Le ministre Barrette et sa valise d'argent pour la santé sont devenus d'énormes panneaux publicitaires devant lesquels même le personnel administratif rampe avec dévotion.

Propagande invasive

CHRONIQUE / C'est devenu une religion, le slogan « Ensemble, on fait avancer le Québec » est placé bien en vue lors de chaque annonce provinciale. Le gouvernement Couillard ayant bien sûr veillé à ce que ce logo ait une ressemblance frappante avec les couleurs du Parti libéral du Québec.
Lors de la récente visite du ministre Gaétan Barrette, la dévotion avec laquelle une employée du service des communications du CIUSSS de l'Estrie-CHUS s'est démenée afin que l'écriteau pieux reste accroché au lutrin était particulièrement édifiante. Son ardeur rappelait celle de Jeanne-Mance, l'époque où les bonnes soeurs s'occupaient des malades en répondant à l'appel de Dieu.
Dès que l'écriteau se décrochait, elle s'empressait d'aller le replacer, marchant quasiment sur les genoux pour limiter la distraction. Le diable devait être dans la salle, car le satané carton a eu raison de son engagement. La scène a déridé l'assemblée.
Le marketing politique n'est pas d'hier. Sauf qu'il était autrefois la responsabilité de l'équipe d'un député ou d'un ministre. Voir aujourd'hui du personnel administratif du ministère de la Santé ramper pour assurer le relais de cette propagande ne devrait pas provoquer qu'un fou rire. C'est un danger sûrement aussi grand qu'un crucifix dans le hall d'entrée d'un hôpital. Plus, même.
Devant le tollé provoqué par le retrait d'un crucifix à la suite d'une seule plainte, l'Hôpital Saint-Sacrement de Québec a remis en place ce signe religieux, qui obtient en ces lieux une reconnaissance patrimoniale comme quoi les communautés religieuses ont été le socle de notre système public de santé.
L'Église catholique exigerait à cause de cela qu'il y ait encore aujourd'hui un crucifix dans chaque chambre, dans toutes les unités de soins d'un hôpital qu'on dirait WO, minute, monseigneur. Il n'en serait pas question.
Quand son oraison politique apparaît même au bas des brochures distribuées aux aînés ou affichées dans les résidences pour personnes âgées afin de rappeler comment se protéger de la chaleur, le gouvernement Couillard pousse la note pas mal fort.
J'ai contacté la direction de la Santé publique de l'Estrie pour demander si cette pratique provoquait un quelconque malaise. J'ai obtenu pour seule réponse que c'est du matériel fourni par le ministère. Nommée par le ministre Barrette, sa directrice, la Dre Mélissa Généreux, préfère ne pas commenter ce risque de contamination.
Ce n'est pas davantage de la présidente et directrice générale du réseau régional de la santé, Patricia Gauthier, qu'on obtiendra un avis là dessus. Le silence est d'or pour la gestionnaire que le ministre Barrette a placée au sommet de la mégastructure régionale.
Qu'en pense le président du conseil d'administration du CIUSSS, Jacques Fortier, choisi lui aussi par arrêté ministériel, mais à titre de représentant de la population?
« Je ne me suis jamais arrêté à cela et je n'ai aucun contrôle là-dessus. Ce qui m'importe, c'est que l'information soit diffusée de la meilleure façon possible, que les malades obtiennent les meilleurs soins et que nos grands projets avancent. Nous remplissons efficacement ces mandats », répond M. Fortier.
Cette efficacité a-t-elle à voir avec l'adhésion ou la tolérance à la propagande libérale?
« C'est votre mot, pas le mien. Quoi qu'il en soit, je ne fais aucun lien entre les deux » ajoute le président.
C'eut été maladroit de sa part de dire le contraire, car ayant siégé au défunt conseil d'administration au CHUS pendant 10 ans, M. Fortier sait mieux que quiconque que la région a obtenu sa juste part des investissements en santé même du temps elle avait la latitude de la neutralité.
Une recherche sur internet avec les mots « coup de chaleur » et « Estrie » vous le prouvera. Une brochure publiée en 2011 par l'Agence de la santé et des services sociaux de l'Estrie diffusait exactement la même information sans la moindre appropriation du gouvernement qui, rappelons-le, était également libéral il y a six ans.
Alors que j'attendais mon tour cette semaine pour une prise de sang, un tract gouvernemental affiché au babillard du centre de prélèvement a attiré mon attention.
« Porter plainte, c'est poser un geste constructif », peut-on lire. En associant cette action au logo apparaissant au bas de la page, c'est aussi une façon de faire avancer le Québec!
Pour contribuer donc au mieux-être de tous les Québécois, ensemble, protestons afin que cesse cette propagande intrusive : Dr Couillard, Dr Barrette, autres ministres et députés de la chapelle libérale, nous vous prions d'arrêter de jouer au curé. Après les coûteuses commissions sur la corruption, le financement occulte et illégal, épargnez-nous au moins celle du financement subliminal!