Le maire Steve Lussier de même que le président du comité de la culture, Paul Gingues, souscrivent à la demande d’un Sherbrookois exprimant le souhait que le cénotaphe soit mis en valeur avec un éclairage artistique et adéquat.

Sortir nos mémoires de l'ombre

PERSPECTIVES / Les commémorations du jour du Souvenir souffleront le chaud et le froid cette année. Traditionnellement sobres et solennelles du jour, elles comprendront un volet plus éclaté en ce 100e anniversaire de l’Armistice.

Cent coups retentiront du clocher de l’archevêché de Sherbrooke, dimanche à 16 h 22, façon de rappeler que « les cloches de paix » ont propagé en 1918 la fin de la Première Guerre mondiale, conflit sanglant ayant laissé 9,5 millions de vies sur les champs de bataille et causé presque autant de décès parmi les civils.

Ces pertes humaines équivaudraient pratiquement à la disparition complète aujourd’hui des populations du Québec et de l’Ontario. En considérant aussi les millions de blessés, il n’y aurait pas un seul Canadien sur la liste des épargnés!

Le cénotaphe érigé au sommet de la côte King depuis 1926, appelé monument des Braves, honore le courage et de détermination des volontaires et des conscrits. Il rappelle les gains stimulants ainsi que les défaites coûteuses durant quatre ans, au milieu du bruit infernal des canons, à devoir se battre aussi contre le froid et la faim.

« Il est triste de voir que ce monument reste dans l’ombre malgré un petit projecteur fort discret à son pied. Sans investir des centaines de milliers de dollars, on devrait mettre le cénotaphe en évidence. Le rendre visible nuit et jour, avec un éclairage à la hauteur de sa valeur historique ainsi que du symbole identitaire qu’il représente encore de nos jours pour Sherbrooke. Qu’en pensez-vous », m’a écrit cette semaine Gilles Godbout.

J’en pense, M. Godbout, que vous venez de sonner une cloche pour casser la routine et nous sortir de la somnolence!

Il n’a pas été nécessaire d’éclairer l’hôtel de ville comme un casino de Las Vegas pour attirer les regards en rehaussant son caractère patrimonial. Les administrateurs municipaux ont cautionné l’installation de mobilier urbain et de lampadaires plus soignés autour du lac des Nations. De la même façon, Destination Sherbrooke a eu recours à des experts pour créer des jeux de lumière dans la gorge de la rivière Magog et ses sentiers récréatifs à vocation touristique.

Un peu gênant qu’une « veilleuse » éclaire le bas de pantalon des soldats du monument des Braves!

Ce filet de lumière est d’ailleurs si faible que personne ne s’était aperçu qu’il ne fonctionnait plus avant que La Tribune soulève cette question. Un électricien a été dépêché sur les lieux illico par la Ville pour éviter les reproches d’un manque de considération à l’approche des commémorations du centenaire.

« L’éclairage actuel est rudimentaire et insuffisant, j’en conviens. Le cénotaphe est un symbole identitaire dont on n’a pas à me convaincre puisqu’il apparaissait sur mes brochures électorales. Des sommes ont été allouées à Destination Sherbrooke pour des projets d’éclairage et nous demanderons à ce que celui-là soit hautement considéré », convient d’emblée le maire Steve Lussier.

« Je suis également d’accord. J’ai d’ailleurs demandé à ce que le dossier soit inscrit à l’ordre du jour de la prochaine réunion de la commission des arts visuels. La dernière restauration du cénotaphe remontant à 2009, ce n’était pas nécessairement dans les critères d’évaluation il y a dix ans. Cela dit, ce sont les balises techniques sur la pollution lumineuse qui devront nous guider », ajoute le président du comité de la culture, le conseiller Paul Gingues.

Protéger la toute première réserve étoilée à avoir été reconnue mondialement, celle du Mont-Mégantic, est effectivement un devoir. Mais il ne faudrait pas non plus que les comités municipaux se montrent aussi pointilleux sur l’éclairage du cénotaphe qu’ils l’ont été sur l’ajout de deux plaques au monument des Braves.

La Ville a refusé ces derniers mois la demande de membres de l’Association des vétérans de l’armée, de la marine et de l’aviation du Canada pour ajouter au cénotaphe des plaques qui auraient rappelé la participation des militaires canadiens à la Guerre de Corée (1950-1953) ainsi qu’à la mission de paix en Afghanistan (2001-2014).

Parmi les motifs de ce refus, les analystes municipaux ont noté que le cénotaphe de la rue King honore la mémoire de soldats tués et non des survivants.

« Il y a une coquille dans les textes du monument des Braves. La version anglaise ne réfère qu’aux seuls disparus alors qu’il est fait mention des survivants dans la version française. J’ai eu beau plaider cela, je n’ai pu obtenir une décision à la satisfaction des requérants », admet le conseiller Gingues.

Paix sur la terre aux décideurs de bonne volonté!