Ramassez-vous!

Samedi matin, c'était une poubelle à ciel ouvert. Dimanche matin, c'était pareil. Lundi matin, il n'y avait toujours pas eu le moindre effort pour démontrer un brin de civisme ou encore de respect envers la communauté de Lennoxville.
La tradition des partys bien arrosés s'est poursuivie vendredi soir à l'Animal House, le lieu culte qui est l'extension du campus de l'Université Bishop's ainsi que l'une des portes d'entrée du « Village étudiant ». La Ville a officialisé cette désignation l'an dernier en finançant un aménagement paysager et en y installant un panneau d'accueil.
Bien que la célèbre maison ait meilleure mine qu'avant, ses locataires sont toujours habités par le même je-m'en-foutisme. Une désinvolture qui ressemble à un doigt d'honneur, à un vulgaire fuck you.
Des corps morts qui traînent au lendemain d'un party, ça arrive dans les meilleures familles. Mais arrive le moment de faire le ménage. Ramassez-vous, bordel!
« L'objectif des investissements municipaux est de créer un sentiment d'appartenance, de rendre les étudiants fiers de leur quartier. L'Animal House reste un cas problématique. On a beau demander, insister, relancer, la discipline ne dure pas. La collaboration du propriétaire de l'endroit, non plus » rageait le président de l'arrondissement de Lennoxville, David Price, à la vue des débris laissés au sol.
L'endroit a fait la manchette à l'automne 2015 après que des fêtards eurent converti la corniche de l'immeuble en bar-terrasse.
« Est-ce que les plaintes se sont multipliées cette année? Non. Au lieu de nous tomber dessus, vous devriez relever les améliorations » fustige à son tour Philippe Bergeron, le gestionnaire de cette résidence locative hébergeant 16 étudiants.
« Nous avons manifesté notre bonne foi et notre volonté de faire cesser les débordements en consultant les pompiers pour vérifier comment nous pouvions bloquer les fenêtres pour empêcher les rassemblements sur la corniche. Nous y sommes parvenus en installant des fenêtres carrelées. D'autres travaux coûteux ont été réalisés pour améliorer la qualité du bâtiment. Nous répétons constamment aux occupants qu'ils doivent être de bons voisins. Nous leur interdisons notamment de sortir du mobilier à l'extérieur » ajoute M. Bergeron.
Si elle en est une, cette règle a été ignorée au cours de la fin de semaine.
« Les organisateurs l'ont échappé. Les partys à l'Animal House sont une tradition de longue date qu'on n'arrivera probablement jamais à briser » argue à cet effet le gestionnaire de l'immeuble.
Le conseiller Price n'achète pas cette dernière excuse.
« Personne n'a jamais voulu empêcher les étudiants de festoyer. Pas plus là qu'ailleurs. Il y a d'autres lieux de rassemblement à Lennoxville et les problèmes n'y sont pas aussi répétitifs ».
À peine 15 minutes de bon sens auraient suffi pour que la fête soit perçue autrement. il eut suffi de rouler un bac de recyclage jusqu'au tas de débris pour en disposer rapidement et intelligemment.
Un comportement peu éloquent et pas très conséquent avec les efforts d'embellissement que la Ville déploie au centre-ville de Lennoxville au rythme d'investissements de l'ordre de 100 000 $ par année.
Qui doit fixer les limites de la tolérance?
« Les miennes sont dépassées depuis longtemps! Mais sans des procédures judiciaires longues et compliquées, la Ville ne peut pas envoyer une équipe de nettoyage et facturer les frais ensuite. C'est une propriété privée sur laquelle nous n'avons même pas le droit de poser le pied. Comme l'Université ne peut prendre aucune mesure à l'encontre d'étudiants pour des gestes commis à l'extérieur du campus, elle n'a pas de prise directe sur les délinquants non plus. Des approches ont même déjà été tentées auprès de parents. À part se faire dire, we're sorry, nous n'avons pas vraiment obtenu d'engagements et ça se comprend : les universitaires n'ont plus l'âge de la discipline parentale » rapporte David Price.
Les constats d'infraction et les amendes encore plus salées en cas de récidive ne fonctionnent pas non plus?
« Nous avons obtenu un certain succès en portant l'amende à 1200 $ pour un manquement répété à l'un de nos règlements. Il faut continuer à manifester plus de fermeté envers les récalcitrants. Au moment de quitter la politique, dans six mois, ce sera l'une de mes plus grandes déceptions de n'avoir pu régler ce problème » confesse l'ancien maire de Lennoxville.
La politique est alimentée par le désir de changer de monde. Juste sortir la bêtise de l'Animal House est un méchant contrat!
Illustration(s) :
La Tribune, Luc Larochelle
L'Animal House se trouve à l'approche du campus de Bishop's et à l'entrée du périmètre que la Ville de Sherbrooke a officiellement désigné l'an dernier comme le «Village étudiant», pour créer un plus fort lien d'appartenance et rendre les universitaires plus soucieux de la vie de quartier. Animal House