Après le début d'été maussade, la Fête du lac semble avoir eu un effet bénéfique plus marqué que d'habitude sur l'humeur des Sherbrookois. Plusieurs en ont fait la remarque au directeur général Jean-Pierre Beaudoin, qui s'en réjouit.

Quand la routine tombe en vacances

Chronique / Le beau temps a fini par se manifester, le soleil est assez vaillant pour qu'on sorte la crème solaire et le dollar canadien prend de la vigueur. Avec, en plus, une édition de la Fête du lac aussi endiablée, le bonheur des Sherbrookois est dans le plafond!
Je n'ai jamais accordé beaucoup de crédibilité aux palmarès se référant à l'Indice Relatif de Bonheur pour établir l'état de santé d'une communauté. L'étude réalisée il y a deux ans par Statistique Canada, qui avait avantageusement placé Sherbrooke (7e) parmi les villes canadiennes où les citoyens sont les plus heureux, m'avait laissé plutôt indifférent.
Pourtant, au milieu des milliers de festivaliers entassés cette semaine au parc Jacques-Cartier, j'ai eu l'impression d'avoir le bonheur comme voisin, de l'avoir vu se déhancher durant des spectacles, puis jaillir dans des pièces pyrotechniques arrimées à des séquences musicales de plus en plus raffinées.
C'est possiblement un des effets du début d'été maussade, mais la vibe de la Fête est plus forte que d'habitude sur l'humeur, cette année. Êtes-vous d'accord?
On passe dans les nids-de-poule pour se rendre sur le site en les ignorant, car ce sont les charmes de la ville qui retiennent plutôt notre attention. À l'heure de pointe, avant ou après les feux, y'a moins de coups de klaxon, moins de conducteurs impatients.
Dans cet état zen, en vacances ou pas, on veille tard en pleine semaine. Minuit arrive sans qu'on s'en aperçoive. La routine a beau se faire insistante pour nous imposer sa discipline, c'est elle qu'on envoie au lit.
« Vous n'êtes pas le premier à me parler de cela. Les gens sont nombreux cette année à me dire : vous nous faites du bien. La Fête est plus grande que la Fête. Ses effets débordent du site et se propagent dans toute la ville. Tant mieux! » commente le directeur général de la Fête du lac, Jean-Pierre Beaudoin.
Au cours des dix dernières années, le budget de l'événement a plus que doublé. Il dépasse maintenant les 2 M$.
« C'est loin des 12 M$ du Festival d'été de Québec. N'empêche que la portion que nous allouons aux spectacles a doublé, elle, en seulement cinq ans. Hedley et Ziggy Marley ne feront pas le tour de tous les festivals du Québec au cours de l'été. Leur présence à Sherbrooke attirent des amateurs de loin. Grâce à ces artistes de renom, le rayonnement de la Fête augmente sans cesse, ailleurs au Québec, dans le reste du pays ainsi qu'aux États-Unis », poursuit M. Beaudoin.
Lors d'un arrêt au Bureau d'information touristique, j'en ai été témoin. Un groupe d'amateurs de motos de Montréal (pas ceux que l'on reconnaît à leur veste!!!) a téléphoné pour demander des informations à propos du site.
« Attendez-nous, nous y serons », a conclu celui ayant logé l'appel.
Les autres attraits de Sherbrooke suscitent également de l'intérêt. Après avoir visité leur fils qui vit à Montréal, Khadija et Ahmed Hamdi sont venus passer quelques jours en Estrie.
« Savez-vous que notre ministre de l'Agriculture, Aziz Akhannouch, est un ancien étudiant de votre université? Au Maroc, quand on entend parler du Québec, c'est soit de Montréal ou de Sherbrooke. Nous étions curieux de découvrir votre ville », me signale d'entrée de jeu Mme Hamdi.
Le couple qui vit à Casablanca a eu droit à une visite guidée de Nicole Robitaille, une bénévole inscrite au programme des Greeters.
« Nous avons raison d'être fiers de Sherbrooke, car les commentaires que je reçois de visiteurs sont très élogieux », me confie-t-elle.
Les Hamdi sont débarqués au Québec dans la tourmente de la défaite référendaire sur le cimetière musulman à Saint-Apollinaire.
« Ça n'a rien changé de notre perception des Québécois. Ce sont des frictions qui surviennent partout. Ce sont des trucs qui évoluent lentement. On apprend beaucoup plus sur une société au contact des gens. Veillez à préserver les arbres de vos belles et grandes forêts » s'est davantage intéressé M. Hamdi, un amateur de randonnée qui n'est pas ralenti par ses 70 ans.
Les foules sont denses à la Fête du lac et ça grouille également de visiteurs à l'extérieur. Les sourires sont généreux et chaleureux.
Le bonheur durant l'été, c'est juste de prendre du temps pour apprécier. Il en reste amplement le reste de l'année pour critiquer.