Le poste des Cantons, situé près de l'usine Domtar de Windsor, est névralgique pour les exportations d'Hydro-Québec. D'autres postes à haute puissance permettraient cependant d'alimenter de nouvelles lignes vers le Vermont ou le Maine sans passer par l'Estrie.

Une, deux ou plusieurs autres lignes?

Sept ans après l'annonce d'un projet d'interconnexion avec le New Hampshire, l'électricité québécoise n'entre toujours pas par cet État. Malgré cela, ou à cause de cela pourrait-on aussi croire, Hydro-Québec a confirmé cette semaine des études préliminaires pour de nouvelles infrastructures en direction du Vermont et du Maine.
L'Estrie touche à ces trois États. De plus, le poste des Cantons, qui est situé à proximité de l'usine Domtar de Windsor, est stratégique dans le réseau de Trans-Énergie. La région se retrouvera-t-elle quadrillée de lignes d'exportation?
« C'est peu probable, même si à ce moment-ci nous ne pouvons rien exclure », affirme le chef de l'équipe des relations avec les médias d'Hydro-Québec, Serge Abergel, quand on demande si les lignes en partance du poste des Cantons se multiplieront.
Selon ce dernier, les analyses qui démarrent sont loin d'être des projets aussi précis que celui qui est en cours d'approbation pour aller vers le New Hampshire.
« Alors que nous avons une entente commerciale pour développer le projet Northern Pass, nous n'en sommes qu'à la phase exploratoire pour le Vermont et le Maine. Nos intentions d'accroître nos exportations en Nouvelle-Angleterre sont bien connues et nous confirmons les études préliminaires en toute transparence, pour éviter qu'on nous reproche de chercher à cacher des choses ».
La compagnie américaine Transmission Developpers inc. (TDI) travaille avec les équipes d'Hydro-Québec sur deux scénarios. D'abord, celui d'une ligne sous-marine qui traverserait le lac Champlain du nord au sud et qui resterait sous l'eau dans le littoral de la rivière Hudson jusqu'au coeur de la ville de New York.
L'autre projet du même tandem, New England Clean Power Link, entrerait aussi au Vermont par la Montérégie. Il suivrait le même corridor nautique sur une distance d'environ 150 kilomètres, puis bifurquerait vers l'est pour aller desservir le sud du Vermont.
En plus de la première portion sous l'eau, cette ligne serait également enfouie dans les terres sur une distance d'environ 75 km jusqu'au poste de conversion de Ludlow, au sud de Montpelier.
C'est donc dire que les partenaires d'Hydro-Québec, tant Eversource au New Hampshire que TDI au Vermont, sont disposés à défrayer d'importants coûts supplémentaires pour l'enfouissement. De quoi donner des munitions à la coalition québécoise réclamant du gouvernement Couillard qu'il oblige Hydro-Québec à traiter le massif du mont Hereford avec la considération qui fera en sorte que si la ligne de Northern Pass voit le jour, elle traversera les montagnes Blanches sous terre.
Pour revenir au poste des Cantons, il se trouve dans l'axe du « Réseau multiterminal à courant continu », l'interconnexion principale d'Hydro-Québec vers la Nouvelle-Angleterre. En 1986, la société d'État a investi 1,3 milliard pour amener en Estrie une ligne longue de 1100 km arrivant directement de la Baie-James. La dernière étape québécoise du voyage pour aller rejoindre Sandy Pond (près de Boston) est effectuée via la ligne Des Cantons-Nouvelle-Angleterre, qui a été la première ligne à haute puissance destinée à l'exportation construite en Estrie.
Rappelons que de Windsor jusqu'à Saint-Herménégilde, c'est d'ailleurs dans cette emprise que serait construite la nouvelle ligne pour Northern Pass. Celle-ci contournerait ensuite le mont Hereford pour aller rejoindre un point de traverse à quelques centaines de mètres du poste frontalier d'East Hereford.
Hydro-Québec espère aujourd'hui obtenir au New Hampshire l'accès qui lui a été refusé en 1982. À cette époque, l'exportateur québécois n'avait pas eu le choix d'allonger son tracé pour aller passer au Vermont. La ligne existante traverse la frontière à Dixville, près du poste frontalier de Stanhope.
Est-ce parce que le même mur se dresse au New Hampshire qu'Hydro-Québec regarde une fois de plus ailleurs?
« Nous examinons toutes les opportunités et le passage par le poste des Cantons n'est pas la seule option  pour d'autres corridors vers les États-Unis » insiste son porte-parole avec le souci de ne pas amplifier la polémique qui l'oppose à la coalition SOS Mont Hereford, le groupe accentuant les pressions politiques du côté québécois.
Une ligne de transport vers le Maine en partance du poste des Cantons a été examinée par Hydro-Québec dans le passé.
« Nos études antérieures n'annoncent pas nécessairement les projets du futur, car notre réseau a beaucoup évolué depuis », précise également Serge Abergel.
Le poste de Nicolet (visible de l'autoroute Jean-Lesage) et celui de Lévis sont deux autres points de chute de lignes à haute puissance qui pourraient être utilisés pour pousser de l'énergie vers le Maine. Dans l'un ou l'autre de ces scénarios, la Beauce serait davantage touchée que l'Estrie.
Alors qu'Hydro-Québec est le seul maître d'oeuvre de ces projets au Québec, ce n'est pas le cas aux États-Unis. Des intérêts corporatifs s'affrontent et les différents promoteurs se livrent à des jeux de coulisses politiques et médiatiques en accrochant des fils de pêche aux fils électriques à la veille des appels de propositions qui détermineront qui mettra ses projets en oeuvre et qui enverra ses études d'opportunités au recyclage.