Le gouvernement provincial a mis à exécution sa menace de brûler un camp de fortune (en médaillon) qui avait été construit sans autorisation sur des terres publiques à Notre-Dame-des-Bois. Cet usage était connu et toléré depuis plus de 25 ans, soutient le propriétaire Francis Gaudreau n’ayant pu se soumettre à l’ordonnance de démantèlement.

Tolérance réduite dans la forêt publique de l’Estrie

Le grand ménage visant à mettre fin à « l’occupation sans droit » de terres publiques est entrepris en Estrie. Certains chasseurs ont reçu l’ordre de démanteler des installations jugées illégales et Québec a brûlé un camp de fortune à Notre-Dame-des-Bois.

L’opération est toutefois en décalage dans la région par rapport à l’Est du Québec ou aux régions situées au nord du Saint-Laurent où les autorités provinciales ont eu à arbitrer de vives tensions entre chasseurs se disputant les « territoires libres ». Ceux-ci sont constitués de secteurs appartenant à l’État québécois où l’exploitation de la ressource faunique n’a pas été accordée à la Sépaq, à un pourvoyeur ou à une zone d’exploitation contrôlée (ZEC).

Les affrontements entre les partisans du libre accès et ceux qui imposaient des règles d’ancienneté sur des territoires qu’ils considéraient comme étant déjà occupés ont amené le gouvernement provincial à mettre en application des règles d beaucoup plus strictes pour éliminer le vandalisme et l’intimidation.

En cela, l’Estrie était loin d’être une priorité. Alors que la chasse se pratique sur des territoires appartenant presque exclusivement à l’État dans les régions chaudes, 91 % des terres boisées de l’Estrie sont privées.

Avec ses 39 000 hectares, le territoire public non structuré est marginal puisqu’il ne représente même pas le quart de la superficie forestière détenue par la papetière Domtar. C’est donc dans la quasi-indifférence et sans trop de concurrence que de petits groupes de chasseurs s’étaient installés dans des coins isolés de Notre-Dame-des-Bois et Chartierville.

Les premiers avis sont arrivés l’an dernier et d’autres suivent cette année. Les intimés disposent d’un délai de sept mois pour se manifester et obtempérer.

« Oui, des opérations sont effectuées en Estrie pour retracer des occupants et leur demander de démanteler des installations qui contreviennent au règlement interdisant d’ériger ou de maintenir un bâtiment, une installation ou un ouvrage sur une terre de l’État sans autorisation ministérielle » confirme Nicolas Bégin, porte-parole du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles.

Les photos à l’appui montrent des abris de chasseurs surélevés, solides et confortables. L’accès à l’un d’eux se faisait avec un escalier conventionnel d’une quinzaine de marches qui avait été construit avec soin.

« Nous savions que nous vivions sur du temps emprunté. Entre la tolérance d’hier et la rigidité d’aujourd’hui, nous sommes cependant passés d’un extrême à l’autre », déplore Francis Gaudreau l’un des occupants ciblés.

« Tout ce qui était raisonnable à démonter a été enlevé ou le sera avant l’expiration des délais. Ce n’était toutefois pas pour le cas pour notre camp qui était trop éloigné. Le ministère en connaissait l’existence depuis une bonne vingtaine d’années. Ce camp n’a jamais été verrouillé, n’importe qui pouvait y entrer et comme il était situé tout près d’un sentier de randonnée, il aurait pu servir à d’autres usages.

« Ce n’était pas le gros luxe, mais jusqu’à huit personnes pouvaient y dormir et nous aurions été prêts à payer des droits annuels et à nous investir comme bénévoles pour l’améliorer afin que plus de gens puissent en profiter. Ce fut triste de le retrouver brûlé sans même avoir pu en discuter », décrit M. Gaudreau.

Le ministère s’est appuyé sur le même critère d’accessibilité pour limiter les coûts de démantèlement. 

« Comme nos aires de camping et d’hébergement ont été délimitées par le ministère, aucun de nos membres ne risque d’être délogé. Nos propres règlements concernant les caches sont stricts, mais si un membre refusait un jour de s’y plier, je n’hésiterais pas à demander au ministère d’utiliser son autorité », commente de son côté le président de la ZEC Louise-Gosford, Steeve Edwards.

« La préoccupation de nos 600 membres se situe davantage au niveau des usages multiples. La location d’érablières dont la tubulure reste en place à l’année devient de plus en plus contraignante pour chasser l’orignal sur notre territoire » précise M. Edwards.

Parlant de la ZEC Louise-Gosford, son souper-bénéfice annuel aura lieu le 1er septembre prochain à l’OTJ de Lac-Mégantic. Vous trouverez tous les détails sur le site internet de l’association.