Jean-François Rouleau était entouré de sa famille pour annoncer sa décision.

Sans passion, on rentre à la maison

CHRONIQUE / La réflexion de Jean-François Rouleau au cours de deux dernier mois l'a mené dans un corridor étroit : ou il se dressait en face de Bernard Sévigny et l'affrontait à la mairie ou alors il annonçait son retrait de la vie politique.
M. Rouleau souhaitait depuis le début qu'un autre que lui monte au front. Il aurait quitté son poste de conseiller avec empressement pour éviter tout imbroglio si son gendre, le ministre Luc Fortin, s'était laissé tenter le printemps dernier par la mairie. Comme on le sait, le ministre Fortin a choisi de rester à Québec.
Le conseiller Rouleau l'avoue sans détour, il aurait été équipier de Jean Perrault si ce dernier avait tenté un retour. Le vétéran Rouleau a cependant interprété le désistement de M. Perrault comme une condamnation à passer quatre années supplémentaires dans les estrades.
Les pressions se sont accentuées pour que le représentant du quartier universitaire joue le tout pour le tout et pose sa candidature à la mairie.
« J'ai eu beaucoup de discussions avec Jean Perrault, avec mon ex-collègue Bernard Tanguay de même qu'avec Louise Allard et Jean-Yves Laflamme, qui ont été chef de cabinet de M. Perrault. J'en suis venu à la conclusion que je ne fais pas partie de l'équation du changement », admet M. Rouleau.
« Nous avions des gens prêts à l'appuyer et je pense sincèrement que Jean-François avait ce qu'il faut pour battre Bernard Sévigny. Mais, je le sentais plus proche de ses petits-enfants que des enjeux municipaux. Or, on ne conseille pas à un ami de se jeter dans la fosse aux lions s'il n'est pas prêt à s'engager à fond », analyse Richard Lessard, qui a été de toutes les batailles politiques depuis 27 ans avec Jean-François Rouleau.
Âgé de 62 ans et avec un quatrième bébé en route, Papi Rouleau a d'autres priorités.
« Ma meilleure fenêtre pour la mairie fut en 2009, après le départ de Jean Perrault. Mais je n'étais pas prêt... »
Jean-François Rouleau était alors dans la mi-cinquantaine, à l'âge des grands défis. Il ne cache pas avoir opté pour la sécurité financière d'un élu de quartier pour ajouter à son salaire de gestionnaire à la SAQ le revenu d'appoint dont il avait besoin pour rembourser sa dette comme candidat libéral défait à l'élection fédérale de 2000.
M. Rouleau a ensuite été pressenti comme candidat à la mairie en 2013. À ce moment-là, le maire Sévigny a habilement menotté ses adversaires potentiels en axant sa campagne sur sa réforme de la gouvernance, transformation avec laquelle M. Rouleau était d'accord.
« J'ai eu confiance dans certaines propositions du maire Sévigny, sauf que nous avons atteint au cours du dernier mandat un niveau de mesquinerie que je n'avais jamais vu auparavant. J'ai essayé de provoquer des choses, de mobiliser les indépendants, mais j'en suis venu à la conclusion que je ne fais pas partie de l'équation du changement. J'aimerais que ma décision soit un électrochoc, que les Sherbrookois comprennent que ça prend un grand ménage à l'hôtel de ville. Je vais travailler jusqu'à la dernière minute le jour de l'élection à faire battre le maire Sévigny. »
Jean-François Rouleau est aigri, il terminera sa carrière de 27 années en politique municipale comme gérant d'estrade au lieu d'être l'agent de changement qu'il a été sous Jean Perrault.
Son départ ouvre cependant la porte dans son quartier à la conseillère Nicole Gagnon, candidate du Renouveau sherbrookois. Ce siège devient prenable alors que le parti du maire n'y songeait même pas auparavant pour obtenir les huit sièges qui seront dorénavant nécessaires pour détenir la majorité à l'hôtel de ville.
La résistance au maire ne s'amplifie pas nécessairement au lendemain de l'annonce de la décision de Jean-François Rouleau. Bernard Sévigny doit même avoir envie de le féliciter pour son départ et pour sa sagesse...