Pendant que certains choix politiques sont plutôt acides et que le français trempe dans le vinaigre au pays de Doug Ford, les castors des deux peuples fondateurs redoublent encore aujourd’hui d’ardeur à préparer l’avenir ensemble, dans les Townships.

Queue de castor et langue dans le vinaigre

PERSPECTIVES / On ne construit pas grand-chose avec 500 000 $ de béton. Ça paye à peine le coffrage d’une vingtaine de maisons. Injecté par contre pour cimenter les liens stratégiques entre deux universités et trois cégeps, le même demi-million peut renforcer pour la peine les points d’ancrage d’une communauté.

L’Université et le Collège de Sherbrooke reçoivent une aide financière du gouvernement québécois au nom de leurs autres partenaires du pôle en enseignement supérieur de l’Estrie que sont l’Université Bishop’s, le Collège Champlain ainsi que le Séminaire de Sherbrooke.

Il s’agit d’un mariage d’intérêts entre trois institutions francophones et deux de la communauté anglophone. L’alliance implique quatre établissements publics et un cégep privé (secteur collégial du Séminaire).

Les différences linguistiques et culturelles qui divisent actuellement en éducation de même qu’en santé dans la province voisine de l’Ontario sont ici perçues comme valeur ajoutée et facteur de succès.

« C’est un énorme avantage, un luxe pour Bishop’s d’être entourée de tels partenaires et nous nous donnons un cadre structurant pour relever de nouveaux défis. Le 9 décembre marquait le 175e anniversaire de notre université et nous voulons construire l’avenir ensemble », décrit le principal de Bishop’s, Michael Goldbloom.

Les visées communes les plus évidentes sont celles de l’arrimage des programmes pédagogiques, les « passerelles » visant à rehausser la qualité de l’enseignement et le niveau de compétences des futurs diplômés.

La collaboration va cependant beaucoup plus loin.

Le recteur de l’Université de Sherbrooke détient un siège d’observateur au conseil d’administration de Bishop’s et vice versa. Le campus de l’arrondissement de Lennoxville a notamment misé sur l’expertise de l’ancienne rectrice de l’UdeS, Luce Samoisette, pour présider son comité d’audit.

« Pas plus tard que la semaine dernière, un spécialiste en gestion de risques de l’Université de Sherbrooke est venu travailler avec notre équipe à la mise à jour de nos plans d’intervention. Ce n’est pas une expertise que nous avons ou que nous pourrions nous payer sur une base permanente, mais c’est un autre exemple concret de cette collaboration », ajoute M. Goldbloom.

« Des collègues de l’Université de Bordeaux, où des programmes en génie sont offerts exclusivement en anglais, m’ont récemment demandé si nous comptions faire la même chose. Pas du tout, leur ai-je répondu : nous ne voulons pas enseigner du mauvais anglais et du mauvais génie! Nous marions nos forces avec l’équipe de Bishop’s et la présence de M. Goldbloom au sein de notre comité des ressources humaines est significative lors d’embauches stratégiques », illustre à son tour le recteur de l’Université de Sherbrooke, Pierre Cossette.

« L’apport et le rôle de chacun sont mis en valeur sans égard à qui peut avoir une plus grande importance qu’un autre. L’objectif est que les programmes académiques plaisent aux étudiants et qu’ils soient reconnus à leur juste valeur. Les deux tiers des emplois à combler sont de niveau supérieur et une bonne partie de ceux-là requiert une formation technique au niveau collégial. C’est un besoin auquel nous nous devons de répondre », enchaîne la directrice générale du Cégep de Sherbrooke, Marie-France Bélanger.

La protection des services informatiques figure également parmi les préoccupations des membres du pôle d’enseignement supérieur estrien.

« Dès qu’il a été connu que le Séminaire avait été victime d’un virus informatique, le mois dernier, les experts des autres institutions nous ont offert leur soutien. C’est un partenariat actif à tous les niveaux, institutionnel autant qu’académique, et pour lequel il n’y a plus de cloisons séparant le public du privé. C’est très stimulant de travailler à l’identification des meilleures pratiques et avec le souci constant de les améliorer », se réjouit la directrice de la seule institution privée, Caroline Champeau.

La formule est éprouvée, une dizaine d’autres regroupements du genre ont déjà reçu du financement de Québec. Les particularités linguistiques du pôle de l’Estrie attirent cependant le regard dans le contexte actuel. Pendant que certains choix politiques sont plutôt acides et que le français trempe dans le vinaigre au pays de Doug Ford, les castors des deux peuples fondateurs redoublent encore aujourd’hui d’ardeur, à préparer l’avenir ensemble dans les Townships.

Les deux universités veulent d’ailleurs se doter d’une politique d’accueil conjointe orientée spécifiquement vers les étudiants des Premières Nations canadiennes ou d’ailleurs dans le monde.