Un appui plus concret du BAPE, sur la forme autant que sur le fond, aurait rendu la voie de contournement politiquement incontournable pour sécuriser la population de Lac-Mégantic. Ce n'est pas le cas.

Oui, mais encore...

CHRONIQUE / Les élus de Lac-Mégantic obtiennent un coup de pouce de la part du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), mais pas d'appui pour démontrer l'absolue nécessité d'une voie de contournement pour sortir les rails du centre-ville. Loin de dissiper les doutes à ce sujet, le rapport du BAPE publié lundi les alimente.
« L'option 1, relative au statu quo, ayant été exclue d'office par la Ville de Lac-Mégantic, elle n'a pas été évaluée de façon rigoureuse et fine. Elle n'a pas non plus été clairement expliquée et présentée », peut-on y lire.
Le commissaire relève que deux des trois pétitions réclamant le déplacement des voies ferrées ont été réalisées durant les mois qui ont suivi la tragédie meurtrière de juillet 2013, laissant ainsi sous-entendre que ce souhait a été exprimé sous le coup de l'émotivité.
Dans le paragraphe suivant, cette requête est mise en opposition avec les commentaires formulés lors des audiences tenues au mois de mai, en retenant « que les participants perçoivent majoritairement le statu quo comme l'option qui présente les meilleures retombées ».
C'est accorder autant de poids aux citoyens s'étant fait entendre lors de cette consultation de deux jours qu'aux représentants politiques plaidant depuis quatre ans que le réaménagement de la voie ferrée est le seul moyen de rassurer les citoyens qui craignent de revivre un jour cet enfer.
« Nous étions tellement convaincus que la demande tombait sous le sens, que nous avons tenu pour acquis qu'il n'était pas nécessaire de se livrer à un exercice de persuasion. Si c'est utile de le faire, nous le ferons. Ce ne sont pas les recommandations simples et claires que nous attendions, mais ce rapport contient aussi ce dont nous avons besoin pour avancer. Lorsque le BAPE note que le statu quo implique une acceptation volontaire des risques en s'éloignant de principes relatifs à la prévention, à la précaution et à la protection de la santé, il donne du poids à nos arguments », pondère le maire suppléant de Lac-Mégantic, Pierre Mercier.
De fait, le BAPE reconnaît « qu'à ce stade-ci, l'option 3 représente la voie la plus avantageuse et qu'elle mérite une attention particulière en raison de ses avantages tant environnementaux que sociaux et économiques ». Or, c'est l'option préconisée par les élus de Lac-Mégantic, Nantes et Frontenac.
À propos de la voie reconstruite dans le centre-ville ayant été détruit par l'explosion de wagons-citernes, l'organisme de surveillance convient que « sa courbe plus prononcée accroît le risque potentiel d'accidents et amplifie le dilemme éthique entre choix populaire et choix sécuritaire ».
« Voilà pourquoi au-delà des questions soulevées, c'est un excellent rapport qui nous satisfait pleinement. Il faut continuer à travailler pour rallier le plus de monde possible. En même temps, nous savons qu'il n'y aura jamais de consensus », ajoute M. Mercier.
Un appui plus concret du BAPE, sur la forme autant que sur le fond, aurait rendu la voie de contournement politiquement incontournable pour sécuriser la population de Lac-Mégantic. Ce n'est pas le cas.
Les remarques se rapportant aux témoignages de partisans du statu quo, comme quoi « il est peu probable qu'une telle catastrophe survienne à nouveau » ou encore qu'il vaut mieux « canaliser les investissements et les énergies pour améliorer la sécurité du transport ferroviaire ainsi que celle du transport des matières dangereuses plutôt de construire une voie de contournement », ne passeront pas inaperçues auprès des instances gouvernementales.
C'est un rapport qui plaira aussi aux acteurs de l'ombre, ceux que nous n'entendrons jamais sur la place publique et qui émettent des réticences face à un financement en bonne partie avec des deniers publics d'une voie de contournement qui, au bas mot, coûterait 150 M$. Sinon davantage, ne manqueront pas d'ajouter d'autres récalcitrants dans le cadre de discussions derrière des portes fermées. Les craintes d'un débordement de coûts paieront les sièges de fantômes dans le train du statu quo, à Ottawa comme à Québec.
Le BAPE n'invalide aucunement le fondement des attentes des citoyens meurtris. Mais un rapport concluant que l'exercice de persuasion a été superficiel et incomplet n'est pas de nature non plus à augmenter la pression sur les ministres de qui la région attend des chèques.
C'est quasiment nous renvoyer à la case départ.