Alors que 146 constats d'infraction avaient été émis au cours des 40 premiers jours de travaux, une frappe plus musclée cette semaine s'est terminée avec 81 billets en seulement trois jours.

Prévention ou chantier fiscal?

CHRONIQUE / Des 48 chantiers routiers sur le territoire de Sherbrooke, la réfection du pont Joffre est assurément parmi les plus perturbants.
Les travaux de réfection du tablier, entrepris au début du mois de juin, causent un effet d'étranglement et obligent à changer de corridor de conduite sur l'artère ondulée et sinueuse qu'est la rue Galt à la hauteur du centre-ville.
La main-d'oeuvre spécialisée venant elle-même de changer de côté pour la seconde partie du mandat, voilà que les piétons se retrouvent sans trottoir pour traverser le pont d'un bout à l'autre. Obligés de contourner l'obstacle par la rue Aberdeen, ils n'ont pas qu'un p'tit détour.
Les cyclistes, quant à eux, se retrouvent face au dilemme du même détour ou forcés de s'engager à l'intérieur de corridors rétrécis à travers les véhicules.
Bref, il est normal, nécessaire et même indispensable que les policiers soient présents dans le secteur pour veiller à ce que les automobilistes lèvent le pied et respectent la limite de vitesse réduite à 30km/h dans cette zone de chantier. La direction du Service de police de Sherbrooke (SPS) n'a pas eu à m'en convaincre, j'habite dans le secteur de l'école Saint-François et j'emprunte ce pont plusieurs fois par jour.
Mercredi avant-midi, pas un ni deux, mais trois policiers-motards émettaient des contraventions à cet endroit. Cette force de frappe m'a laissé perplexe.
Selon des statistiques fournies par le SPS, les patrouilleurs ont émis 146 constats d'infraction pour excès de vitesse au cours des 40 premiers jours de travaux à cet endroit et 81... en trois jours cette semaine!
A-t-on ouvert un chantier fiscal sous le prétexte de la prévention?
« Nous n'allons pas sur les chantiers qui ne sont pas problématiques. L'entrepreneur a sollicité notre présence pour la sécurité de son personnel et nos patrouilleurs sont à même de relever les situations dangereuses auxquelles piétons et cyclistes sont exposés. Le fait que plusieurs conducteurs aient été pris en défaut appuie ces prétentions », explique le lieutenant Yves Rancourt, l'un des coordonnateurs au soutien opérationnel au SPS.
Parfaitement d'accord.
Mais en quoi un tel déploiement lors d'une présence ponctuelle de quelques heures est-il efficace? Dès que les policiers s'éloignent, les panneaux orangés sont souvent ignorés.
« Nous placerions un policier toute une journée à cet endroit qu'il émettrait sûrement plus de contraventions que les 28 ayant été distribuées par le trio de patrouilleurs mercredi avant-midi. Est-ce que la perception serait différente? J'en doute. L'arbitrage de la sécurité routière est comme l'arbitrage au hockey : aucun joueur n'aime se voir décerner une pénalité », poursuit M. Rancourt.
Lieutenant, vous est-il arrivé de voyager aux États-Unis? Avez-vous déjà remarqué à quel point la présence systématique d'un policier aux abords d'un chantier aux heures d'opération nous calme tout aussi systématiquement le pompon?
L'automobiliste prêt à prendre la chance que le chantier soit sans surveillance a de fortes chances d'y laisser une partie de ses économies...
« J'avoue que c'est une méthode qui conditionne le comportement des automobilistes, qui incite automatiquement à ralentir. Devrions-nous la mettre en pratique? Peut-être. Je ne suis pas fermé à l'idée. On pourrait même en faire une opération transparente, annoncée à l'avance dans les médias », réfléchit à voix haute le surintendant.
En plus de cliquer « J'aime » sur la page Facebook de la Ville, je laisserais un commentaire pour rappeler que 20 conducteurs ont trouvé le moyen de se faire prendre à rouler trop vite l'an dernier dans une zone scolaire au cours d'une opération dont le lieu et les heures avaient été communiqués préalablement dans les médias de masse autant que sur les forums sociaux. En pareille situation, quel délinquant peut se prétendre « victime d'une trappe à tickets »?
À l'opposé, l'image de trois conducteurs interceptés au même endroit, en même temps, et par autant d'agents m'a rappelé la frappe du printemps 2010, alors qu'une signalisation temporaire pour rendre une rue secondaire à sens unique pendant les travaux de réfection du pont de Montcalm (à la sortie du centre-ville par Belvédère) avait entraîné l'émission de 373 billets d'infraction (70 000 $ en amendes) en seulement 12 jours!
En dépit des justifications alors fournies, ce « geste de prévention » n'a jamais eu la moindre crédibilité politique ou administrative. Il reste incrusté dans les souvenirs comme un abus. C'est dire cependant que les 227 contraventions en neuf semaines sur le pont Joffre ne menacent en rien le record absolu du pont Montcalm, qui n'est pas près d'être battu!
Souhaitons-le du moins.
OUCH!
La sagesse au volant est un bon placement. Un billet d'infraction pour avoir roulé à 50 km/h dans une zone scolaire où la vitesse est réduite à 30 km/h coûte 102 $ (avec les frais) et un point à votre dossier de conduite. La même infraction en zone de chantier entraîne une amende de 199 $ avec perte d'un point.
Un conducteur intercepté à 77 km/h dans la zone de chantier du pont Joffre devra régler une facture de 662 $ à laquelle s'ajoute une pénalité de 10 points. Car, avec un écart aussi grand, l'infraction est sanctionnée avec la grille des vitesses excessives.
N'attendez aucune sympathie de moi si vous êtes intercepté à 147 km/h sur une autoroute ou à 97 km/h sur un boulevard de Sherbrooke. Vous n'aurez droit de ma part qu'à des remerciements pour votre contribution volontaire!