août, avant de poursuivre les échanges avec la Ville. Il y a une volonté évidente des parties de régler tôt cet automne et c'est un échéancier réaliste », juge le permanent syndical Gaétan Desnoyers, qui agit dans ce dossier à titre de porte-parole des cols blancs, des cols bleus, des pompiers ainsi que des employés d'Hydro-Sherbrooke.
Le leader syndical ne trace pas de lien entre les rapprochements observés et les enjeux politiques de la campagne électorale.
« Nous n'essayons pas d'arracher des concessions pour forcer la main des élus avant les élections. C'est le cadre légal auquel nous sommes soumis qui nous amène à cette étape. Il est de coutume à Sherbrooke de trouver les solutions ensemble », affirme-t-il.
Rappelons que, suivant les règles fixées par Québec, ces groupes de salariés sont contraints à réduire les coûts de leur régime de retraite de 9,5 M$ pour assumer la part dont ils sont imputables pour le déficit actuariel ayant été établi à 37 M$ en date du 31 décembre 2013.
« Le règlement pourrait être moindre puisque, à Sherbrooke, les cotisants avaient renoncé à l'indexation des prestations sur une base volontaire. Cette concession sera chiffrée et reconnue en contrepartie des cotisations anticipées de 46 M$ de la Ville », rapporte M. Desnoyers, qui refuse de dévoiler plus de détails.
Les représentants patronaux préfèrent également s'abstenir de commentaires d'ici la fin des pourparlers, mais affichent eux aussi un certain optimisme.
Même si le remboursement par des concessions s'effectuait sur le plein montant de 9,5 M$, celui-ci ne couvrirait même pas le paiement de 10,5 M$ que la Ville doit effectuer encore cette année sur les emprunts contractés pour renflouer les caisses de retraite. Ces déboursés annuels se maintiendront à plus de 8 M$ jusqu'en 2023, puis chuteront au cours des deux années suivantes à 2 M$, soit à la hauteur de ce qu'ils étaient en 2009, au moment où Bernard Sévigny a remplacé Jean Perrault à la mairie.
Les hausses de taxes salées imposées par l'administration Sévigny au cours du mandat qui s'achève ont un lien direct avec les emprunts qui se sont superposés au fil des ans pour remplir des obligations patronales que le gouvernement Couillard a scindées. Les effets des nouvelles règles sur les finances municipales ne seront toutefois perceptibles à court terme.
Le contenu de l'entente de principe à Montréal ne sera pas dévoilé avant la consultation auprès des membres. La même ligne de conduite est suivie à Sherbrooke.
« Lorsque nous fournirons les explications à nos membres, ils seront à même de juger que nous sommes restés fidèles à nos objectifs de négocier de bonne foi tout en veillant sur leurs intérêts », se limite aussi à dire le président du syndicat des cols bleus de Sherbrooke, Benoit Labonville.
Des propos qui sont dans le même registre que ceux du directeur québécois du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), Marc Ranger.
« Comme indiqué dans notre communiqué de vendredi, la négociation à Montréal a été menée dans un contexte difficile. Nous n'avons pas le choix, nous devons nous soumettre aux lois. Mais les villes sont mieux d'être prévoyantes, car le jour où les tribunaux supérieurs invalideront ces lois, nos membres exigeront de ravoir leur argent. Les premiers jugements sont venus renforcer nos prétentions et ils rendent ce scénario très probable », maintient M. Ranger.
Imaginez le joli bordel financier qui en résultera dans les villes si le mode de partage imposé par Québec devient plus tard une grille de remboursement!