Il n’y a rien comme une bonne tempête pour tester la robuste génétique dont nous avons hérité, qui déclenche d’instinct l’esprit de solidarité.

Refuges en milieu scolaire

CHRONIQUE / L’initiative de citoyens de Saint-Claude ayant préparé des repas chauds à l’intention des enfants que les autobus n’avaient pu ramener à la maison en raison du mauvais temps, lundi soir, a été saluée par le président de la Commission scolaire des Sommets, Jean-Philippe Bachand.

« Tout le monde s’est serré les coudes dans cette situation exceptionnelle. Les enfants étaient en sécurité et au chaud », s’est réjoui M. Bachand à l’antenne de Radio-Canada Estrie en précisant qu’aucun gymnase n’avait finalement servi de dortoir.

Il n’y a rien comme une bonne tempête pour tester la robuste génétique dont nous avons hérité, qui déclenche d’instinct l’esprit de solidarité ayant permis à nos aïeux de survivre aux hivers éprouvants.

Inspirons-nous d’ailleurs de la sagesse des explorateurs, qui documentaient leurs épreuves dans les moindres détails. Inscrivons dans notre guide de survie les noms des généreux s’étant portés volontaires pour protéger les enfants de la famine. Évaluons, tant qu’à y être, si des initiatives spontanées ne devraient pas passer par l’hôtel de ville.

Transformer une école en centre communautaire lorsque la coordination des mesures d’urgence relève des autorités municipales, ça se voit régulièrement. L’inverse est plus rare. Le soutien promis aux autorités scolaires dans le plan de mesures d’urgence d’une municipalité ou d’une MRC se limite très souvent à la planification des interventions en cas d’incendie ou d’une atteinte quelconque à la sécurité.

Chapeau pour la gestion de crise de lundi qui n’était pas une mince tâche puisque le territoire de la Commission scolaire des Sommets (CSS) couvre 37 municipalités et trois MRC (Memphrémagog, des Sources et Val-Saint-François) ayant chacune leur propre schéma de couverture de risques pour répondre aux exigences provinciales en matière de sécurité publique.

« Nous avons aussi notre propre plan de match et nous l’avons suivi en mettant à contribution chacun des établissements. Les besoins avaient été bien identifiés dans les six écoles pour lesquelles le transport scolaire n’a pu être assuré et tout avait été mis en œuvre afin que nous puissions y répondre adéquatement si l’hébergement s’était avéré nécessaire », a passé en revue la directrice générale de la CSS, Édith Pelletier.

S’il eut fallu, en plus du souper du soir, servir le petit déjeuner du lendemain et offrir aussi le repas du midi aux enfants sans lunch, comment les besoins alimentaires auraient-ils été comblés?

« Nos écoles sont autonomes, elles ont l’habitude de parer aux imprévus en s’approvisionnant auprès d’épiceries de leur milieu », précise Mme Pelletier.

Il y a pas lieu d’en douter.

Si je saisis bien, cela revient par contre à dire que la délicate attention des voisins de Saint-Claude a été appréciée. Mais comme elle n’était pas dans le plan, elle n’était pas vraiment nécessaire. Au risque de passer pour un vil bureaucrate n’accordant aucune valeur à l’entraide communautaire et aux initiatives citoyennes, la planification en matière de sécurité publique suggère de laisser le moins de place possible à l’improvisation.

« Notre planification est sérieuse, rigoureuse, et elle a été déployée avec le souci de dédramatiser la situation. Ça aurait été plus un party qu’une condamnation si les enfants avaient dormi à l’école. C’est probablement la suggestion que nous aurions faite aux parents si nous avions été en mesurer de parer à une panne d’électricité. Nous n’avons pas de génératrice comme source d’appoint... » précise Mme Pelletier.

S’il y a des bénévoles fiables pour la sauce à spaghetti et la tarte aux pommes, confie-t-on plutôt au maire ou aux permanents de la municipalité la tâche d’identifier les voisins qui pourraient dépanner l’école avec une génératrice la prochaine fois?

Il aurait été plus logique de garder les enfants au chaud, en gang, à faire le party dans le refuge scolaire que de les renvoyer sur des routes périlleuses, même sous la supervision responsable de leurs parents, sans décompte du nombre de résidences vulnérables aux pannes d’électricité.

La soirée de lundi a été un bon test et la réponse de la Commission scolaire a été à la hauteur. Ses dirigeants méritent une note quasi parfaite pour leur prévoyance.

Dans la superposition des structures, un besoin primaire a cependant été oublié. Le problème n’étant pas très compliqué à régler, il suffit que chaque municipalité aille vers son école sans attendre que la Commission scolaire ait 40 organisations différentes à solliciter pour continuer à améliorer la gestion concertée.