Membres de l'équipe de direction du CIUSSS de l'Estrie - CHUS, la Dre Édith Grégoire (à droite) ainsi que Robin-Marie Coleman sont engagées dans le processus complexe de mise à jour et d'uniformisation des ordonnances collectives, les ententes en vertu desquelles les médecins délèguent de leurs pouvoirs à d'autres professionnels de la santé.

Un peu d'ordre dans les ordonnances collectives

CHRONIQUE / Une incursion dans les protocoles de santé n'est pas une excursion très exotique. C'est une longue et pénible marche dans le désert, à se demander si l'oasis se profilant au loin n'est pas que mirage.
Ça fait une bonne dizaine d'années que la région cherche les meilleurs chemins pour éliminer la duplication des ordonnances collectives, ces textes arides encadrant les responsabilités médicales déléguées à un tiers.
« Pour tout patient qui se présente à l'urgence à la suite d'une chute entraînant une blessure au poignet avec une enflure et de la douleur, une infirmière peut demander une radiographie », avançait-on comme exemple dans un document de travail de 2010, cinq ans avant la fusion ayant regroupé tous les services de santé sous l'égide du CIUSSS de l'Estrie-CHUS.
Pour avoir déjà emprunté cette voie rapide avec une de mes filles à l'Hôtel-Dieu, elle tombait sous le sens : plus d'efficacité et moins d'attente. Elle devait être imparfaite puisqu'elle a été suspendue. Impossible de savoir si elle reviendra un jour dans cet établissement. Où peut-être même, dans toutes les urgences de la région.
Six ordonnances collectives uniformisées devraient être mises en application à compter de juin 2017 dans les urgences, laisse-t-on entendre du côté de la direction. Pour le soulagement de la douleur, de l'hyperthermie (fièvre), des nausées et des vomissements de même que pour l'investigation cardiaque, le personnel infirmier pourra éventuellement devancer le médecin auprès du patient.
La réflexion progresse maintenant dans un contexte différent, sous la coordination d'un seul répondant.
« Avant la fusion, chaque établissement avait son panier d'actes délégués, en fonction de sa clientèle, de sa disponibilité de main-d'oeuvre, de ses réalités. Ces pratiques n'étaient pas nécessairement mauvaises, mais on veut éviter que trois personnes travaillent sur la même chose dans trois places différentes, en même temps. On n'a plus les moyens de faire ça. Nous n'imposerons pas l'harmonisation à tout prix, mais il est possible d'augmenter l'efficacité en réduisant les disparités » met en contexte la Dre Édith Grégoire, directrice adjointe aux services professionnels au sein de l'administration régionale.
Le travail sera mené de front, dans plusieurs spécialités.
« Toute nouvelle requête est évaluée dans le contexte de la fusion, selon sa pertinence, son potentiel d'application dans toutes nos installations et en tenant compte aussi de ce que cela implique comme formation pour le personnel. L'adaptation d'une seule ordonnance pour tout le territoire du CIUSSS peut en éliminer dix semblables des anciens établissements. La démarche en cours est une opportunité d'identifier les meilleures pratiques et de les utiliser le plus possible », explique pour sa part Robin-Marie Coleman, de l'équipe de direction chargée du volet qualité et de l'évolution de la pratique professionnelle.
On va vraiment convaincre le personnel des grands hôpitaux sherbrookois d'acheter le modèle de plus petits établissements? L'automatisme ne sera-t-il pas plutôt d'imposer à tout le monde le modèle des plus influents?
« On ne peut pas tirer une ligne et prétendre que les uns avaient une meilleure recette que les autres. Je ne perçois pas de résistance. Le goulot, c'est le temps qu'il faut mettre pour analyser et rédiger chaque ordonnance. »
« C'est sûr que la fusion a eu des effets. Y'a des mécanismes qui fonctionnaient et qui ont été bousculés par ce que moi j'appelle le grand dérangement. Des choses qui étaient plus fluides sont plus lentes actuellement. Il faut que tous les acteurs apprennent à se parler, qu'ils cherchent et qu'ils réussissent à trouver à qui parler, c'est beaucoup, beaucoup d'adaptation. Nous mettons cependant en place les pièces d'un puzzle qui, tantôt, nous rendra plus efficaces » juge la Dre Grégoire.
Des critiques, il y en aura d'autres. De la patience, il en faudra encore.
« Ce n'est pas un projet d'une seule année. En éliminant la duplication et les chevauchements, nous avançons cependant ensemble et non plus en parallèle comme autrefois », renchérit Mme Coleman.
Rappelons que le gouvernement provincial est engagé sur le même front. Les infirmières et les pharmaciens sont maintenant autorisés à administrer et à ajuster les médicaments pour certaines maladies, notamment le diabète et l'hypertension artérielle, en suivant les protocoles définis dans des ordonnances collectives nationales.
C'est un sujet complexe, aride. Mais c'est aussi un terreau fertile aux gains d'efficacité dont notre système de santé a grandement besoin afin de pouvoir mieux répondre aux attentes qui seront croissantes avec notre population vieillissante.