Le contact avec l'immensité devient rapport de proximité. Le déclin du jour place le spectateur dans l'ombre d'une luminosité qui entre dans le col montagneux par une fenêtre de plusieurs centaines de mètres.

Récompense sucrée sans trop d'efforts

CHRONIQUE / En ce deuxième samedi consécutif de beau temps et de douceur estivale, mon cerveau a été mis en demeure : tu sors de la politique et tu nous sors tout court!D'accord.
« L'Abri du Rocher » est un toit de granit qui pourrait couvrir une mini-maison. -
Touriste de passage en Estrie ou lecteur assidu, je te livre un de mes secrets. Je t'emmène dans l'un des refuges à moins d'une heure de Sherbrooke, au Pain de sucre.
J'ai hésité, car tu le dis à un, qui va le répéter à l'autre, ça va se répandre sur Facebook, et la cachette va devenir un stationnement de centre commercial. Mais on ne peut agir en égoïste quand la nature est aussi généreuse.
En consultant votre GPS pour vous rendre au parc national du Mont-Mégantic, il vous proposera la porte d'entrée la plus populaire, celle de Notre-Dame-des-Bois. Programmez-le plutôt pour l'entrée du côté Franceville, qui se trouve à la sortie du village de Scotstown.
Qui dit parc du mont Mégantic, dit observatoire. Il est vrai que du sommet, la vue est époustouflante. Elle porte de jour comme de nuit. Alors que le clarté nous donne le sentiment d'être un géant, dans la noirceur, la voûte céleste nous réduit en particule de l'infini. L'ascension en vaut la peine, mais prévoyez qu'avec une dizaine de kilomètres à parcourir dans la Boucle du Mont-Mégantic ou dans celle du Mont-Saint-Joseph, à moins de sprinter, vous êtes parti pour la journée.
Accessibles depuis 2011 via le secteur de Franceville, les parcours du versant ouest ont accru la notoriété et la popularité du parc, dont l'affluence a atteint l'an dernier les 100 000 visiteurs. De ce
côté, le Sentier des Cimes mène à la « Porte du Ciel » puis, un peu plus haut, au « Pic de l'Aurore ». Les deux offrent une vue plongeante procurant un sentiment d'immensité. C'est de toute beauté! Mais, là aussi, l'aller-retour sollicite de la puissance dans le mollet et ajoute une douzaine de kilomètres au compteur. En prenant le moindrement le temps d'apprécier les différents points de vue, c'est une excursion d'une journée.
Pour tout dire, c'est au lendemain d'une cuite que nous avons découvert, des amis et moi, que le paradis ne se trouve pas nécessairement sur le point le plus haut et qu'on peut l'atteindre au prix de peu d'efforts.
Nous étions en fin de semaine dans les chalets EXP. Comme le bonheur de l'excursion plus ambitieuse du samedi a baigné dans la fraternité pas mal tard, le dimanche, certains s'en sont tenus à un bain de soleil dans l'aire de pique-nique conviviale du centre de services.
Mais avec une patience écourtée (par la fatigue, mettons!!!!) : on vous attend quelques heures, autrement les excursionnistes devront faire du covoiturage. Ça nous a tout de même laissé assez de temps pour parcourir le Sentier des Escarpements, un trajet deux fois plus court que ceux précédemment évoqués.
Durant le premier segment de 2,5 km, on grimpe à peine de 100 mètres. La dernière partie de l'ascension est plus exigeante, car le même gain en altitude s'effectue en moins de 1 km. Sauf que le sentier est jalonné d'endroits qui incitent naturellement à prendre une pause.
« L'Abri du Rocher » est un toit de granit qui pourrait couvrir une mini-maison. On longe de hautes parois qui tracent un corridor de marche sur du roc que nos chaussures n'useront jamais. Puis, le granit se déroule à l'horizontale pour nous offrir un banc sur lequel de 20 à 30 personnes peuvent prendre place.
« Pain de sucre »
Sortez la bouffe et les rafraîchissements, vous êtes rendus au sommet du « Pain de sucre », c'est la cafétéria du paradis!
« Cet endroit méconnu est un coup de coeur, autant de notre équipe que des visiteurs qui le découvrent. C'est le meilleur ratio effort/beauté du parc », convient d'emblée la responsable du service à la clientèle, Marie-Georges Bélanger.
Ce belvédère a été baptisé le « Vertige des Escarpements » en référence au vide dans lequel une vingtaine de pas de plus nous lanceraient. Sauf que les arbres, qui dansent au gré des vents et qui nous chatouillent pratiquement le dessous des pieds, atténuent l'effet de hauteur.
Le contact avec l'immensité devient un rapport d'intimité, de proximité. Les éclairagistes du Ciel font des prouesses techniques, car le déclin du jour place le spectateur à l'ombre d'une luminosité qui entre dans le col du massif par une fenêtre large de plusieurs centaines de mètres. La mise en scène est parfaite.
C'est un spectacle tellement beau qu'on oublie que la noirceur qui s'en vient rendrait la descente périlleuse. Sans l'imposer, les gestionnaires des parcs nationaux déconseillent aux randonneurs d'attendre l'obscurité pour rentrer, règle élémentaire de prudence.
Raison de plus pour retenir que c'est le perchoir qu'on atteint le plus rapidement pour jouir des premières lueurs du matin ou pour voir le jour s'éteindre, même si l'on ne dispose que de quelques heures pour s'évader. C'est le genre de sortie pour laquelle le déclic peut se faire tardivement : on y va? Go, c'est parti!
« Vous rendrez probablement l'endroit plus populaire, mais n'ayez crainte, nous avons suffisamment d'espace pour accueillir davantage de randonneurs sans créer d'embouteillage, et tout en veillant à préserver la quiétude de ce lieu magnifique », assure la directrice du parc, Nathaël Bergeron.
Je n'en doute point. D'ailleurs, tout contemplatif qui roule en sens inverse de la circulation aux heures de pointe réussit toujours à se contenter.
Aujourd'hui, demain, le mois prochain, et particulièrement lorsque les couleurs automnales seront flamboyantes, inscrivez ce paradis sur votre « To do list ». Le Pain de Sucre est du bonbon.