Notre maire a besoin d’une pause salutaire dans le temps des fêtes pour reprendre ses esprits.

Si la mairie vous intéresse

PERSPECTIVES / À l’automne 2017, tout s’est effondré pour Bernard Sévigny durant le dernier mois de sa campagne à la mairie. Steve Lussier se trouverait probablement lui aussi dans une position assez précaire s’il devait se présenter devant l’électorat sherbrookois en cette période de turbulence.

Avec six conseillers dissidents contre neuf élus en faveur, son deuxième budget a obtenu à peine la note de passage de 60 pour cent lundi soir. La glace est mince sous ses patins.

Alors qu'il se déclarait le mois dernier pleinement satisfait de sa première année à la mairie et heureux « d’attirer le positif », M. Lussier vient plutôt de s’inscrire dans le livre des records de l’histoire contemporaine de Sherbrooke : aucun maire n’avait encore été à ce point désavoué lors d’un vote sur le budget depuis la création de la ville unifiée en 2002.

Les procès-verbaux des assemblées budgétaires disponibles sur le site internet de la Ville remontent en 2008, année où Bernard Sévigny et Robert Pouliot avaient voté contre ce qui fut le dernier budget de Jean Perrault.

Certains budgets de M. Sévigny ont par la suite été contestés durant ses deux mandats à la mairie, mais l’ancien chef du Renouveau sherbrookois n’a jamais subi un pareil désaveu, même du temps où son parti était minoritaire au conseil municipal.

Le mécontentement provoqué par la fusion imposée par Québec ainsi que la méfiance des anciens citoyens des villes de banlieue à l’égard de la « grosse machine bureaucratique » de Sherbrooke avaient auparavant obligé Jean Perrault à manœuvrer avec tact et diplomatie pour prévenir un braquage des anciens maires qui, comme lui, se retrouvaient au conseil de la nouvelle ville.  

La bataille électorale de M. Perrault en 2001 contre l’ancien maire de Saint-Élie-d’Orford, Richard Gingras, qui avait été leader de la banlieue en présidant la défunte MRC de Sherbrooke, avait causé un certain clivage entre les « anciens » et les « nouveaux » Sherbrookois. Les élus ont eu à ménager les susceptibilités.

En dépit des surtaxes imposées dans les anciennes villes de banlieue afin d’uniformiser le compte de taxes, qui est aujourd’hui le même pour tous, tous les budgets de M. Perrault ont été endossés par les conseils municipaux, non sans critiques, mais sans la menace d’être coulés par une majorité d’opposants.

Des traits d’impatience et d’irritabilité sont par ailleurs apparus cette semaine chez Steve Lussier, qui a même invité des citoyens qu’il jugeait trop partisans à afficher dès maintenant leurs aspirations à devenir maire.

« On se reverra dans quatre ans » a-t-il répondu sèchement.

M. Lussier peut toujours prétendre que ces prises de bec sont le reflet de sa fougue et de sa passion, mais encore faut-il que l’énergie débordante soit canalisée de la bonne façon et pour les bonnes raisons.

Les chefs des deux partis municipaux, Évelyne Beaudin, de Sherbrooke Citoyen, et Vincent Boutin, du Renouveau sherbrookois ont voté contre le budget. Les dissidents sont cependant deux fois plus nombreux dans le camp des conseillers indépendants.

Ceux qui tenaient les partis municipaux responsables des tiraillements politiques à l’hôtel de ville de Sherbrooke sont à court d’arguments là-dessus. Celles et ceux qui ont promis il y a un an aux citoyens une plus grande harmonie au conseil municipal en élisant des élus indépendants, dont M. Lussier, n’ont rien prouvé en ce sens non plus. La défiance de M. Lussier pour la mairie trois années d’avance est le contraire du leadership rassembleur qu’il avait promis.

La tâche est accaparante, épuisante, et notre maire a besoin d’une pause salutaire dans le temps des fêtes.

Chose certaine, en invitant ses adversaires déclarés ou encore des personnalités qui pourraient avoir un certain intérêt pour la politique municipale à s’organiser dès maintenant en prévision de la prochaine course à la mairie, M. Lussier pourrait compliquer sa réélection.

Une embellie pointe dans les finances municipales. Rappelons que le pacte fiscal que l’Union des municipalités du Québec veut faire approuver par le gouvernement Legault pourrait rapporter une vingtaine de millions chaque année à la Ville de Sherbrooke.

Au même moment, les coûteux remboursements pour les caisses de retraite passeront de 10 à 8 M$, puis chuteront à moins de 1 M$ durant le mandat de quatre ans qui sera à l’enjeu en 2021. S’il y a un rendez-vous électoral à ne pas manquer pour espérer devenir maire, c’est celui-là.

Avec autant d’argent disponible, les candidats pourront peut-être même promettre deux gels de taxes consécutifs en étant crédibles.

Si la mairie vous intéresse, mettez votre CV à jour et partez à la recherche d’organisateurs. Le maire Lussier est impatient de vous affronter!