Même si les gestes posés par les hommes sont souvent plus violents et émotivement plus déstabilisants que ceux commis par des femmes lors de drames familiaux, les règles de justice sont appliquées de la même façon.

Mère dépressive, père meurtrier

CHRONIQUE / La frêle Nancy Landry a pris le chemin des cellules, mardi, après avoir admis qu'elle avait drogué son fils de trois ans avec des médicaments, puis l'avait privé d'air jusqu'à ce qu'il succombe.
Mme Landry risquait une peine d'emprisonnement à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans avec l'accusation de meurtre au premier degré qui pesait initialement contre elle. La sentence rendue est de huit années de pénitencier à la suite de son plaidoyer de culpabilité à une accusation réduite d'homicide involontaire.
« L'état dépressif de Nancy Landry aurait pu affecter son jugement et l'intention criminelle nécessaire pour soutenir le meurtre au premier degré », a invoqué le procureur de la Couronne Andy Drouin pour justifier l'allègement des charges.
Les enfants, et encore plus en si bas âge, sont sans défense. Ils sont vulnérables à la détresse des adultes et souvent entraînés dans la dérive de l'un ou l'autre de leurs parents.
Dans un monde idéal, ces petits devraient être systématiquement protégés d'une mère ou d'un père fragilisé. C'est la protection qu'ils mériteraient, qu'on voudrait leur assurer. Dans la réalité les fins précipitées devancent brutalement les approches raisonnées.
C'est très visible, Nancy Landry est restée hypothéquée par les graves blessures qu'elle s'est infligées en « voulant partir » avec son fils. Ses séquelles au cerveau, causées par la perte d'une importante quantité de sang le jour du drame, expliqueraient d'un point de vue médical ses trous de mémoire face à ces tristes événements. C'est un autre élément qui a été pris en considération par le tribunal.
Sans remettre rien de tout cela en cause, je soulève la question : se peut-il qu'une mère dépressive soit jugée moins sévèrement qu'un père déséquilibré se voyant coller l'étiquette de sans-coeur et de meurtrier dès qu'on apprend qu'il est tenu pour responsable d'un drame familial?
« Les tribunaux, non. Pour ce qui est de l'opinion publique, je suis portée à croire comme vous que la perception peut varier en fonction des sexes et selon les circonstances », répond l'avocate Mia Mannocchio qui a assuré la défense de Nancy Landry.
Je trace ce parallèle et vous pensez, j'en suis sûr, à Guy Turcotte. À l'acharnement dont ce médecin a fait preuve sur les corps de ses deux enfants, une brutalité qui a poussé l'aiguille de l'indignation au bout du cadran.
Les pères qui perdent le contrôle sont très souvent violents. L'homme de Terrebonne que la vengeance a poussé en 2015 à tuer ses deux fils par balle, puis à aller assassiner un avocat avant d'incendier sa maison et se donner la mort, avait lui aussi fait preuve d'une agressivité quasi animale pour laquelle il n'y aura jamais d'empathie même avec l'explication de signes dépressifs préalables.
Dans un autre cas ayant été largement médiatisé, Sonia Blanchette faisait face aux accusations les plus graves de meurtres prémédités pour avoir noyé ses enfants de 5, 4 et 2 ans en décembre 2012 dans son logement de Drummondville. Si la mère désemparée ne s'était pas laissée mourir de faim avant de subir son procès, aurait-elle pu invoquer sa fragilité comme facteur d'égarement?
Peut-être, mais aucune voie en ce sens n'est tracée du seul fait que l'accusée est une femme. Cathie Gauthier, seule survivante d'un pacte de suicide convenu avec son mari et qui avait emporté les quatre autres membres de sa famille dont ses enfants de 12, 7 et 4 ans, a été trouvée coupable d'actes prémédités à Saguenay.
Il y a quatre ans, les accusations de meurtre au premier degré ont tenu jusqu'à la fin du procès d'Adèle Sorella, une femme de Laval trouvée coupable d'avoir tué ses deux filles. Les corps de ces dernières avaient été retrouvés inanimés, sans marques de violence. Même si ces décès avaient été provoqués subtilement, de manière insidieuse, ils ont valu à Mme Sorella une peine d'au moins 25 années de prison.
Chaque cause est unique, et il n'est pas davantage vrai que la violence masculine est jugée plus sévèrement. La semaine dernière, un homme de 38 ans a plaidé coupable à des accusations réduites de meurtre au second degré à Rimouski même si les gestes qui lui étaient reprochés étaient particulièrement crapuleux. L'accusé a tué une femme en lui causant de multiples lacérations, puis a placé le corps du fils de cinq ans de cette dernière dans un sac de hockey, abandonné dans le coffre d'une voiture. La Couronne est allée au bout de ce qu'elle pouvait prouver. Même si la sentence est un peu moins sévère, le meurtrier passera un minimum de 18 ans derrière les barreaux.
La justice repose sur des règles, pas sur l'émotion.