Les ventes de véhicules des neuf premiers mois de 2016 accentuent le virage pris l'an dernier alors que, pour la première fois, les consommateurs québécois ont acheté plus de camions que de voitures. La proportion qui était de 52 pour cent en 2015 a grimpé à 57 pour cent au cours des trois premiers trimestres de cette année.

Mon 4 x 4 et moi

CHRONIQUE / Les Québécois attendent l'hiver de pied ferme. Ils roulent de moins en moins avec le pare-chocs dans la gadoue parce que leurs véhicules sont hauts, plus costauds et ont pour la plupart la traction aux quatre pattes.
Les premiers mois de 2016 accentuent le virage de 2015 alors que, pour la première fois, les Québécois avaient acheté moins de voitures (48 %) que de camions (52 %).
À la fin de septembre, la proportion de camions parmi les 373 850 véhicules vendus par des concessionnaires québécois atteignait 57 %. Cette catégorie comprend les fourgonnettes et les populaires véhicules utilitaires sport (VUS).
Les préférences des Québécois sont en voie de s'inverser rapidement, car ce sont les voitures qui représentaient 57 % des ventes en 2012. Il y a à peine cinq ans.
Selon la Corporation des concessionnaires automobiles du Québec, les ventes de véhicules ont atteint 15 milliards de dollars l'an dernier dans la province pour un prix de vente moyen de 33 000 $.
Plus aisés ou irresponsables, les Québécois ?
Entre 2010 et 2014, la part des dépenses moyennes des ménages consacrée au transport n'a pas été plus élevée au Québec qu'ailleurs au pays. Dans les deux cas, elle s'est maintenue autour de 15 %, selon L'Institut de la statistique du Québec.
Le rapport périodique de la firme Équifax Canada a révélé la semaine dernière un accroissement de 4,4 % des dettes des Québécois au cours du 3e trimestre de 2016. À 18 714 $ (montant excluant les hypothèques), les dettes des Québécois demeurent cependant inférieures au passif moyen de 22 081 $ des autres Canadiens.
Desjardins relevait également au mois d'août un endettement personnel à la hausse, mais pas disproportionné par rapport à la capacité de remboursement de 85 % des Québécois. Plus préoccupant par contre, un ménage de 35 ans et moins sur cinq se retrouverait en « zone d'inconfort » avec un ratio dette/actifs supérieur à 80 %.
Voilà pour le portrait financier global. Sur une base plus personnelle, le compromis à la maison pour avoir un véhicule polyvalent et plus confortable est de « toffer » la voiture et, quand vient le temps, de la remplacer par une autre voiture d'occasion plus récente. Cette approche à deux vitesses préconisée dans plusieurs ménages pourrait toutefois devenir plus compliquée.
Le recul dans les ventes de voitures l'an dernier a représenté 10 700 véhicules. C'est à peine 5 % du parc de voitures neuves vendues en 2015. Les neuf premiers mois de 2016 ont cependant déjà rayé 14 000 voitures additionnelles, un autre 8 %. Le virage vers les camions va produire un double effet puisqu'il se répercutera aussi dans le marché des voitures d'occasion. Les véhicules secondaires à bas kilométrage, très recherchés parce que moins coûteux à l'achat et peu gourmands en carburant, vont devenir une denrée rare. Nous risquons d'avoir à ajuster le budget du second véhicule à la hausse.
On fera quoi au Québec avec 300 000 camions usagés si le marché d'une seule année grimpe un jour à ce niveau ? Un bassin élargi existe, les Américains sont avides des VUS n'ayant affronté que quelques hivers canadiens et qui leur sont offerts en devise avantageuse.
Faut pas écarter l'hypothèse non plus qu'une partie d'entre eux finissent dans notre cour, car n'ayant pas les moyens d'acquérir un deuxième véhicule valant 33 000 $ à l'achat, même à 50 ou à 60 % de son prix initial, il se peut qu'on réponde autrement à nos besoins. Qu'on en vienne à voir le VUS comme le véhicule d'hiver et des usages secondaires et qu'on se mette un jour à racheter des voitures neuves.
Ça ne serait pas une mauvaise affaire. Là, on fait juste parler des considérations financières, on ne s'est même pas encore flagellés avec les répercussions environnementales. Au fait, mon coco, n'est-ce pas en partie à cause de la multiplication de ces véhicules populaires auprès des chasseurs comme toi que le climat se réchauffe, que les orignaux n'arrivent plus à se débarrasser des tiques qui dévorent le cheptel tout rond, me taraude soudainement ma conscience.
C'est vrai. Les impacts de nos choix un peu bêtes nous sautent aux yeux drette icitte, sans qu'il soit nécessaire d'aller au nord pour voir fondre la banquise des ours polaires.
Comme un VUS c'est probablement un de trop, êtes-vous d'accord à ce qu'on convienne dès maintenant de ne pas pousser la bêtise jusqu'à avoir deux 4 x 4 dans chaque cour ?